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BROCHURE de la PAROISSE SAINTE-NINO de PARIS

 

Photo de couverture

 

 

 

La Paroisse Géorgienne Sainte Nino de Paris

Historique et Témoignages

 

Paris 2018

 

 

PAROISSE ORTHODOXE GÉORGIENNE Sainte Nino DE PARIS Le présent livret rassemble des documents qui, au cours des années, à partir de la fondation de la Paroisse Ste Nino en 1929, ont été préparés pour organiser la Paroisse, lui donner une existence canonique et juridique (en droit français, dans le cadre de la Loi sur les Associations Cultuelles, datée de 1905). Puis au fil du temps expliquer son fonctionnement et son développement.

 

Crucifixion (Géorgie)

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Epithaphios (Michel Bilanichvili)

 

 

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Partie A 

Préface

Par le recteur de la Paroisse, l’Archiprêtre Artchil Davrichachvili.

Document I

LA COMMUNAUTE ORTHODOXE GÉORGIENNE EN FRANCE

 Texte rédigé, en 1933, par l’un des fondateurs de la Paroisse, le Prince Ilamaz Dadechkeliani pour expliquer et préciser dans quel cadre hiérarchique se trouve la Paroisse Ste Nino.

èDocument II

STATUTS DE L’ASSOCIATION CULTUELLE

Régissant le fonctionnement de la Paroisse dans leur version remaniée, en langue française, entérinée par l’Assemblée Générale en 1979 et enregistrée en 1980 à la Préfecture de Paris. Les raisons principales du remaniement en 1979 sont explicitées en tête du document.

 

èDocument III

BREF HISTORIQUE DE LA PAROISSE SAINTE-NINO

Par Tariel Zourabichvili (avec en annexe des précisions complémentaires sur la situation canonique de l’Église Sainte-Nino, apportées lors de l’Assemblée Générale de l’Association Cultuelle le 22 novembre 2014)

 

èDocument IV

SITUATION CANONIQUE DE L’ÉgGLISE GÉORGIENNE SAINTE-NINO DE PARIS

 Par Tariel Zourabichvili et Michel Vodé, membres du Conseil paroissial

 

Partie B

èCette partie regroupe des documents plus récents, (ou récemment communiqués comme le document V ) préparés à l’occasion du 80e anniversaire de la création de la Paroisse qui fut célébré le 8 avril 2010 de la façon suivante :

 - Un Paraclissi (TeDeum) en la chapelle rue de la Rosière à Paris XVe par l’Archiprêtre Artchil Davrichachvili. La bénédiction de SS Sainteté le Patriarche de Géorgie Elie II y a été transmise par la Révérende Mère Elisabeth Zéguénidzé, Higoumenia du Monastère de Rouchavi après que SE le Métropolite de France Emmanuel eut rappelé la place et le rôle de la Paroisse Sainte-Nino dans l’Église Orthodoxe de France.

 - Une série d’interventions au sujet et autour de l’Église Sainte-Nino, dans la salle Etienne Pernet, voisine de la chapelle, à laquelle ont assisté quelque 300 personnes, sous la présidence de SE le Métropolite Emmanuel, Président de l’Assemblée des Evêques Orthodoxes de France

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Crucifiction, Félix Varlamichvili

 

 

 

 

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èDocument VIII

 

L'AUTOCEPHALIE DE L'EGLISE ORTHODOXE DE GEORGIE

Rédigé par le Prince Ilamaz Dadechkeliani en 1922(traduit de l'Anglais)

 

èDocument IX

L’Église KARTVELOPHONE (LA MISSION DE L’Église DE LANGUE GÉORGIENNE) Par B. Tcholokachvili.

Sont également intervenus rue Etienne Pernet: - Monsieur D.Bakhradzé, Président du Parlement de Géorgie, qui a transmis un message du Président de la République de Géorgie. - Madame G. Alasania de l’Université de Tbilissi. - Monsieur G. Khourboua, Recteur de l ‘Université de Tbilissi. - Monsieur J-F. Colosimo, Professeur à l’Institut de Théologie Orthodoxe Saint Serge de Paris. (Ces présentations ne sont pas reprises dans le présent livret)

 

Document V

VIE ET ŒUVRE DE SAINT-GREGOIRE PERADZE

Cofondateur et premier Recteur de la paroisse Ste Nino, par le R.P. Paprocki, professeur de Théologie à l’Université de Varsovie (Pologne), Docteur honoris causa de l’Université St Grigol Péradzé de Tbilissi.

 

Document VI

 Vie de l’archiprêtre Elie MELIA Par sa fille, Kéthévane Klimis Melia et l’Archiprêtre Artchil Davrichachvili

Document VII

HISTOIRE DE DE L’Église DE GÉORGIE (Cadre général et étapes principales de son histoire. Essai «Historiosophique» sur le destin d’un peuple) par l’Archiprêtre Elie Melia, Lors de la réunion d’avril 2010, un résumé de la 1ère partie de ce texte avait été présenté par sa fille, Kéthévane Klimis Melia. Celle-ci et sa sœur, Nina Klimis Melia, nous ont depuis lors transmis le texte complet qui figure ici. Un exposé à ce sujet devait être initialement présenté par Bidzina Tcholokachvili, mais la portée émotionnelle du texte de Père Elie, retrouvé peu de temps avant la réunion, avait paru devoir primer. On trouvera le texte de B. Tcholokachvili, dans le document IX ci-après.

Document VIII

L’autocéphalie  DE L’Église ORTHODOXE DE GÉORGIE Rédigé par le Prince Ilamaz Dadechkeliani en 1922 (traduit de l’Anglais)

Document IX

 L’Église KARTVELOPHONE (LA MISSION DE L’Église DE LANGUE GÉORGIENNE)

 

 

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Préface

Le jeudi 8 avril 2010, les membres de la Paroisse Orthodoxe Géorgienne Sainte Nino de Paris et leurs amis se sont réunis sous la présidence de Son Eminence le Métropolite Emmanuel, exarque du Patriarche de Constantinople, président de l’Assemblée des Evêques Orthodoxes de France, d’abord dans notre chapelle pour un service d’action de grâce, puis dans la salle de la Paroisse Catholique Saint Jean Baptiste de Grenelle, notre voisine et amie, pour célébrer les 80 ans de notre paroisse.

De nombreuses personnalités y ont pris part comme par exemple le regretté Archevêque Gabriel de Comane mais aussi le T.R.P. Nicolas Cernokrack, doyen de l’Institut de Théologie Saint Serge de Paris, le professeur Bernard Outtier, ami de longue date de notre paroisse, le T.R.P. Henryk Paprocki venu de Pologne pour cette occasion. Le Patriarche de Géorgie était représenté par la T.R.Mère Elisabeth (Zédguinidzé), l’État Géorgien par le président du Parlement. Le recteur de l’Université I. Djavakhichvili de Tbilissi était également présent.

Les différentes interventions étaient illustrées par un diaporama constitué à partir des archives photographiques de la paroisse par M. Vakhtang Davrichachvili et ponctuées par les chants de la chorale paroissiale dirigée par M. Othar Pataridzé.

La commémoration que nous pensions être chaleureuse mais plutôt de caractère familiale s’est muée, grâce à ces différentes interventions, en une séance académique d’un niveau respectable, attirant l’attention sur notre passé prestigieux.

Le conseil paroissial a voulu garder une trace de cette soirée en éditant un recueil contenant ces diverses interventions. Certaines circonstances ont retardé la parution de ce livret et le présent ouvrage s’est quelque peu éloigné de ce premier projet. Certaines interventions particulièrement brillantes et marquantes ce jour-là, comme celle du professeur J.F.Colosimo sur l’état de l’Église Orthodoxe en Europe Occidentale n’ont pas été reprises ici, mais peuvent toujours être consultées sur le réseau « You Tube ».

Deux textes particulièrement intéressants ont été ajoutés et donnent à ce recueil une importance singulière. Le premier est un texte paru en anglais et traduit ici pour la première fois en français par M. Tariel Zourabichvili, sur l’autocéphalie de l’Église de Géorgie, écrit par l’un de nos fondateurs le juriste et canoniste Ilamaz Dadéchkéliani. Le second est un ouvrage totalement inédit de notre regretté recteur l’Archiprêtre Elie Mélia, retraçant l’histoire de l’Église de Géorgie, dont des extraits avaient été lus par sa fille Mme Kéthévane Mélia-Klimis, lors de la séance commémorative.

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Notre Paroisse rattachée au Patriarcat de Constantinople par une conviction canonique sincère, mais attachée avec un amour tout aussi sincère à l’Église de Géorgie, continue à être un témoin et un exemple de ce difficile équilibre que nous tenons à préserver. C’est tout l’esprit de ce présent ouvrage.

Je voudrais profiter de l’occasion qui m’est donnée pour exprimer toute ma reconnaissance et toute mon affection pour tous ceux, descendants des paroissiens d’origines pour qui cette paroisse était un facteur d’unité et tout ceux « nouvellement » arrivés, étudiants, réfugiés économiques ou politiques… qui malgré certaines différences de mentalités et d’habitudes rituelles d’importance secondaire se sont intégrés à notre paroisse et la maintiennent vivante. Ils sont l’avenir de celle-ci. Les Pères comparent l’Église à un navire voguant sur les flots déchainés, que le Seigneur veuille bien conduire notre chaloupe jusqu’à Bon Port.

Paris, le 11 juillet 2017

Archiprêtre Artchil Davrichachvili

Recteur de la Paroisse Orthodoxe

Géorgienne Sainte-Nino de Paris.

 

 

 

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Icône de la Mère de Dieu, (don du patriarche Elie ll de Géorgie pour les 80 ans de la paroisse

 

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Icône de la Mère de Dieu, (don du recteur de l’Université d’Etat de Tbilissi pour les 80 ans de la paroisse)

 

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LES FONDATEURS DE LA PAROISSE SAINTE NINO DE PARIS

 

 

Ilamaz Dadechkeliani Joseph Kemoularia Levan Zourabichvili

 

Document I

LA COMMUNAUTE ORTHODOXE GÉORGIENNE DE PARIS

Il ne sera peut-être pas inutile pour ceux qui s’occupent des questions de droit canon orthodoxe et pour nos amis non géorgiens qui suivent l’évolution de la communauté orthodoxe géorgienne de France de savoir comment cette communauté fut organisée et quelles sont les caractéristiques canoniques et juridiques de son statut.

La situation canonique et juridique de la communauté orthodoxe géorgienne de France est claire, précise et ne prête à aucune ambiguïté ; cette situation est définitivement réglée par trois actes normatifs ; ces actes sont:

1. L’épître de Patriarche Œcuménique Basile III, en date du 29 avril 1929;

2. Les statuts de l’Association culturelle (forme juridique sous laquelle la communauté orthodoxe géorgienne existe en France); ces statuts ont été adoptés par l’assemblée constitutive du 21 juillet 1929, et

3. La ratification accordée aux dits Statuts, le 17 septembre 1929, par l’Exarque (Lieutenant) du Patriarcat Œcuménique pour L’Europe occidentale et du Nord, en vertu des pouvoirs qui lui avaient été dévolus à cet effet par l’épître patriarcale ci-dessus.

Dès le début de son organisation, la communauté orthodoxe géorgienne de France se plaça sur le terrain de la régularité canonique et juridique la plus stricte et évita ainsi le erreurs et les flottements très regrettables qui marquèrent la formation, et marquent encore l’existence de certaines autres communautés orthodoxes d’Europe et d’Amérique, communautés parfois beaucoup plus nombreuses et importantes que la nôtre1 .

Examinons les trois actes que nous venons d’énumérer :

1/ L’épître du Patriarche Œcuménique Basile III du 29 avril 1929 autorise en principe la constitution et l’érection canonique en France, d’une Paroisse orthodoxe géorgienne et donne à L’Exarque du Patriarcat en Europe occidentale et du Nord, pouvoir d’en régulariser la réalisation, (L’épître indique les conditions dans lesquelles cette régularisation doit avoir lieu); la communauté orthodoxe géorgienne de France avait, en effet, saisi, en novembre 1928, le Patriarcat Œcuménique (par l’intermédiaire de l’Exarque de Patriarcat pour l’Europe occidentale et du Nord, Mgr Germanos Métropolite de Thyatire) d’une demande tendant à obtenir cette autorisation.

_________________________________________________________________________

 1 Il faut dire que ces erreurs et ces flottements étaient, et sont presque toujours dus à des facteurs extérieurs totalement étrangers à la foi et à la vie religieuse ; ce sont le plus souvent des considérations d’ordre politique national ou ethnique et dont les manifestations dans la vie des communautés en question se rapprochent singulièrement des tendances « ethno-phylétiques », condamnées comme hérétiques, par l’Église orthodoxe, au Concile de Constantinople de 1872 (tenu à l’occasion du schisme bulgare).

 

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Le Patriarche Œcuménique (siège de Constantinople), le premier parmi les Patriarches et Primats qui gouvernent les Églises orthodoxes locales dont l’ensemble constitue l’Église orthodoxe universelle, en sa qualité de ProtoHiérarque de l’Église orthodoxe tout entière, possède un privilège de juridiction sur les communautés orthodoxes (quelle que soit l’origine des fidèles qui les composent) qui se forment en dehors des limites territoriales des églises autocéphales.

La Communauté orthodoxe géorgienne s’adressa donc, dès le début de son organisation, à la seule autorité ecclésiastique compétente, ayant juridiction régulière sur l’Europe occidentale.

Ici, une tentation se présenta à la communauté géorgienne ; elle aurait voulu, dans le désir de la majorité de ses membres, se rattacher directement à l’Église orthodoxe de Géorgie et solliciter l’autorisation exceptionnelle du Patriarche Œcuménique de n’être placée sous Sa juridiction qu’à titre provisoire, à raison de l’impossibilité de fait pour la communauté géorgienne de France de communiquer régulièrement avec l’Église orthodoxe de Géorgie et son Chef, le Catholicos de toute la Géorgie.

Mais le Patriarcat Œcuménique, Siège primatial de l’Elise orthodoxe, gardien par excellence de l’ordre canonique, ne pouvait admettre le principe de la juridiction exterritoriale d’une Église autocéphale locale (en l’espèce l’Église de Géorgie) sur une paroisse située en dehors de ses limites.

Le principe de la territorialité de la juridiction épiscopale et du fonctionnement des églises autocéphales, un des principes essentiels du droit canon orthodoxes posé par plusieurs Conciles œcuméniques, venait de triompher définitivement au Concile de Constantinople de 1872 : porter atteinte à ce principe, en attribuant, un caractère « provisoire » à la juridiction du Siège auquel cette juridiction appartient régulièrement, c’était ébranler cet ordre canonique déjà si difficile à équilibrer dans le droit canon orthodoxe multiforme, touffu et très peu codifié encore.

Un échange de vues assez prolongé eut lieu à ce sujet entre le Patriarcat Œcuménique et la communauté géorgienne de France, échange de vues qui se termina par un accord complet au printemps de l’année 1929.

Cet accord aboutit d’une part, à la publication par le Patriarcat œcuménique de l’épitre du 29 avril 1929, épitre autorisant l’Exarque du Patriarcat œcuménique en Europe occidentale et du Nord à faire le nécessaire pour la constitution canonique d’une paroisse géorgienne en France et, d’autre part, à la réunion de l’assemblée constitutive de la communauté orthodoxe géorgienne de France, le 21 juillet 1929.

 

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Cette assemblée constitutive adoptait, le même jour, les textes des :

2/ Statuts d’une Association cultuelle française régie par les lois du 1er juillet 1901 et du 9 décembre 1905 (avec titre : Église ou Paroisse, orthodoxe géorgienne de Sainte Nina), et élisait un Conseil paroissial qui devait, en premier lieu, régulariser les dits Statuts, tant au point de vue civil, qu’au point de vue canonique.

Les Statuts de l’Association culturelle incarnaient intégralement l’accord intervenu entre le trône Patriarcal œcuménique et la communauté géorgienne ; en voici les passages les plus intéressants sous ce rapport (ils démontrent que les des aspirations Géorgiens orthodoxes de France ont reçu le maximum de satisfaction compatible, avec l’ordre canonique orthodoxe);

 « Les soussignés, membres de la Sainte Église orthodoxe, catholique apostolique, grecque, d’Orient, enfants de l’Église orthodoxe de Géorgie (Ibérie), résidants en France,

« Désireux de… fournir aux Géorgiens orthodoxes qui se trouvent et se trouveront en France le moyen de pratiquer la religion de leurs pères en leur langue maternelle, et prenant pour base l’Epitre de S. S le Patriarche Œcuménique Basile III au Métropolite de Thyatire, du 29 avril 1929 établissent ainsi qu’il suit les statuts d’une Association culturelle orthodoxe géorgienne :

 (Préambule)

« Une Association culturelle paroissiale est fondée conformément aux dispositions de la loi du 1er juillet 1901 et de la loi du 9 décembre 1905, en vue de soutenir et développer le culte orthodoxe et de le célébrer en langue géorgienne… elle prend pour titre « Église » ou « Paroisse », « orthodoxe géorgienne de Sainte Nina »

« Sa circonscription comprend Paris et ses environs et, provisoirement, jusqu’à ce qu’une autre Église orthodoxe géorgienne n’ai été fondée en France, la France…

(art. 1) Conformément aux principes canoniques de l’Église orthodoxe… l’Église orthodoxes géorgienne de Sainte Nina se trouve sous la juridiction canonique et la protection de S. S le Patriarche Œcuménique, primat de l’Église orthodoxe, et fait partie du diocèse orthodoxe de Thyatire… le Métropolite de Thyatire étant l’Exarque du Patriarcat Œcuménique pour l’Europe occidentale et du Nord; en même temps, étant l’émanation de l’Église orthodoxe de Géorgie (Ibérie), l’Église orthodoxes géorgienne de Sainte Nina maintiendra une liaison spirituelle constante avec l’Église orthodoxe de Géorgie et son chef, le Catholicos-Patriarche de toute la Géorgie.

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(art.2) « Le Conseil arrête… le montant des offrandes qui seront faites par l’Église au Patriarcat Œcuménique et au Catholicos-Patriarche de toute la Géorgie.

(art.13) « L’Église orthodoxe géorgienne de Sainte Nina est et restera toujours orthodoxe et géorgienne. » « Le culte public sera toujours célébré en langue géorgienne… » « Les services privés…, peuvent, avec le double consentement du prêtre-recteur et du Conseil paroissial, être célébrés en langues autres que le géorgien. »

(art.16) « Pour être prêtre-recteur, prêtre ou diacre de l’Église, il faut: a) être d’origine géorgienne et posséder la langue géorgienne de façon à pouvoir célébrer le culte et prêcher dans cette langue ; b) avoir été désigné par le Conseil paroissial.

(art.18) « En aucun cas et d’aucune manière que ce soit, les présents Statuts ne pourront subir de modification pouvant changer la nature orthodoxe ou le caractère géorgien de l’Association.

(art.24) « En cas de dissolution, les biens de l’Association ne pourront être transmis à aucune Église orthodoxe autocéphale sauf celle de Géorgie.

(art.25) Le Conseil paroissial procéda à toute les formalités requises par la loi française et régularisa ainsi l’existence de l’organisme légal français qui est la Paroisse orthodoxes géorgienne de Paris ; il ne restait donc qu’à soumettre ces Statuts à la ratification finale de l’autorité ecclésiastique compétente (en l’occurrence à l’Exarchat du Patriarcat Œcuménique pour l’Europe occidentale et du Nord);

cette :

3/ Ratification, qui donnait aux Statuts de la Paroisse leur pleine portée canonique et après laquelle la Paroisse acquérait définitivement son double caractère d’organisme civil et ecclésiastique régulier, ne tarda pas à être accordée : le 17 septembre 1929, Mgr Germanos, Métropolite de Thyatire, Exarque du Patriarcat Œcuménique pour l’Europe occidentale et du Nord, apposa, en vertu des pouvoirs qui lui avaient été conférés par L’épître patriarcale, du 29 avril 1929, la formule d’approbation sur l’exemplaire des Statuts qui lui avait été soumis à cet effet et qu’il retourna au Conseil paroissial ainsi que régularisé et accompagné d’une lettre ratificative.

 

Khakhouli

 

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Un an et demi après la fondation de la Paroisse, le 24 mai 1931, le premier Recteur de la Paroisse, le Père Grégoire Péradzé, docteur en philosophie, doyen à l’Université de Bonn-sur-Rhin, recevait l’ordination sacerdotale des mains de Mgr Germanos, en l’Église orthodoxe grecque de Saint Etienne de Paris. Les relations très cordiales qui se sont établies, dès le début du ministère du Père Péradzé, entre lui et les différentes autres communauté de Paris : hellène, russes (des trois hiérarchies russes existantes), roumaine, etc., sont un gage de ce que la Paroisse orthodoxe géorgienne pourra être un facteur utile dans ce mouvement d’union et de rassemblement si désirable entre orthodoxes de différentes nationalités et langues, habitant en France. Il ressort de ce qui précède que la communauté orthodoxe géorgienne de France, forte d’une organisation paroissiale impeccable, tant du point de vue civil que du point de vu ecclésiastique, possède un double statut, ne prêtant à aucune critique et qu’elle est placée, de ce fait, en dehors des dangers et des entraves que constituent, pour la vie organique d’une communauté, une base douteuse, une situation contestable, un statut équivoque ; il ne dépend maintenant plus que du dévouement des paroissiens qui la composent, d’en assurer l’existence et d’en réaliser le développement.

Paris, décembre 1933 Ilamaz Dadechkeliani, Secrétaire général de la Paroisse

 

 

Icône de Sainte Nino

 

Chapelle Sainte Nino de Paris.

 

 

 

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Document II –

 

-STATUTS –

La version des Statuts présentée ici est celle publiée en janvier 1980, suite à la décision de l’assemblée générale du 16 décembre 1979.

Les principaux changements par rapport à la version originale de 1929 sont:

• Changement du nom de Sainte Nina en Sainte Nino

• Rattachement hiérarchique à la Métropole de Paris du Patriarcat Œcuménique (qui n’existait pas en 1929, d’où le rattachement à Londres à l’époque)

• Accès des femmes au Conseil Paroissial

• Possibilité d’utiliser en certaines circonstances d’autres langues que le géorgien dans les célébrations (en particulier le français) laissée au prêtre recteur.

(Les versions originales de 1929, existent en géorgien et en français)

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ASSOCIATION CULTUELLE PAROISSE ORTHODOXE GÉORGIENNE DE SAINTE NINO Association cultuelle suivant la loi de 1905

Préambule:

Lors de l’Assemblé Générale des Paroissiens tenue le 26 juin 1977 mandat a été donné au Comité Paroissial de réviser les statuts de l’Association tels qu’ils ont été publiés au Journal Officiel de la République Française en date du 28 août 1929, en vue de les adapter aux conditions actuelles tant en ce qui concerne la Hiérarchie de l’Église Orthodoxe dont dépend la Paroisse qu’en ce qui concerne les modalités de fonctionnement de l ‘Association.

Les modifications proposées aux statuts initiaux du 28 août 1929 ont été approuvées par l’Assemblé Générale du 26 juin 1977 et la nouvelle rédaction des statuts entérinés par l’Assemblée générale du 16 décembre 1979.

Ces statuts modifiés prennent toujours pour base l’épître de S. S le Patriarche Œcuménique Basile III; N 659 du registre, en date du 29 avril 1929, au Métropolite de Thyatire, répondant à la lettre n 714 dudit Métropolite de Thyatire datée du 26 novembre 1928, et autorisant la création de la paroisse orthodoxe géorgienne de SAINTE-NINA.

En vertu des décisions de l’Assemblée générale du 16 décembre 1979 et en conformité avec la tradition et la langue géorgienne, l’appellation Sainte Nina est modifiée en SAINTE-NINO. L’Association est désormais désignée sous le nom de :

STATUTS MODIFIES ASSOCIATION CULTUELLE PAROISSE ORTHODOXE GÉORGIENNE DE SAINTE NINO

Dont les statuts modifiés figurent ci-après :

 

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CONSTITUTION - OBJET

Article I

Une Association Cultuelle est fondée conformément aux dispositions de la Loi du 1er juillet 1901 et de la loi du 9 décembre 1905, en vue de soutenir et de développer le culte orthodoxe et de la célébrer en langue géorgienne, elle existera entre les soussignés, fondateurs de l’Association, et ceux qui en deviendront membres dans l’avenir ; elle prend pour titre: « ASSOCIATION CULTUELLE PAROISSE ORTHODOXE GÉORGIENNE DE SAINTE-NINO »

Son siège est à Paris (15e), 6-8 rue de la Rosière.

Sa circonscription comprend le territoire français.

L’Association se constitue d’au moins sept membres majeurs, domiciliés en France.

Article II

L’Association a pour objet:

a. D’assurer la célébration du culte orthodoxe en langue géorgienne

b. De pourvoir en tout ou en partie, aux frais et besoins de ce culte et des divers services qui s’y rattachent, tels que l’achat, la construction, l’entretien des meubles, immeubles servant au culte et au logement du clergé, l’enseignement religieux donné aux enfants dans les édifices culturels, la préparation des futurs prêtres et diacres, le paiement du clergé, les indemnités de logement, secours et pensions à ce clergé, le chant sacré et l’art religieux, l’assistance morale et matérielle, la propagande religieuse ;

c. De développer la vie spirituelle et religieuse

d. De célébrer les dates marquantes de l’histoire nationale de la Géorgie, conformément à la tradition chrétienne de la Géorgie, notamment l’anniversaire du rétablissement de l’indépendance nationale le 26 mai 1918.

L’Association s’interdit absolument toute action ou discussion politique.

Conformément aux principes canoniques de l’Église Orthodoxe et notamment au 28e canon du 4e Concile Oecuménique (de Chalcédoine), l’Église Orthodoxe Géorgienne de Sainte-Nino se trouve sous la juridiction canonique et la protection de S. S Le Patriarche Œcuménique – primat de l’Église orthodoxe, et fait partie du diocèse orthodoxe de France. Selon les dispositions canoniques arrêtées et communiquées par ce dernier, l’Église orthodoxe de Sainte-Nino étant en même temps l’émanation de l’Église Orthodoxe de Géorgie (Ibérie), maintiendra une liaison spirituelle constante avec celle-ci: par la perpétuation de ses us et coutumes, l’invocation des Saints canonisées par Elle, l’intercession pour la Géorgie et pour le clergé (Samghvedgloeba) et le peuple croyant géorgien.

24

MEMBRES DE L’ASSOCIATION (PAROISSIENS-ELECTEURS)

Article III

Les membres de l’association s’appellent PAROISSIENS-ELECTEURS.

Pour devenir membre de l’Association (Paroissiens – Electeurs) il faut, satisfaire aux conditions suivantes :

a. Être Orthodoxe

b. Avoir atteint la majorité légale

c. Être domicilié ou résider dans la circonscription de la paroisse

d. En cas de mariage, avoir reçu la bénédiction nuptiale orthodoxe et élever ses enfants dans la religion orthodoxe, sauf les cas particuliers dont le prêtre, recteur de l’Église Orthodoxe Géorgienne de Sainte-Nino est juge ;

e. Avoir été paroissien résidant pendant au moins 6 mois (sauf dans les cas spéciaux dont le Conseil est juge);

f. Être admis par le Conseil Paroissial, cette admission ne pouvant avoir lieu si deux membres du Conseil (quel qu’en soit le nombre des membres) se seront prononcés contre l’admission lors de l’examen de la question;

g. Fréquenter les services religieux dans la communauté paroissiale (chapelle du 6-8 rue de la Rosière 75015 Paris) ou ses dépendances (Château de Leuville s/Orge, maison de retraite);

h. Se confesser et communier régulièrement; le prêtre recteur de la paroisse ou faisant fonction pourra user de l’indulgence pastorale dans l’appréciation de la fréquence des actes sacramentels ;

i. Contribuer d’une manière régulière au financement nécessaire au maintien et au développement de ses activités, selon les modalités acceptées par l’ensemble des paroissiens- électeurs ;

j. Adhérer aux présents statuts et s’engager à les soutenir.

Les femmes sont admises au même titre et dans les mêmes conditions que les hommes.

Il sera tenu un registre spécial des membres de l’Association (paroissiens électeurs).

Tout membre de l’Association (paroissien-électeurs) qui adoptera ouvertement ou clandestinement toute autre religion ou dogme que celui de l’Église Orthodoxe ou qui essayera d’entrainer ses coreligionnaires vers une autre religion ou une autre confession que celle de l’Église Orthodoxe, sera exclu de l’Association et ne pourra faire partie d’aucun de ses organes, aucune délibération du Conseil paroissial ne sera nécessaire à cet effet, le Conseil devant de plein droit pratiquer la radiation par application du présent article.

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PAROISSIENS - RESIDENTS et NON RESIDENTS

Article IV

 Pour être inscrit comme paroissien-résident il faut remplir les conditions suivantes :

a. Être orthodoxe

b. Être domicilié ou résider dans la circonscription de la Paroisse ;

c. Faire une demande d’inscription au Conseil Paroissial;

Les femmes sont admises au même titre et dans les mêmes conditions que les hommes.

Les paroissiens non-résidents sont les Orthodoxes qui, étant domicilié en dehors de la circonscription de la Paroisse, dans une localité où il n’y aura pas d’Église orthodoxe géorgienne, feront une demande d’inscription comme paroissien non résident au Conseil paroissial.

Les femmes sont admises au même titre et dans les mêmes conditions que les hommes.

Tout paroissien résident ou non résident qui adoptera ouvertement ou clandestinement toute autre religion ou confession que celle de l’Église orthodoxe, ou qui essayera d’entraîner ses coreligionnaires vers une autre religion ou un autre dogme que celui de l’Église Orthodoxe, sera purement et simplement rayé du registre des paroissiens résidents et non-résidents.

Article V

Il sera tenu un registre spécial des paroissiens résidents et non-résidents.

Article VI

Tout membre de l’Association (paroissien-électeur) ou tout paroissien résident ou non résident peut être rayé du registre sur lequel il est inscrit pour non observation des engagement qui résultent respectivement pour eux des dispositions des présents statuts. La radiation doit être prononcée au scrutin secret et à la majorité des deux tiers des voix par le Conseil Paroissial, l’intéressé ayant été mis en demeure de fournir ses explications.

Article VII

Tout membre de l’Association peut se retirer en tout temps.

Tout membre de l’Association qui aura systématiquement refusé toute contribution financière au maintien de l’Église et au développement de ses activités, sera considéré comme démissionnaire et rayé du registre sur lequel il est inscrit.

 

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CONSEIL PAROISSIAL

Article VIII

 L’Association est administrée par un Conseil Paroissial. Le Conseil Paroissial est composé du prêtre, recteur de l’Église Orthodoxe Géorgienne de SainteNino, et qui en est le président de droit, et d’un certain nombre de membres laïques élus par l’Assemblée générale.

Sont éligibles les membres de l’Association (paroissiens électeurs) résidents, hommes et femmes. Le nombre des membres laïques du Conseil sera fixé par l’Assemblé générale ; il ne peut toutefois être inférieur à 4. Il sera élu en même temps que les membres du Conseil Paroissial des membres suppléant dont le nombre sera également fixé par l’Assemblé générale, mais qui ne sera pas inférieur à 2; les membres suppléants deviennent membres du Conseil paroissial en cas de démission ou de mort d’un ou de plusieurs membres du Conseil.

Article IX

L’élection du Conseil Paroissial sera faite au scrutin secret si:

a. le Conseil Paroissial en a décidé ainsi ou si

b. l’un des paroissiens-électeurs présent à l’élection en a exprimé le désir.

Le Conseil est élu pour trois ans, les membres sortants sont rééligibles L’élection est faite à la majorité absolue des votants pour le premier tour de scrutin et à la majorité relative pour le second tour. Aussitôt après les élections du Conseil celui-ci élit pour trois ans parmi ses membres le secrétaire général de la Paroisse et le trésorier de la Paroisse qui doivent toujours être des laïques.

Article X

En cas de perte par le Conseil de plus d’un tiers de ses membres l’Assemblée générale est convoquée pour des élections complémentaires. Les nouveaux élus sont nommés pour le temps qui reste à courir jusqu’au terme désigné aux fonctions de ceux qu’ils remplacent. En cas de démission collective de tous les membres laïques du Conseil, l’Assemblée générale est convoquée pour l’élection d’un nouveau Conseil pour trois ans.

Article XI

Le prêtre, recteur de l’Église Orthodoxe géorgienne de Sainte-Nino est président de droit du Conseil Paroissial; en cas de vacances, le Conseil désigne l’un de ses membres pour remplir provisoirement les fonctions de président.

Le Conseil se réunit sur convocation du Président. Les membres du Conseil doivent être prévenus personnellement par lettre, téléphone ou verbalement, dans les meilleurs délais compte tenu des urgences possibles.

 27

 

Les décisions du Conseil sont prises à la majorité des membres présents ; en cas de partage égal des voix celle du président décide. La présence de la moitié plus un des membres en exercice est indispensable à la validité des délibérations du Conseil. A la deuxième convocation les délibérations sont valables pourvu que trois membres y aient pris part effectivement quel que soit le nombre des membres du Conseil.

Article XII Sont de la compétence exclusive du Conseil Paroissial: toutes les questions d’ordre administratif et financier, ainsi que la désignation du ou des candidats aux fonctions de prêtre, recteur de l’Église, à proposer à l’approbation ou au choix du Métropolite de France, ainsi que la désignation de tout autre prêtre ou diacre pouvant être appelé à faire partie du clergé de l’Église Orthodoxe Géorgienne de Sainte-Nino (l’approbation définitive appartenant au Métropolite de France); l’admission des nouveaux membres de l’Association (paroissiens-électeurs), l’inscription des paroissiens résidents et non-résidents et leurs exclusion et radiation conformément aux dispositions des présents statuts.

Le Conseil Paroissial a les pouvoirs les plus étendus pour gérer les affaires et les biens de l’Association et le représenter aux regards des tiers et dans tous les actes de la vie civile. Il a notamment les pouvoirs suivant lesquels non énonciatifs et non limitatifs : il loue et entretien les édifices religieux, il fixe les dépenses générales d’administration; touche les cotisations et rétributions diverses, emploie les ressources disponibles à la constitution des réserves légales, représente l’Association devant les tribunaux tant en demandant qu’en défendant, il arrête les comptes annuels et dresse l’état inventorié des biens meubles et immeubles exigé par l’article 21 de la loi du 9 décembre 1905; délibère et statue sur les propositions à faire à l’Assemblé générale et en arrête l’ordre du jour ; convoque les Assemblées générales. Il ne peut toutefois contracter des emprunts, consentir des hypothèques sur les immeubles appartenant à l’Association, faire toutes acquisitions et toutes cessions de valeurs mobilières et d’immeubles sans un vote de l’Assemblée générale interpellée par lui à cet effet.

Ni le Conseil Paroissial ni l’Assemblée générale ne pourront, en aucun cas et sous aucun prétexte, statuer sur des questions relatives à la Foi, au dogme et à la morale orthodoxe, au rite et à la discipline religieuse, ces matières relevant exclusivement des autorités ecclésiastiques, à savoir du prêtre recteur de l’Église et de l’évêque (en l’espèce le Métropolite de France); chaque fois qu’une question de cette nature, dépassant la compétence du prêtre recteur se posera, elle sera soumise à l’appréciation définitive du Métropolite de France.

 

28

 

Article XIII

Le budget de l’Association est dressé par le Conseil Paroissial et soumis par lui à l’Assemblée générale pour approbation suivant les dispositions des présents statuts ; le Conseil recueille les fonds pour les modes et procédés qu’il détermine lui-même. Le Conseil arrête lui-même le montant des offrandes qui seront faites par l’Église au Patriarcat Œcuménique et au CatholicosPatriarche de toute la Géorgie.

L’année financière est arrêtée au 31 décembre de chaque année.

Article XIV

Le Secrétaire général (ou tout autre membre délégué spécialement par le Conseil Paroissial) représente en justice l’Association et signe valablement les actes sous seings privés et, après délibération spéciale du Conseil, les actes authentiques ; il est chargé de remplir toutes les formalités administratives édictées par les lois et règlements.

Le prêtre recteur, président du Conseil Paroissial, le secrétaire général et le trésorier, assurent, chacun en ce qui le concerne (les deux derniers toujours d’accord avec le premier) l’exécution des délibérations du Conseil.

Article XV

Le patrimoine de l’Association répond seul des engagements contractés. Aucun membre du Conseil ne peut en être tenu personnellement responsable.

 

DU CULTE, DU PRÊTRE RECTEUR DE L’Église ORTHODOXE GÉORGIENNE DE SAINTE-NINO ET DE TOUT PRÊTRE OU DIACRE POUVANT FAIRE PARTIE DE SON CLERGÉ

 

Article XVI

Conformément au préambule et aux dispositions des articles 1 et 2 des présents statuts, l’Église Orthodoxe Géorgienne de Sainte-Nino est et restera toujours ORTHODOXE ET GÉORGIENNE.

Le culte célébré à quelque titre que ce soit dans cette Église ou n’importe où ailleurs par les membres de son clergé est et sera toujours le culte orthodoxe. L’Église Orthodoxe Géorgienne de Sainte-Nino ainsi qu’aucun membre de son clergé ne pourront, en aucun cas, et d’aucune manière entrer en communion religieuse ou rituelle avec aucune Église, ou clergé ou autorité ecclésiastique ou religieuse non-orthodoxe, c’est-à-dire qui ne soient pas eux-mêmes en communion avec le Patriarcat Œcuménique ; le Métropolite de France est seul juge pouvant interpréter cette matière.

 

29

 

Le culte public sera normalement célébré en langue géorgienne. Le prêtre-recteur pourra tenir compte de l’évolution des générations et de circonstances particulières pour, selon son appréciation pastorale et en accord avec le Conseil Paroissial, introduire l’usage de la langue française. Les ecclésiastiques orthodoxes non-géorgiens invités par le prêtre-recteur à prendre part au service pourront employer leur langue nationale.

Les services privés, célébrés sur la demande des particuliers par le clergé de l’Église Orthodoxe Géorgienne de Sainte-Nino peuvent, avec le consentement du prêtre-recteur, être célébrés en langues autres que la langue géorgienne.

Article XVII

A part le prêtre-recteur de l’Église, l’Association peut avoir des prêtres et diacres dont l’Assemblée générale déterminera, sur la proposition du Conseil Paroissial, le nombre et la rétribution.

Article XVIII

Pour être prêtre-recteur, prêtre ou diacre de l’Église Orthodoxe Géorgienne de Sainte-Nino, il faut remplir les conditions suivantes :

aÊtre d’origine géorgienne et posséder la langue géorgienne de façon à pouvoir célébrer le culte dans cette langue.

b. Avoir été désigné par le Conseil Paroissial, qui soumettra cette décision à l’approbation du Métropolite de France.

c. Avoir reçu l’approbation du Métropolite de France

d. Avoir été régulièrement ordonné et ne pas être interdit.

Le Métropolite de France est seul juge des aptitudes morales et des titres sacerdotaux des candidats qui lui seront proposés par le Conseil. Si le candidat proposé est diacre ou laïc, il sera ordonné par le Métropolite de France.

Nul ne peut être nommé prêtre-recteur, prêtre ou diacre dans l’Église Orthodoxe Géorgienne de Sainte-Nino en dehors et contre la volonté du Conseil Paroissial - (auquel appartient l’initiative en cette matière), - d’une part, et sans l’approbation du Métropolite de France.

Le prêtre, recteur de l’Église, est le guide religieux et le directeur spirituel de l’Association, il est le supérieur des prêtres et diacres composant le clergé de l’Église Orthodoxe Géorgienne de Sainte-Nino; lui, ainsi que les autres prêtres de l’Église, ont pour charge de célébrer le culte, de prêcher fidèlement l’Evangile, de l’enseigner à la jeunesse et donner les soins de leur sacerdoce à tous les membres de l’Association (paroissien-électeurs), paroissiens-résidents, et non-résidents et à toutes les familles attachées à l’Association, ils ont aussi le droit d’exercer leur sacerdoce auprès des personnes qui, en dehors de l’Association peuvent y faire appel.

 

30

Dans l’exercice de leurs fonctions sacerdotales et pastorales le prêtre-recteur, et en général le clergé de l’Église, ne seront soumis à aucune autre autorité que celle de leur évêque (en l’espèce le Métropolite de France). L’Assemblée générale et le Conseil Paroissial se garderont bien de s’immiscer dans le domaine sacerdotal et pastoral qui est celui du prêtre et du diacre dans l’Église orthodoxe.

Les prêtres de l’Église Orthodoxe Géorgienne de Sainte-Nino, autre que le prêtre-recteur, prennent part à toutes les réunions du Conseil Paroissial mais avec voix consultative seulement; les diacres ne prennent part aux réunions du Conseil que sur l’invitation spéciale de ce dernier et seulement avec voix consultative. Le prêtre recteur, les prêtres et diacres de l’Église donnent leur démission entre les mains du Métropolite de France et du Conseil Paroissial mais toujours avec préavis de trois mois.

En cas de démission, maladie, absence ou mort du prêtre recteur, ses fonctions rectorales seront exercées par intérim par l’ainé des autres prêtres de l’Église, faute de quoi et en cas de nécessité d’urgence, le Conseil Paroissial peut demander au Métropolite de désigner provisoirement et avec les consentement expressément formulé du Conseil, un prêtre étranger à la paroisse qui sera chargé de la célébration du culte par intérim; ce prêtre pourra même ne pas être un Géorgien et célébrer le culte provisoirement en langue autre que le Géorgien. Ce prêtre intérimaire étranger, à la différence d’un prêtre recteur intérimaire de l’Église, ne pourra prendre part aux réunions du Conseil Paroissial qu’avec voix consultative.

Le prêtre-recteur, les prêtres et diacres de l’Église pourront, conformément aux règles générales de l’Église orthodoxe être traduits par le Métropolite devant le juridiction ecclésiastique compétente de son diocèse. Le Conseil Paroissial sera toujours entendu par voix ou par écrit; le Métropolite de France exercera à la suite de la condamnation son droit d’interdiction, de révocation ou de suspension qui appartient aux évêques dans l’Église orthodoxe.

Les employés laïcs de l’Église Orthodoxe Géorgienne de Sainte-Nino seront nommés et révoqués par le Conseil Paroissial.

En cas de scandale, d’insuffisance notoire du ministère sacerdotal ou autres cas graves, le Conseil Paroissial peut saisir le Métropolite de France d’une demande d’enquête en vue de suspension ou de révocation.

Article XIX Le traitement, l’indemnité de logement et les allocations du prêtre recteur, et en général du clergé de l’Église Orthodoxe Géorgienne de Sainte-Nino seront déterminés par le Conseil Paroissial et proposés à l’Assemblée générale pour approbation.

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DE L’ASSEMBLEE GENERALE

Article XX

L’Assemblée générale des membres de l’Association (paroissiens-électeurs) se réunit sur convocations individuelles faites huit jours au moins à l’avance, ou sur annonce faite par le prêtre à l’issue du culte trois dimanches ou fêtes au moins à l’avance.

Une Assemblée générale a lieu tous les ans avant la mise en exécution du budget; l’Assemblée nomme à cette occasion deux commissaires aux comptes qui seront chargés de l’examen de la comptabilité et de l’encaisse à la fin de l’exercice, et de présenter à l’Assemblée générale qui sera régulièrement convoquée après le clôture dudit exercice, après la clôture des comptes, leur rapport et leurs recommandations.

La même Assemblée, convoquée après la clôture des comptes, entendra le rapport du Conseil Paroissial et se prononcera en matière d’approbation des actes d’administration légale, de caution et de l’activité de l’Association pendant l’exercice écoulé.

L’Assemblée générale ordinaire est régulièrement constituée quel que soit le nombre de membres présents, sauf en ce qui concerne les problèmes de modification de statuts (voir articles XXIV ci-après). Ses décisions sont prises à la majorité simple des membres présents.

Le bureau du Conseil Paroissial est celui de l’Assemblée générale.

Au moins une fois tous les trois ans l’Assemblée élit les membres laïcs du Conseil Paroissial, conformément aux articles VIII, IX et X ci-dessus.

En plus des cas où la délibération est indispensable en vertu des présents statuts, l’Assemblée générale peut-être invitée par le Conseil Paroissial à se prononcer sur un ordre du jour déterminé qui lui sera soumis au moment de sa convocation, soit à titre délibératif, soit à titre consultatif.

L’Assemblée générale ne pourra statuer que sur les questions qui lui auront été soumises par le Conseil Paroissial et ne pourra se saisir d’aucun autre ordre du jour.

Le Conseil Paroissial doit convoquer une Assemblée générale si une demande en ce sens est formulée par écrit par au moins le quart des membres inscrits de l’Association (Paroissiens-électeurs). Cette demande doit préciser les questions sur lesquelles les pétitionnaires désirent que l’Assemblée se prononce, soit à titre délibératif, soit à titre consultatif. Ces questions constitueront seules l’ordre du jour, l’Assemblée ne pouvant se prononcer sur d’autres points qui ne lui auraient pas été soumis dans ces conditions. Les votes par procuration sont admis aux Assemblées générales si le Conseil Paroissial en décide ainsi et le précise dans les convocations respectives.

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DELEGATIONS

Article XXI

Le prêtre, recteur de l’Église Orthodoxe Géorgienne de Sainte-Nino, représente de droit cette dernière auprès de toutes les institutions religieuse orthodoxes permanentes ou provisoires ; le Conseil Paroissial peut, si l’ordre de l’Église Orthodoxe l’admet, lui adjoindre ou déléguer tout autre membre du Conseil Paroissial ou tout autre paroissien électeur ou paroissien résidents ou non-résident à des congrès, réunions etc.

RÉGLEMENTS INTÉRIEURS, LETTRES PASTORALES ET MANDEMENTS

 Article XXII

Un règlement intérieur déterminant et précisant les conditions d’application des présents statuts dans leur partie civile peut être établi par l’Assemblée générale sur la proposition du Conseil Paroissial.

Des lettres pastorales ou mandements du Métropolite de France pourront régler l’exercice du culte et les devoirs religieux du clergé de l’Église Orthodoxe Géorgienne de Sainte-Nino et des fidèles et préciser l’application des présents statuts dans leur partie purement ecclésiastique.

DE L’EMBLÈME

Article XXIII L’Église Orthodoxe Géorgienne de Sainte-Nino a comme emblème la croix de rameaux de vigne de Sainte-Nino.

MODIFICATION AUX STATUTS

Article XXIV

En aucun cas et d’aucune manière que ce soit, les présents statuts ne pourront subir de modification pouvant changer la nature orthodoxe ou le caractère géorgien de l’Association.

D’autre part, tout texte pouvant modifier en quoi que ce soit le statut canonique de l’Église Orthodoxe Géorgienne de Sainte-Nino ou de changer en ce qui concerne cette Église et ses organes les attributions de l’évêque, du prêtre-recteur de l’Église et de son clergé, ne peut être valablement examiné ou voté sans avoir reçu l’approbation expressément formulée du Patriarcat Œcuménique.

 

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Tête de Christ sur une main ouverte (don du patriarche Elie II)

 

Sous ces réserves, toute autre modification des présents statuts doit être décidée par les trois quarts plus un des votes d’une Assemblée générale réunie sous convocation individuelle énonçant le texte de la modification ou l’additif proposé. La présence de la moitié plus un des membres inscrits de l’Association (paroissiens-électeurs) est nécessaire pour la validité de la délibération.

Tout changement pouvant éventuellement intervenir dans les dénominations et titres concernant la hiérarchie ecclésiastique dont dépend l’Église Orthodoxe Géorgienne de Sainte-Nino, seront automatiquement reportés dans les présents statuts sans qu’il soit nécessaire de les faire entériner par l’Assemblée générale. Le Conseil Paroissial procédera de plein droit aux modifications de détail des statuts qui en découlent.

DISSOLUTION DE L’ASSOCIATION ET DEVOLUTION DES BIENS

 

Article XXV

En cas de dissolution de l’Association, la dernière Assemblée générale décidera dans les mêmes conditions de quorum et de vote que celles prévues par le troisième alinéa de l’article XXIV des présents statuts, la dévolution de ses biens meubles et immeubles à une institution géorgienne ou française à but philanthropique et humanitaire conforme dans ses principes à celui de la présente Association. Les biens de l’Association ne pourront toutefois en aucun cas et sous aucun prétexte être transmis à un organisme, institution ou administration d’État, ou à un parti politique ou à une institution ou association confessionnelle autre qu’orthodoxe et géorgienne, et à aucune Église Orthodoxe autocéphale sauf celle de Géorgie.

Fait à Paris, le 31 janvier 1980 en 1980).

 

34

 

 

Ordination du père Grigol Péradzé, le 24 mai 1931.

 

Père Élie Mélia dans l’église de la rue François Gérard.

 

 

35

Document III

BREF HISTORIQUE DE LA PAROISSE SAINTE-NINO

Notre paroisse Sainte Nino a été fondée pour être celle des Géorgiens orthodoxes réfugiés en France après l’invasion en 1921 de leur pays - qui était redevenu indépendant en 1918 - par les forces bolchéviques.

Ces Géorgiens ont voulu maintenir hors des frontières nationales la tradition de la chrétienté géorgienne datant de plus de seize siècles.

C’est en effet vers 337 que la religion chrétienne devient religion d’état en Géorgie, sous l’impulsion d’une femme, Sainte-Nino, sous le patronage de laquelle nous nous sommes placés.

Sainte-Nino, connue aussi en occident sous le nom de Sainte Chrétienne.

Les premières actions d’évangélisation au Caucase, sous la conduite de Saint-André, remontaient à une date antérieure, mais les chrétiens qui pratiquaient leur culte dans diverses régions restaient jusque-là souvent persécutés.

Les initiateurs de notre paroisse ont œuvré sous l’impulsion en particulier du prince Ilamaz Dadechkeliani, secrétaire de la légation de la République Géorgienne en France (laquelle, rappelons-le, a reconnu la Géorgie jusqu’en 1933), et qui avait depuis longtemps acquis une grande connaissance de l’histoire de la religion et de ses dogmes.

Il avait en particulier recueilli l’expérience de son père, qui avait lui-même participé en 1917 à la délégation de l’Église de Géorgie auprès du Gouvernement Provisoire de Russie-lequel avait repris les obligations de l’état russe envers l’Église Orthodoxe- pour établir les bases de la relation entre les deux églises de Russie et de Géorgie.

Les fondateurs de notre association (Ilamaz Dadechkeliani, Joseph Kemoularia, Lévan Zourabichvili) ont longuement mûri ce projet pour lui donner, après consultation de la hiérarchie orthodoxe, les bases canoniques les plus sûres.

Ceci avec le triple souci de :

1. créer une structure totalement respectueuse des règles canoniques de l’Église Orthodoxe

2. assurer que la nouvelle église ne puisse être fragilisée par les évènements se déroulant dans la mère-patrie, où l’Église Nationale était soumise à une pression de plus en plus forte de l’occupant

3. être en compatibilité avec les lois et règlementations du pays d’accueil, la France.

36

 

Père Élie Mélia, monseigneur Mélétios, métropolite de France, et monseigneur Jérémie lors de la consécration de l’église Sainte Nino rue de la Rosière.

 

37

Conformément aux canons du IVe Concile Œcuménique (Chalcédoine), la Paroisse Sainte-Nino a été créée selon le principe territorial de la limitation des églises locales.

Elle s’est placée sous la juridiction et la protection du diocèse orthodoxe de Thyatire, sis alors à Londres, Exarcat du Patriarcat Œcuménique pour l’Europe Occidentale et du Nord. Depuis, les statuts ont été modifiés en 1979 pour prendre en compte le rattachement de la Paroisse Sainte-Nino à la Métropole de France qui n’existait pas à la date de sa création.

Il n’est ni de la vocation ni de la compétence du conseil paroissial actuel de débattre de ce principe fondateur. Disons simplement ici que, tant que la question n’aura pas fait l’objet d’une décision collégiale des plus hautes autorités orthodoxes, il ne se considère pas autorisé à remettre en cause l’analyse de ses prédécesseurs.

La situation canonique de l’Église Sainte-Nino est fondée par trois actes normatifs qui sont:

 1. l’épitre du Patriarche Œcuménique Basile II en date du 29 avril 1929. Celle-ci autorise le principe de la constitution et de l’érection canonique d’une Paroisse Orthodoxe Géorgienne en France, et donne au Métropolite de Thyatire, Exarque du Patriarcat Œcuménique pour l’Europe Occidentale et du Nord, pouvoir d’en régulariser la réalisation.

2. les statuts de l’association cultuelle, avec pour appellation Paroisse ou Église Orthodoxe de Sainte-Nino1 . Cette association fut déclarée le 23 août 1929 aux autorités françaises compétentes.

3. la ratification accordée aux dits statuts le 17 septembre 1929 par l’Exarque du Patriarcat Œcuménique pour l’Europe Occidentale et du Nord.

Ces statuts précisent que l’Église Sainte-Nino est également l’émanation de l’Église Orthodoxe de Géorgie ; qu’elle maintiendra donc avec celle-ci et son chef, une liaison suivie, mais non hiérarchique, pour la perpétuation constante de ses us et coutumes, avec l’évocation des Saints canonisés par elle, l’intercession pour la Géorgie, son clergé et le peuple croyant, l’évocation de sa Sainteté le Patriarche de Géorgie étant faite chaque dimanche.

Le nom actuel de Sainte-Nino a été substitué à celui d’origine Sainte Nina lors de l’Assemblée Générale Paroissiale de 1979.

La langue liturgique est bien-sûr le géorgien, avec les exceptions précisées dans la dernière rédaction des statuts.

L’Église Sainte-Nino a effectivement commencé à fonctionner avec la désignation en 1931 de son premier prêtre, l’hiéromoine Grigol Péradzè, ordonné en la Cathédrale Grec-Orthodoxe Saint Etienne de Paris le 24 mai.

___________________________________________________________________________

1  Le nom actuel de Sainte-Nino a été substitué à celui d’origine Sainte Nina lors de l’Assemblée Générale Paroissiale de 1979.

 

38

 

 

Père Élie Mélia et monseigneur Mélétios, métropolite de France lors de la consécration de l’église Sainte Nino, 6-8, rue de la Rosière 75015.

 

Visite de SS et BB le Catholicos Patriarche de Géorgie Ilia II en 1980.

39

Le prochain document, reprenant la présentation faite en avril 2010 expose la vie et l’œuvre du Père Péradzè.

Les premières célébrations du culte ont été accueillies dans un local de l’Église Méthodiste à Paris, rue Denfert-Rochereau.

Puis la présence à Paris du Père Péradzè ne fut plus permanente puisque, comme il sera dit dans le document mentionné ci-dessus, il partagea son temps entre la France et l’Allemagne, et surtout la Pologne où, promu Archimandrite, il enseigna à la Faculté de Théologie Orthodoxe, et où il mourut au camp d’Auschwitz en 1942. Il fut canonisé en 1995 par les églises orthodoxes de Géorgie et de Pologne.

Jusqu’en 1938, les célébrations des fêtes de Noël et de Pâques, et des messes lors des visites périodiques à Paris du père Péradzè furent alors accueillies par l’Église Evangélique du Luxembourg, rue Madame à Paris, et souvent dans les familles de la Paroisse.

Les difficultés inhérentes à l’époque conduisirent à une mise en sommeil de la Paroisse de 1939 à 1943. La succession de l’Archimandrite Péradzè, fut assurée, après que son décès eut été connu, par l’Archiprêtre Nicolas Zabakhidzè.

Celui-ci avait été ordonné prêtre en Géorgie en 1919, avant de devoir quitter le pays après l’insurrection de 1924 à laquelle il avait participé.

Dès 1935 le Conseil Paroissial avait pris contact avec lui pour assurer un éventuel intérim du Père Péradzè.

A cette occasion il fut recommandé, et la certification de sa qualité de prêtre fut faite au Métropolite de Thyatire par le Patriarche de Géorgie Callistrate, consulté par le Patriarcat Œcuménique.

Mais ce n’est finalement qu’en 1943 qu’il prit ses fonctions (difficulté pour venir de la zone libre).

Il concélébra d’abord de manière régulière en l’Église Orthodoxe Ukrainienne située alors boulevard Blanqui à Paris (célébration bilingue ukrainien-géorgien).

Puis courant 1944, une première petite chapelle propre à la paroisse fut installée dans une villa du XVIe arrondissement. Juste avant la libération de Paris, elle déménagea pour la rue François Gérard où elle occupa jusqu’en 1972 une grande salle/jardin d’hiver.

Le père Zabakhidzè y officia jusqu’en 1949, date de son départ à l’étranger pour accompagner un groupe de paroissiens. C’est l’Archiprêtre Elie Mélia, que tant de vous ont connu, qui lui succéda alors.

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Né en Géorgie en 1915, sa famille lui fit quitter clandestinement le pays en 1922 pour la Turquie, puis la Belgique avec son frère et sa soeur.

Il y fit toutes ses études, en partie chez les Jésuites, jusqu’à la faculté de philosophie et lettres de Namur. De 1936 à 1940 il étudia à l’Institut de Théologie Orthodoxe Saint Serge à Paris, où il présenta un mémoire de licence sur la Papauté au Moyen Age. Il fut ordonné prêtre en 1943 par le Métropolite Euloge en la cathédrale Saint Alexandre Nevski de Paris.

Dans sa première paroisse, russe, à Belfort, il desservait également d’autres communautés orthodoxes régionales d’émigrés de l’Est. En particulier, il y cacha et protégea des résistants recherchés par l’occupant.

En 1945 il prit en charge la paroisse de Colombelles, en Normandie, constituée à l’origine par des militaires russes émigrés après la première guerre mondiale.

En mai 1949 il reçut de sa hiérarchie l’autorisation de devenir Recteur de notre Paroisse Sainte-Nino, avec confirmation par l’Exarchat du Patriarcat Œcuménique en 1950. Au sein de notre Paroisse il fut jusqu’à son décès en 1988, non seulement le directeur de conscience, mais aussi un phare pour toute la communauté géorgienne, pratiquante ou non, en France comme à l’étranger (il a notamment été invité à officier en Allemagne ainsi qu’aux États- Unis).

Il se remit à la pratique de la langue géorgienne, peu utilisée depuis son enfance et apprit l’écriture liturgique géorgienne, le khoutsouri. *

En parallèle il fut l’un des délégués à l’œcuménisme du Comité Interépiscopal orthodoxe en France et participa à de nombreuses actions en faveur du rapprochement des chrétiens.

Elevé à la dignité d’Archiprêtre en 1963, il enseigna à partir de 1964 à l’Institut Saint Serge, chargé des cours d’histoire de l’Église Ancienne et de Théologie Pastorale.

En plus de la communauté géorgienne il s’occupait de maisons de retraite et de pensionnats d’autres communautés orthodoxes, grecque, russe etc. A cette époque, c’est à vélomoteur qu’on pouvait voir circuler sa haute silhouette dans Paris et ses environs !

Il rencontra le Patriarche Ephrem II de Géorgie lorsque celui-ci vint à Paris en 1962, puis Sa Sainteté Ilia II à Genève en 1979, lui transmettant alors l’invitation de la Paroisse Sainte-Nino qui put l’accueillir solennellement en février 1980.

41

 

C’est en grande partie son aura qui a permis que, sous l’impulsion de Lévan Zourabichvili, l’un des co-fondateurs de l’Association Cultuelle et alors Président de l’Association Géorgienne en France, un local puisse être acquis par la Paroisse en 1972, grâce à la générosité des Géorgiens résidant en France comme à l’étranger (des États-Unis jusqu’à la Turquie), qui à l’époque n’étaient pas bien nombreux.

C’est cette même chapelle, consacrée par le Métropolite de France Mélétios en septembre 1973, que la paroisse occupe toujours aujourd’hui. Elle a été aménagée par un des paroissiens, Alexis Kobakhidzè, architecte DPLG.

Après le décès du Père Mélia le 15 mars 1988, la Paroisse reçut aide et protection du Métropolite de France Jérémie, afin de trouver un successeur au sein de la Communauté Géorgienne.

Dans cette attente, l’Archiprêtre Gabriel Henry fut nommé pour la desservir.

A son décès prématuré en septembre 1988, c’est l’Archimandrite Méthodios Alexiou qui lui succéda jusqu’en 1993.

La Paroisse garde de son ministère un souvenir ému: il s’impliqua en effet totalement dans sa vie et ses soucis, mais aussi dans ceux de l’ensemble de la communauté géorgienne. En particulier il avait fait l’effort, alors que le culte avait alors lieu, par la force des choses, en français, d’apprendre certaines prières en géorgien.

C’est en 1993 que la Paroisse a renoué complètement avec la tradition géorgienne avec la nomination comme recteur de l’Archiprêtre Artchil Davrichachvili.

Né à Paris, Père Artchil a passé son enfance en France avant un séjour de sa famille en Géorgie de 1974 à 1978. Dès son jeune âge il s’intéressa à la vie religieuse et auprès du Père Elie Mélia acquit ses premières connaissances de la liturgie.

En Géorgie il fut en contact suivi avec le Patriarcat, et après l’avènement de Sa Sainteté Ilia II, participa comme enfant de chœur aux célébrations en la cathédrale de Tbilissi. Il fit ainsi l’apprentissage direct de la célébration liturgique en géorgien, et put apprendre le khoutsouri.

A son retour en France il suivit les cours de l’Institut de Théologie Saint Serge de 1979 à 1983.

En 1991 il fut ordonné diacre, puis prêtre en 1992, en la cathédrale Saint Etienne et prit en 1993 ses fonctions actuelles, d’abord aux côtés de l’Archimandrite Méthodios.

Notre Église Sainte-Nino a ainsi pu être, depuis sa constitution et jusqu’aux années 1990, le seul lieu de célébration du culte en langue géorgienne hors des frontières de la Géorgie.

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Le Catholicos Patriarche de Géorgie Ilia II et le futur père Artchil Davrichachvili.

 

 

Père Artchil Davrichachvili et Tariel Zourabichvili

 

 43

Elle reste sous la dépendance canonique du Patriarcat Œcuménique mais, comme elle l’a toujours fait, en liaison avec l’Église de Géorgie, demeure un témoin privilégié de l’antique Chrétienté géorgienne.

C’est tout ce passé que la Paroisse a souhaité célébrer en ce quatre-vingtième anniversaire… sans attendre le centième, pour pouvoir profiter de la présence des quelques paroissiens originels qui sont encore parmi nous.

La Paroisse, fondée par la première génération qui dut quitter la Géorgie en 1921, s’est depuis enrichie de tous les autres arrivants depuis la Mère Patrie : réfugiés après l’insurrection de 1924, victimes de la deuxième guerre mondiale, réfugiés politiques au temps de l’occupation soviétique, et depuis que la Géorgie a retrouvé sa souveraineté en 1991, tous ceux qui ont souhaité ajouter à leur propre culture une partie de celle de la France.

 C’est cette union et cette coopération de toutes les générations qui lui ont donné et lui donneront encore la force de maintenir sa vocation, et lui permettront, nous l’espérons, de vous accueillir aussi nombreux dans vingt ans.

Tariel Zourabichvili Membre du Conseil Paroissial

 

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Document IV

RAPPEL DE LA SITUATION CANONIQUE DE L’Église GÉORGIENNE SAINTE-NINO DE PARIS

Il s’agit d’un exposé fait lors de l’Assemblée Générale de la Paroisse le 22 novembre 2014. Il ne remplace en aucun cas le document I ci-avant, établi en 1933 juste après la fondation de la Paroisse Sainte-Nino de Paris, mais tente de refaire le point à la date actuelle en fonction de l’évolution de l’ensemble des Églises Orthodoxes dans le monde après la libération des contraintes de l’époque soviétique.

Suivant les principes, datant du IVe siècle, de l’Église Chrétienne, celle-ci est organisée en Autorités locales (Métropoles, devenues Evêchés en Occident), qui sont responsables d’une juridiction territoriale sous la conduite du Métropolite/Evêque. La tradition originelle est qu’une Église donnée est celle dont tous les Chrétiens résidant sur son territoire dépendent, sans prise en compte de leur nationalité, l’Église n’est pas « philethnique », c’est à-dire celle d’une nationalité particulière mais celle d’un lieu.

De ceci découle que dans un pays donné il ne peut y avoir qu’une seule autorité ecclésiastique (« un seul lieu, un seul Evêque »). Ce principe a perduré après la séparation des Églises Chrétiennes orientales et occidentale (Orthodoxes et autre rites orientaux, et catholique); la situation étant plus compliquée, semble – t-il, en ce qui concerne le Protestantisme et ses dérivés.

Dans l’Église Catholique la situation est simple, tous les Evêchés sont rattachés à une seule autorité suprême la Papauté (avec des agitations au cours des âges, par exemple, au Moyen Age, la double Papauté en Avignon, et en la période moderne, le mouvement des partisans de Mgr Lefebvre).

Dans l’Église Orthodoxe, l’Autorité des Métropoles remonte au niveau des Patriarcats. Aux origines de la Chrétienté ont existé très tôt cinq Patriarcats : Rome, Antioche, Alexandrie, puis Byzance et Jérusalem. Avec la séparation Orient Occident puis l’apparition et l’extension de l’Islam, les Patriarcats d’origine ont évolué, et se sont vus rejoindre, au fil des siècles dans de nouveaux pays christianisés (ou rechristianisés à la suite des reculs islamo-ottomans) par d’autres. Par ailleurs des église orthodoxes de certaines nationalités se sont développées hors de leur pays d’origine, au fur et à mesure au fur et à mesure des migrations de certains peuples pour de multiples raisons, politiques et/ou économiques.

Au cours des âges, une prééminence du Patriarcats de Byzance a été instituée et c’est pour cela que le principe du rattachement hiérarchique de ces nouvelles églises « nationales » a très tôt été déterminé comme suit: s’il n’existait pas déjà un Patriarcat responsable de leur nouveau lieu d’habitat, elles étaient rattachée au Patriarcat Œcuménique, celui de Byzance, devenu Constantinople (comme indiqué dans le Document I ci-avant).

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Au fur et à mesure de l’émergence de nouveaux pays christianisés, de nouveaux Patriarcats se sont constitués, en particulier celui de Russie (pays christianisé à une époque relativement tardive par rapport aux autres pays d’Orient) avec l’appui du pouvoir politique, qui très tôt ont eu des velléités de remettre en cause la primauté de Constantinople Moscou revendique depuis longtemps le titre de « Nouvelle Rome ».

Avec l’émergence de nouveaux Patriarcats slaves (Serbie, Bulgarie etc…) mais aussi en Roumanie etc… la remise en cause de la primauté de Constantinople à été, à la suite de Moscou, de plus en plus évoquée au XIXe siècle. A la fin de celui-ci, pour des raisons éminemment de politique intérieure de divers pays, la question a été mise à l’ordre du jour de ce qui aurait dû être un Concile Panorthodoxe à Constantinople ; mais celui-ci s’est transformé en simple Synode, les patriarches slaves ne s’étant pas déplacés. Cette réunion a confirmé le principe de la non- philethnie. Elle reste appelée Concile dans le document I.

Avec la mise sous le boisseau de nombreuses église orthodoxes à l’ère soviétique, la situation n’a que très peu évolué jusqu’à la disparition de l’URSS. A ce moment a eu lieu le réveil de nombreuses églises longtemps réduites au silence. Avec d’une part le retour à des traditions souvent très fondamentalistes, et de l’autre une tendance de leurs autorités – pour des raisons encore une fois de politique intérieure- de remettre en cause les principes hiérarchiques que nous avons rappelés.

De fait depuis les années 1990 nombre de Patriarcats ont développé des ambitions hégémoniques internationales, étendant leur autorité sur les églises de leurs nationaux hors de leur pays d’origine.

Ces Patriarcats maintiennent encore – semble-t-il – le principe d’une seule autorité en un lieu où il y a déjà un Patriarcat (par exemple les églises géorgiennes en Russie seraient en principe rattachées à Moscou, et les églises russes en Géorgie à Tbilissi) mais remettent en cause le rattachement à Constantinople des églises de leurs nationaux établies dans un pays sans Patriarcat propre (exemple de plusieurs églises russes, serbe, roumaines en France, bien sûr de l’église Ste Thamar de Villeneuve St Georges… alors que la Cathédrale de la rue Daru reste rattachée à Constantinople).

Un de leurs arguments est que les Patriarcats Orientaux originels n’ont plus, dans le pays de leur siège, que très peu de fidèles, les autres ayant été poussés à émigrer à cause d’évènements politiques (Turquie) ou de la poussée islamique.

La question reste discutée depuis de nombreuses années, lors de réunions en une institution pan- orthodoxe basée à Genève, placée aujourd’hui sous la direction de notre ancien Métropolite Monseigneur Jérémie, institution pilote en principe de toutes les négociations.

 

 

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Célébration au cimetière de Leuville sur Orge.

 

Un concile Panorthodoxe est attendu et espéré depuis longtemps, mais son organisation s’avère difficile avec là encore les jeux diversifiés des différents Patriarcats.

Si éventuellement ce futur Concile décidait d’une modification des conditions de rattachement hiérarchique des églises nationales situées hors de leur territoire d’origine la question se reposerait sans doute pour nous. Mais pour l’heure ce qui a été dit dans le Document N°I (redit par l’Archiprêtre Elie Melia à sa Sainteté Ilya II lors de sa visite en 1980, rappelé encore lors de la célébration du 80e anniversaire de la Paroisse, reprécisé au Métropolite Abraham, chargé par la Patriarcat de Géorgie des Églises Géorgiennes qu’il a sans concertation établies en Europe Occidentale, lorsqu’il a rendu visite, à Père Artchil et un membre du conseil paroissial, il y a 3 ans) reste valable : notre rattachement au Patriarcat Œcuménique est fait à travers son représentant pour la France, le Métropolite Emmanuel, Président de la Conférence des Evêque Orthodoxes de France. Notons que la Métropole grecque St Etienne qu’il dirige n’est pas rattachée hiérarchiquement à Athènes – qui na pas de Patriarcat -- mais directement à Constantinople.

Tant que ne seront pas connues les résolutions du futur - et à notre sens loin d’être prochain - Concile Panorthodoxe, notre Église Sante Nino ne peut et ne doit que respecter l’organisation hiérarchique due à la sagesse de ses fondateurs et exposée dans les statuts de l’Association Cultuelle.

 

Tariel Zourabichvili et Michel Vodé Membres du Conseil Paroissial

 

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Icône de Saint Grigol Khandzteli, patron de Saint Grigol Péradzé : «Seigneur, prends pitié du Iéromoine Grigol Péradzé, premier recteur de la paroisse Sainte Nino de Paris»

 

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Document V

 

VIE ET ŒUVRE DE SAINT GREGOIRE PÉRADZÉ

Saint Grigol (ou Grégoire) Pèradzè, connu dans le monde scientifique comme l’Archimandrite Pèradzè, est né en Géorgie en 1899. Son père, qui était le prêtre de la paroisse orthodoxe locale, décéda en 1905 et les enfants furent élevés par leur mère et par leur oncle paternel. Le Père Grégoire dira plus tard que sa vie fut influencée de manière décisive par la tradition familiale, parlant de l’appel au sacerdoce de l’un des ancêtres. Grégoire Péradzé entra donc au petit séminaire de Tbilissi (alors Tiflis) dont il sortit diplômé en 1913. Il continua ensuite ses études au séminaire, qu’il termina premier de sa promotion en 1918. Dans la Russie d’avant la révolution, un diplôme de première classe donnait le droit d’entrer dans toutes les Académies théologiques de l’Empire russe ; mais les évènements, dont la formation en 1918 d’une république de Géorgie indépendante l’amena à modifier ses projets. Il commença donc des études de philologie à l’Université de Tbilissi, fit son service militaire en Géorgie, fut instituteur dans une école rurale d’où il retourna à l’université de Tbilissi.

En octobre 1921, le Conseil du Patriarcat de Géorgie, dirigé par le Catholicos Ambroise Ier envoya Grégoire Péradzé étudier en Allemagne, avec pour mission d’acquérir une formation théologique complète. Ayant obtenu une bourse, il partit pour Berlin à la fin d’octobre 1921 et commença par suivre des cours intensifs d’allemand; puis ensuite, le 12 mai 1922, après avoir passé les examens nécessaires, il fut inscrit à la faculté de théologie de l’Université de Berlin. Il y étudia la théologie et les langues orientales anciennes : hébreu, syriaque, arabe, copte, arménien et grec. À la même époque, il étudia également le latin, l’allemand, l’anglais, le français et le danois. En outre, il savait évidemment le russe, le slavon et le géorgien, et, après 1933, il apprit très rapidement le polonais.

Dans un premier temps, Grégoire Péradzé avait l’intention de présenter un mémoire de licence sur l’activité du moine athonite géorgien Georges l’Hagiorite (XIe siècle). À la fin de 1924, sur les conseils d’un lecteur de Géorgien à l’Université de Berlin, il prit contact avec l’Université de Bonn pour demander conseil à un orientaliste allemand renommé, le professeur Goussen. Installé un moment au Danemark, en raison de la situation de crise économique en Allemagne, il arriva enfin à Bonn en mai 1925 à la faculté de Philologie où il étudia l’histoire de la religion et perfectionna sa connaissance des langues orientales. Il traduisit en allemand la vie de Georges l’Hagiorite, augmentée d’une introduction critique et de notes. Il prépara ensuite une thèse de doctorat dans laquelle il exposait et analysait la vie des Saints Moines Géorgiens et proposait une série de conclusions importantes pour la connaissance et la compréhension du monachisme géorgien. Le 17 décembre 1927, il fut solennellement promu docteur.

 

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Sans entrer ici dans le détail, disons simplement qu’il étudiait dans sa thèse les origines de ce monachisme géorgien dès la Christianisation du pays au IVe siècle et les différents apports qu’il reçut jusqu’au IXe siècle et leur influence.

Les premières années après la fin de ses études, Grégoire Péradzé continua de s’occuper du monachisme géorgien. Il fit dans ce domaine toute une série de remarques ayant trait au rôle des monastères dans la vie de l’Église de Géorgie et du christianisme oriental. Il y analyse en particulier le mode de fonctionnement de ces monastères et leurs relations avec l’Église de Géorgie et leur importance pour le maintien de la tradition chrétienne du pays.

Après des recherches chez les Bollandistes de Bruxelles et à l’Université Catholique de Louvain en 1926 et 1927, Grégoire Péradzé fut engagé à l’Université de Bonn, d’abord comme lecteur de langues arménienne et géorgienne, puis comme Privat Docent. Dès lors le nom de Grégoire Péradzé apparaît très souvent dans diverses revues scientifiques. Ses articles lui ont valu d’emblée l’opinion favorable des meilleurs connaisseurs du christianisme ancien au Proche Orient. Ceux-ci soulignent que les études géorgiennes ont pris un essor nouveau dès sa soutenance de thèse. Grégoire Péradzé fit en 1928 et 1929 des conférences sur la liturgie géorgienne prébyzantine et sur la tradition évangélique géorgienne.

À la même époque, il concentre son attention sur la liturgie géorgienne, ce qui a donné plusieurs ouvrages classiques sur ce thème. Il publia alors également un article en français sur l’activité littéraire des moines géorgiens du Mont Athos. Plusieurs autres ouvrages devenus classiques sur la liturgie géorgienne prébyzantine parurent aussi au même moment: Grégoire Péradzé analyse comment s’y firent sentir les traditions de Jérusalem et d’Antioche, puis pendant un moment les apports de la littérature ecclésiastique arménienne, avant qu’au XIe siècle ce soit la liturgie byzantine qui fut adoptée.

En 1931, Grégoire Péradzé prononce ses voeux monastiques en la Cathédrale Grecque Saint Etienne de Paris, où il reçoit également l’ordination sacerdotale. Il avait pris cette décision à la suite d’une grave maladie. Il s’était lié alors avec la communauté géorgienne de Paris. Co-fondateur de la paroisse Sainte-Nino, il en devint le premier recteur. La même année, il fit paraître le premier exemplaire d’un bulletin paroissial et scientifique : la Croix de Sainte-Nino (Djvari Vazissa) dont il fut à la fois le fondateur et le rédacteur. Pour le service de la paroisse, il renonça à son enseignement à l’Université de Bonn en 1932. Après avoir donné quelques conférences à Oxford, il s’établit à Paris comme prêtre de la paroisse géorgienne et rédacteur de la Croix de Sainte-Nino. La plupart des articles publiés dans ce volume annuel ont Grégoire Péradzé pour auteur.

 

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Le père Grégoire Péradzé rêvait d’enseigner dans une école théologique. Son vœu fut exaucé en 1933, quand le métropolite Dionizy l’invita à Varsovie et lui proposa le poste de professeur suppléant de patrologie et de chef de travaux du séminaire de Patristique à la section de théologie orthodoxe de l’Université de Varsovie. Grégoire Péradzé donna sa leçon inaugurale le 7 décembre 1933. Elle avait pour thème « Le concept, les objectifs et les méthodes de la patrologie dans la théologie orthodoxe ». Il y indiquait en particulier la place de la patrologie dans la pratique de la théologie et il postulait que, à côté de la patrologie grecque et latine, il faudrait enseigner également les autres littératures chrétiennes orientales afin que l’on puisse procéder à des recherches critiques selon une méthodologie de travail scientifique.

 En janvier 1934 le Père Grégoire Péradzé reçut, en la Cathédrale Grecque Sainte-Sophie de Londres, la dignité d’Archimandrite. L’année académique 1934-1935, il prononça pour tous les étudiants de la section de théologie orthodoxe de Varsovie un cycle de conférences sur le thème de l’« Introduction à la science théologique ».

La proposition de donner au père Grégoire Péradzé le titre de professeur extraordinaire à l’Université Théologique de Varsovie ne fut pas ratifiée par les autorités de l’État. En dépit de ces difficultés d’ordre administratif, il continua à travailler pour le bien de l’Église de Pologne, tout en assumant son rôle de Recteur de l’Église Sainte-Nino par correspondance et par des voyages à Paris notamment au moment de Noël et de Pâques.

Il fit à cette époque plusieurs voyages d’étude au cours desquels il put découvrir de nombreux textes religieux anciens en géorgien et aussi en grec : en Roumanie en 1935, en Grèce (au mont Athos il put se procurer 50 volumes géorgiens et 13 manuscrits, dont les apophtegmes et des Vies apocryphes des Saints) ainsi qu’en Bulgarie où il découvrit un texte géorgien concernant la fondation d’un monastère.

En 1936, lors d’un pèlerinage en Terre sainte et en Syrie il rapporta entre autres des palimpsestes géorgiens du VIe et du VIIe siècle.

En ce qui concerne la suite de l’activité patristique de Grégoire Péradzé, il faut noter qu’il travailla dans des bibliothèques en Italie (1937-1938), à la Bibliothèque Nationale de Paris (Pâques 1938) et en Autriche (Graz et de Vienne où il découvrit une version géorgienne du Dialogue de Saint Grégoire le Théologien avec Saint Basile). Sa première découverte scientifique dans la bibliothèque Bodléienne d’Oxford avait été celle d’un texte apocryphe géorgien sur le martyre des apôtres Pierre et Paul.

 

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Dans l’œuvre scientifique du père Grégoire Péradzé, il faut tout d’abord noter l’édition de nombreuses sources de connaissance de la Chrétienté ancienne (chroniques de monastères, évangile monophysite géorgien apocryphe). Il œuvra également à la publication de nombreux catalogues ; ceux-ci concernent des manuscrits géorgiens en Angleterre, les relations de voyage de pèlerins géorgiens en Terre Sainte, et tout particulièrement les traductions de la littérature chrétienne ancienne en géorgien.

Sa moisson scientifique est donc imposante et dans sa bibliographie on ne trouve pas de publication qui n’ait de l’importance. Il ne se contentait pas de recenser des livres anciens mais les commentait souvent en en complétant le contenu, et émettant même parfois des avis contradictoires avec ceux de leur auteur.

Lorsque la deuxième guerre mondiale éclata, le père Grégoire Péradzé se trouvait à Varsovie. A la suite de provocations et de dénonciations malveillantes il fut arrêté par la Gestapo le 5 mai 1942. On a retrouvé sept documents permettant de reconstituer quelques événements de cette époque dont en particulier cette arrestation. Il fut d’abord détenu dans une prison de Varsovie. Puis transféré en novembre (probablement le 18) au camp de concentration d’Auschwitz. Un acte de décès délivré par la direction du camp, ainsi que d’autres documents, permettent d’établir le moment de sa mort: le 6 décembre 1942 à 16 heures 45.

Peu après la fin de la deuxième guerre mondiale, l’Église orthodoxe de Géorgie commença le procès en canonisation du père Grégoire Péradzé, procès qui se conclut le 19 septembre 1995 au Concile local de l’Église géorgienne par la canonisation du père Grégoire Péradzé comme « saint martyr ». Le père Grégoire Péradzé a joué un grand rôle dans l’histoire de la science non seulement polonaise, mais mondiale, comme l’attestent les nombreuses mentions et références à ses travaux par des savants spécialistes de nombreuses disciplines.

Ce bref exposé témoigne de la richesse et de la diversité de l’œuvre de Saint Grégoire Péradzé. Une bibliographie partielle en figure dans l’article plus complet dont il est le résumé publié sous le même titre par votre orateur.

Une édition complète de ses écrits est en cours, en polonais avec traductions, pour le moment, en géorgien et en anglais. Le premier volume en est déjà disponible en polonais, quatre autres suivront.

 

Exposé du R. P. Henryk Paprocki le 8 avril 2010

 

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Icône de Saint Grigol Péradzé (Kéthévane Mélia-Klimis)

 

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Icônes de Saint Grigol Péradzé

 

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Père Élie Mélia et le pape Paul VI

 

Document VI

 

VIE DE L’ARCHIPRETRE Elie MELIA

 

L’archiprêtre Elie Mélia, recteur de la Paroisse Orthodoxe Géorgienne Sainte-Nino de Paris, est né le 20 février 1915 à Koutaïssi en Géorgie. Son père, qui s’appelait également Elie Mélia, négociant en bois, conseiller municipal et notable influent de la ville de Batoumi, envoya deux de ses enfants étudier en Belgique. En 1922, après l’invasion de la Géorgie indépendante par l’Union Soviétique, il parvint à emmener clandestinement son fils Elie, âgé de 7 ans, caché sous une bâche, d’abord à Constantinople, puis à le faire partir en Belgique où le jeune Elie rejoignit son frère Antoine et sa sœur Mary. Mary reviendra en Géorgie après avoir terminé ses études, juste avant que les frontières soviétiques ne soient fermées. Elie et Antoine resteront seuls à l’étranger, éloignés des leurs, puis sans aucunes nouvelles d’eux durant des décennies. Ils ne retourneront jamais en Géorgie, ni ne reverront leurs parents..

 

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Le jeune Elie Mélia poursuit ses études secondaires à Namur dans différents collèges catholiques, puis au Pensionnat St Georges, tenu par les jésuites où il obtient le diplôme d’humanités gréco-latines en 1933. Il étudie les lettres, la philosophie puis le droit à la faculté Notre Dame de la Paix à Namur, tout en travaillant comme surveillant au Pensionnat Kouzmine-Karavaev de Bruxelles.

De 1935 à 1940, il est étudiant à l’Institut de Théologie St Serge de Paris. Il soutient sa thèse de licence le 1er mars 1940 à sur l’histoire de la papauté au moyen âge.

Il se marie en 1943 avec Alla Melnikova qui le soutiendra avec fidélité et énergie dans son sacerdoce tout au long de sa vie.

Il est ordonné diacre, puis prêtre le 19 août 1943 (fête de la Transfiguration) par le Métropolite Euloge Guiorguevski, exarque du Patriarche œcuménique pour les communautés russes en Europe. Il est chargé de septembre 1943 à juin 1945 de la Paroisse de Belfort où son activité sacerdotale s’étend aux communautés orthodoxes de Montbéliard, de Besançon et de Nancy. Il participe, également à la résistance contre l’envahisseur nazi.

De juin 1945 à juin 1949, il dessert la Paroisse St Serge de Colombelle près de Caen en Normandie où il a la douleur de perdre un fils nouveau-né, Jean.

Père de deux filles Nino et Kéthévane, et d’un garçon Elie, il représente avec son épouse Alla, le modèle d’une famille sacerdotale fidèle à sa foi et à ses idéaux dans la tourmente de l’émigration.

La Paroisse Orthodoxe Géorgienne de Paris qui avait déjà perdu son premier recteur, l’Archimandrite Grigol Péradzé mort en martyr à Auschwitz en 1943 et aujourd’hui canonisé par les Églises Orthodoxes de Géorgie et de Pologne, se retrouvait de nouveau orpheline en 1949, après le départ de son second recteur, l’Archiprêtre Nicolas Sabakhidzé, parti accompagner un groupe de paroissiens établis en Argentine.

Par décision n° 840, du 15 juin 1949, le Métropolite Wladimir, successeur du Métropolite Euloge, décharge le Père Elie Mélia de sa paroisse de Colombelle et le rattache sans traitement à l’Église de la Présentation au Temple de la Ste Mère de Dieu de Paris (91 rue Oliver de Serre) avec autorisation de célébrer régulièrement dans la Paroisse Géorgienne, ce qu’il fit de cette date à sa mort.

Reçu, dès 1950 dans la juridiction du Métropolite Germanos de Thyatire (Patriarcat de Constantinople), juridiction où se trouve la Paroisse Géorgienne de Paris depuis sa fondation en 1929, il est élevé en 1963 à la dignité d’archiprêtre par le Métropolite Mélétios, métropolite en France du Patriarcat Œcuménique, à l’occasion du vingtième anniversaire de son ordination sacerdotale.

  

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Il enseigne dès 1964 à l’Institut de Théologie Orthodoxe St Serge de Paris, d’abord comme enseignant avec honoraires, puis à partir de 1969 en tant que chargé de cours pour l’histoire de l’Église Ancienne et la théologie pastorale.

Délégué à l’œcuménisme du Comité inter-épiscopal Orthodoxe en France, qui était alors l’organe de coordination en France de l’orthodoxie, il déploie une grande activité en faveur du mouvement de rapprochement des chrétiens de différentes confessions.

Il fut jusqu’à sa mort le 15 mars 1988, pendant près de quarante ans, le recteur de la Paroisse Orthodoxe Géorgienne Ste Nino de Paris, alors unique formation ecclésiastique orthodoxe géorgienne hors des frontières de la Géorgie. Il a représenté au sein de la communauté géorgienne une autorité morale et spirituelle unanimement respecté et écoutée tant en France qu’à l’étranger.

Son activité pastorale ne se limitait pas à la communauté géorgienne, il visitait régulièrement les maisons de retraite et les pensionnats des différentes communautés orthodoxes grecques, russes.

Figure marquante de l’Institut St Serge durant les décennies 60, 70 et 80 du siècle dernier, il laisse de nombreux articles et textes de communications à différents congrès de la plus haute rigueur théologique, écrits en un français clair, concis et incisif.

Lors de ses obsèques, dans son oraison funèbre, le Protoprésbytre Alexis Kniazeff, Recteur de l’Institut de Théologie Orthodoxe St Serge de Paris et son ami de toujours, le définissait comme un véritable chevalier de notre temps, luttant infatigablement pour sa foi et ses idéaux.

Il repose parmi nombre de ses paroissiens dans le carré géorgien du cimetière municipal de Leuville sur Orge dans l’Essonne.

Archiprêtre Artchil Davrichachvili en collaboration avec Kéthévane Mélia-Klimis.

 

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Document VII

 

HISTOIRE DE L’EGLISE DE GEORGIE

 

Cadre général et étapes principales de son histoire. Essai « historiosophique » sur le destin d’un peuple. R.P. Elie Mélia Archiprêtre, Recteur de la paroisse orthodoxe Ste Nino de Paris, Chargé de cours à l’Institut de Théologie Orthodoxe St Serge à Paris, (Histoire de l’Église Ancienne et Théologie Pastorale) 1964

 

 

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Introduction Peu d’Églises locales sont aussi mal connues que l’Église de Géorgie : son Histoire reste encore à écrire. On se contentera d’en dessiner le cadre général et d’en indiquer les étapes principales.

En grec « Georgia », en français la Géorgie, et d’autre part chez les peuples islamisés, Gourdjistan-Gourdji = pays ou peuple du (fleuve) Kour, d’où Grouzia, forme russe postérieure à Gourdzia, tels sont les noms qu’on donne à l’étranger au pays dans sa constitution actuelle.

Les Géorgiens eux-mêmes appellent leur pays Sakartvelo ou pays des Kartvels : Kartouels ou Kaldouels = Chaldéens. En langue mégrelle, géorgien se dit: kartou; une autre peuplade géorgienne les Svanes appellent leur pays Khaldé ; un village en Svanétie s’appelle de nos jours encore Khaldè. Les anciens Russes, en contact avec la Géorgie par le littoral de la Mer Noire, appelaient le pays et ses habitants : Obézy, déformation de Abkhazie.

Les anciens auteurs géorgiens usaient, pour désigner l’ensemble des territoires géorgiens, du nom Kartlie, nom d’une région historique particulière qui a joué un rôle prépondérant dans l’ethnie géorgienne, dans la culture et dans l’histoire du pays entier : pars pro toto.

Le Kartlie s’appelle aussi Ibérie, pays habité par les Ibères, en géorgien: Ivéria. C’est sous ce nom que la Géorgie était connue des anciens auteurs grecs et latins. C’est la raison pour laquelle les anciens textes donnent à l’Église de Géorgie le nom d’Église d’Ibérie : cette appellation est encore en usage de nos jours.

La capitale de l’Ibérie fut jusqu’au Ve s. Mtskheta, remplacée depuis par Tbilissi, dont Tiflis est la déformation d’origine persane.

Le chef de l’Église de Géorgie porte le titre d’« archevêque de Mtskheta, Tbilissi, catholicos-patriarche de toute la Géorgie ».

La langue géorgienne comprend plusieurs ramifications : le svane, le mègrèle ou laze, et surtout le kartvèle, ce dernier seul possédant une tradition littéraire écrite: il a constitué de tout temps la langue littéraire commune à toute la Géorgie, même aux époques de morcellement territorial. C’est aussi l’unique langue liturgique en usage sur tout le territoire géorgien, malgré les vicissitudes historiques qui ont amené ce morcellement territorial à partir du XVe siècle.

Le géorgien n’appartient ni au groupe des langues sémitiques, ni à celui des langues dites indo-européennes, ni au groupe ougro-finnois, mais constitue un groupe linguistique indépendant.

Le géorgien possède son propre système d’écriture sous la double forme civile (mkhédrouli = militaire), et religieuse (khoutsouri = sacerdotale); cette dernière se subdivise en écriture majuscule (asso mtavrouli), seule employée jusqu’au Xe s, et en écriture minuscule ou cursive (nouskhouri). Le plus ancien témoin parvenu jusqu’à nous d’écriture géorgienne est une

Le plus ancien témoin parvenu jusqu’à nous d’écriture géorgienne est une inscription sur pierre, datée de 493, provenant de l’église de Bolnissi.

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La Géorgie actuelle (en 1959) jouit au sein de l’URSS d’un statut de République associée ; elle est normalement indépendante (constitution de 1936). Elle a une superficie de 70,100 km2 , et compte un peu plus de 4750000 habitants, soit 68 au km2 , dont environ 65 % sont géorgiens.

Avant 1917 la population était de confession orthodoxe dans sa grande majorité. On comptait à l’époque un peu plus de 30000 catholiques romains, cantonnés surtout dans la région d’Akhaltsikhé, et une centaine de milliers de musulmans ; les Arméniens habitant le pays (alors un demi-million) sont de confession grégorienne (monophysite).

Montagneuse, et bordée par la Mer Noire, la Géorgie a un climat varié ; c’est aussi un pays à vin.

La frontière Nord est constituée par la formidable barrière des Monts Caucase ; le long de cette puissante chaîne de montagnes, le pays s’étire : bordé à l’Ouest par la mer Noire, tandis qu’à l’Est il n’atteint pas la Mer Caspienne. Au Sud la frontière touche la Turquie et l’Arménie.

Une chaîne de montagnes transversales, orientée Nord-Sud, les Monts de Sourami, délimite deux régions désignées par les noms conventionnels de Géorgie Orientale – comprenant les régions historiques d’Ibérie ou Kartlie, de Kakhetie, d’Heretie, de Meskhetie, et d’autre part, la Géorgie Occidentale, avec l’ancienne Colchide, devenue par la suite (M) Egrissi = Samégrélo, le Lazique, l’Abkhazie, la Gourie, le Ratja, et l’Imérétie. Isolé dans le Nord, se trouve la Svanetie, tandis qu’au Sud le Samtskhé-Saatabago, extension de l’ancien Tao, touche la Turquie.

Jusqu’à l’arrivée des Russes au XIXe s, les invasions sont presque toutes venues par le Sud, du fait des Perses, des anciens Grecs sous Alexandre le Grand, des Romains, des Byzantins, des Arabes, des Mongols, des Turcs. Il n’est pas sans intérêt de noter qu’aussi loin qu’on puisse remonter dans le temps, (et les fouilles font apparaître une civilisation avancée en deçà du 2e millénaire avant notre ère) les populations géorgiennes sont autochtones. A l’époque préchrétienne, il existait sur le territoire géorgien actuel deux royaumes qui étaient connus d’Hérodote, Xénophon, Strabon, Pline : la Colchide à l’Ouest, et l’Ibérie à l’Est. Ces royaumes furent en rapport avec Rome qui les soumit à sa loi. Vespasien, en 75 fit construire une fortification dont les vestiges subsistent à Harmozice (Armazis Tsikhé), en face de Mtskhéta (on y a retrouvé une inscription votive romaine), afin de s’assurer cet important nœud de communications à la limite de l’Empire, et pour surveiller la route des invasions par la passe de Darial.

L’Ibérie était placée par l’empereur Galère, vainqueur des Perses à Nisibe (298), sous la protection de Rome. Dans le traité de Nisibe, Narsès abandonnait aux Romains 3 provinces arméniennes au delà du Tigre, et un article spécial réglait le sort du roi d’Ibérie qui recevait désormais de Rome les insignes de sa royauté « sub dispositione ducis Armeniae » selon la formule officielle de la « Notitia dignitatum ». (P. Peeters, op. cit.), car l’Arménie était, elle, incorporée plus directement à l’Empire.

 

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LES DÉBUTS DU CHRISTIANISME EN GÉORGIE

Le christianisme pénétra en Géorgie par trois voies.

1.     Par le littoral

 

Dès avant le IIIe s. par le littoral de la Mer Noire, où florissaient des ports grecs. Eusèbe de Césarée (IVe s.) fait état de la conversion des Scythes par l’apôtre saint André, et déjà au IIIe s. Arnobe, Origène et Tertullien savaient que le christianisme avait pénétré chez les Scythes et les Parthes ; or ces peuples étaient en rapport avec les peuples géorgiens. Sur le littoral de la Mer Noire, des comptoirs grecs se trouvaient en contact avec les populations de l’intérieur.

Rappelons que selon les Actes des Apôtres (2,9) il y avait des Juifs originaires du Pont parmi les auditeurs de la prédication apostolique après la Pentecôte, et sans doute y en a-t-il eu parmi les trois mille qui se firent baptiser alors. Il ne faut cependant pas oublier que « le Pont » était une désignation géographique assez imprécise et qui englobait des populations assez disparates.

On peut signaler encore le fait que Marcion, le fils d’un évêque de Sinope, venu à Rome vers 140 pour y propager ses idées hérétiques sur la Bible, fut fustigé par le fougueux Tertullien comme étant originaire du « sombre Caucase et du peuple barbare Colche », dont descendent les actuels Lazes et Mégrels en Géorgie Occidentale.

Le père de l’historiographie chrétienne Eusèbe rattache à l’apôtre St André lui-même la prédication de l’Evangile chez les Scythes. Une pénétration du christianisme en Géorgie Occidentale dès le IIe s. est donc plausible. La tradition géorgienne se réclame de l’apostolat de saint André, il faut le noter pour expliquer les références et allusions à ce sujet dans l’hymnographie géorgienne.

 

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Djvari, Mtskheta.

 

 

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Mais il y a plus : dans la liste des Pères du Concile de Nicée (325) on trouve un certain Patrophilos, évêque de Pityonte, ville de la circonscription ecclésiastique du Pont Polémoniaque (cette ville existe toujours en Géorgie sous la dénomination de Bitchvinta - en russe Pitsunda -). Or un évêché suppose une chrétienté constituée depuis un certain temps.

Malgré l’absence de témoignages précis, selon P. Peeters, dont l’apport est capital pour l’histoire de la pénétration du christianisme en Géorgie Occidentale avant le IIIe s, on doit supposer une pénétration du christianisme en Géorgie également par le port de Dioscourias, appelé plus tard Sebastopolis, et actuellement Soukhoumi: aux dires de Pline (Hist. Natur. VI, 6), son marché était fréquenté par 300 tribus de langues différentes, et les Romains y employaient un corps de 120 interprètes. Telle était la situation sur le littoral.

A l’intérieur du pays, la Géorgie Occidentale demeura païenne dans son ensemble jusqu’à la moitié du VIe s. sous Justinien. Cependant, le christianisme y était implanté bien avant: « Un roi des Lazes nommé Goubazios vivait à Constantinople sous LéonI (457-474) et visitait assidûment St. Daniel le Stylite » (Vita S. Danielis, cap. 51, Annalecta Bollandiana T. XXXVIII); on sait aussi que les Lazes, peuple apparenté aux Mégrels de Géorgie, possédaient dans le désert de Jérusalem un monastère qui fut rebâti par les soins de Justinien. (Procope - De Aedificiis V, 9) –

 

2.     En Géorgie Orientale

 

Si le christianisme apparut plus tardivement, il s’y implanta définitivement dès le IVe s.

Le christianisme fit son apparition par le Sud, dans les provinces charnières de Tao-Klardjétie ou Samtskhé (Meskhétie), région où les populations géorgiennes avoisinaient avec les Arméniens. Dans ces territoires, le christianisme pénétra vers le milieu du IIIe s grâce à St Grégoire d’Arménie, à son fils Vrathanès, et à son petit-fils Grégoire. (P. Peeters ; Op. cit.). Les Actes de St Grégoire l’Illuminateur rapportent que celui-ci fit ordonner des évêques outre l’Arménie, pour l’Ibérie et l’Albanie – c.à.d. une partie de la Géorgie Orientale et de l’Azerbaïdjan. Faust de Byzance (Lib. III, cap.5-6) quart du VIe s. rapporte que Grégoire, petit-fils de St Grégoire l’Illuminateur, se rendit d’Albanie chez les Maskhuts, dont le roi était proche parent du roi d’Arménie, ce qui n’empêcha pas qu’il fut attaché à la queue d’un cheval, et martyrisé près du lac de Tchaldir (dans la Turquie actuelle). Les Maskhuts (du Meskhetie géorgien) firent par la suite partie du royaume de Géorgie. L’effort missionnaire de l’Église à peine naissante d’Arménie en direction de la Géorgie Orientale et méridionale fut, on le constate, limitée à la région, et provisoire : il dut être repris après ce premier échec.

 

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3.     En Ibérie

 

Vers les années 330, une simple femme du nom de Nino, originaire de Cappadoce, convertissait le roi et la reine d’Ibérie, et posait le fondement de l’Église de Géorgie. Son histoire fut racontée en Palestine par un prince de la famille royale d’Ibérie appelé Bacurios, général au service de Byzance, à l’historien latin Rufin, aumônier auprès de la communauté latine, fondée par Ste. Mélanie à Jérusalem. Rufin quitta la Palestine en 397 et annota le récit de son ami dans son Histoire Ecclésiastique écrite en 403. Ecrivant de mémoire, plusieurs années après le récit fait par Bacurios, Rufin ne donne aucune date précise ni aucun nom de lieu ou de personne, sauf celui de son royal ami

.

Les recensions géorgiennes de la vie de la vierge-apôtre tranchent sur le court récit de Rufin par leur côté légendaire et ne remontent pas en deçà du VIIe s. Elles nous apprennent que Sainte-Nino était originaire de Cappadoce, et insistent sur les liens avec Jérusalem de la communauté chrétienne naissante en Géorgie. Ces liens sont naïvement transposés dans la biographie personnelle de la Sainte qui y devient proche parente du patriarche de Jérusalem.

La nouvelle communauté ecclésiastique, quelle que fut son organisation originelle, devait dépendre du centre métropolitain de Césarée de Cappadoce, dont la prééminence est attestée par le 2e concile Œcuménique (381) qui confirma Césarée de Cappadoce comme centre de l’Exarchat du Pont. Il est remarquable de constater que, parmi les plus anciens témoins du Typicon de l’Église de Jérusalem, on trouve une recension géorgienne consignée au VIIe s. dans deux manuscrits trouvés en Svanétie, région isolée dans les montagnes du Nord de la Géorgie, (K. Kékélidzé « Un Kanonarion hierosolymitain du VIIe s. » Tiflis 1912). Deux fragments palimpsestes encore plus anciens de cette recension ont été retrouvés depuis dans cette même région (Chanidzé, bulletin de l’Université de Tbilissi 1923 T. III, et 1926 T. VII).

 

Les palimpsestes étant des documents mis au rebut, parce que devenus caducs, on doit en conclure que la liturgie de Jérusalem a été pratiquée en Géorgie Occidentale dès avant le VIIe s, précédant la liturgie byzantine qui s’est imposée par la suite à toute la Géorgie.

Il y eut certainement plusieurs remaniements juridictionnels selon les fluctuations de la carte politique des territoires géorgiens qui ne furent unifiés qu’à partir du IXe s. D’autant plus que les Perses, adorateurs du feu avant de passer à l’Islam, intervenaient dans l’affaire en une lutte d’influence avec Byzance. Comme de surcroit l’Église d’Ibérie en Géorgie Orientale s’unissait au VIe s. à celle monophysite d’Arménie – alors que la Géorgie Occidentale restait jusqu’au IXe s. incorporée dans le patriarcat de Constantinople – il n’est pas étonnant que l’on se trouve devant un imbroglio difficile à démêler.

Il existe une liste officielle des catholicos ou chefs de l’Église de Géorgie dans leur suite ininterrompue : l’actuel (en 1959) en est le 139e , mais ces données sont, pour la période initiale, largement approximatives.

 

 

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L’ÉGLISE DE GÉORGIE DEPUIS LE Ve s JUSQU’AUX INVASIONS ARABES DES VII-VIIIe s

 

Parmi les premiers chefs de l’Église d’Ibérie signalons Mobidan, Perse d’origine qui, sous le roi Artchil (410-434), fut excommunié par un concile réuni à Mtskhéta.

Entre l’archevêque grec Michel et le roi Vakhtang Gorgassal (449-499) - un des grands rois de Géorgie, vainqueur des Perses - s’éleva une mésentente : la chrétienté géorgienne était sollicitée par le monophysisme. Louvoyant entre la Perse et Byzance, le roi obtint de l’empereur chrétien une certaine autonomie pour l’Église d’Ibérie, qui fut dès lors dirigée par un « catholicos », titre donné aux chefs d’Églises situées en dehors de l’Empire, et jouissant d’une autonomie due à un statut politique mal défini au regard de l’État chrétien universel que se voulait être Byzance.

Nous trouvons une confirmation de l’autonomie ainsi accordée chez le grand canoniste byzantin Théodore Balsamon, élu patriarche d’Antioche en 1181, mais resté à Constantinople.

 

Commentant le 2e canon du 2e concile œcuménique, Balsamon écrit: « un jugement du Synode d’Antioche honora l’archevêque d’Ibérie. En effet, on dit qu’au temps du très saint patriarche de la ville de Dieu, la grande Antioche, sous le seigneur Pierre - (sans doute Pierre le Foulon, en 471) - fut publiée une décision synodale accordant à l’Église d’Ibérie d’être autocéphale et libre, en restant toutefois sous l’autorité du patriarche d’Antioche ». (P.G. t. CXXXVII, col.320).

 

La « Chronique de la conversion de la Géorgie « (VIIe s.), et les « Annales de la Géorgie » - (compilation historique officielle plusieurs fois remaniée au cours des siècles, mais dont le noyau primitif dit « chronique de Djuancher », est ancien), ces deux documents s’accordent à dire que, sur la demande du roi Vakhtang, l’empereur Léon Ier fit désigner par le patriarche d’Antioche un archevêque pour remplacer l’archevêque Michel. Le premier catholicos, Pierre, était alors envoyé en Géorgie avec 12 autres évêques. Peu de temps après, l’Église d’Ibérie passait au monophysisme pour près d’un siècle, ce qui marqua, sur le plan formel du moins et dans l’hérésie, une émancipation complète.

 

Le roi Vakhtang qui fut canonisé (fête : le 30 novembre) construisit de nombreux monastères et églises. C’est lui qui transféra la capitale du royaume de Mtskhéta à Tbilissi. Mtskhéta cependant, avec sa magnifique cathédrale appelée Colonne Vivifiante (Svéti Tskhovéli), resta la métropole religieuse : les catholicos y étaient intronisés, et les rois y recevaient l’onction royale.

Sous le règne du roi Vakhtang Gorgassal, Rajden, le proto – martyr, subit le supplice du fait des Perses. C’était un persan, précepteur de la princesse de Perse qui épousa le roi Vakhtang. Rajden se convertit au christianisme. Fait prisonnier par les Perses, il fut crucifié et percé de flèches ; il est fêté le 3 août.

 

 

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Le calendrier géorgien connaît plusieurs Saints perses ou arabes convertis. Entre le « roi des rois » Khosroes et l’empereur Justinien, qui se disputaient le Lazique, fut conclue une « paix perpétuelle » en 532, selon laquelle les territoires géorgiens étaient en deux zones d’influence : la Géorgie Occidentale allait aux Byzantins, et la Géorgie Orientale, aux Perses. La paix fut éphémère, mais elle indique un état des choses caractéristique : jusqu’au seuil du XIXe s., la Géorgie sera un terrain de lutte entre Perses et Byzantins, puis entre ces derniers et les Arabes, enfin entre Turcs et Perses. Ce qui sauvera la Géorgie, malgré ses malheurs continuels, c’est que, grâce à une conscience nationale trempée dans les combats, elle ne cessera jamais de se dresser comme le troisième partenaire de son propre destin. Ses chefs profitèrent de la relative liberté de manœuvre que leur laissait la bataille incessante de deux ennemis rivaux, pour préserver tantôt à l’Est, tantôt à l’Ouest, malgré les partages et les morcellements, les structures d’État essentielles qui permettaient de sauvegarder un potentiel moral et matériel de combat, une base de départ pour la reconquête de l’indépendance, et pour la réunification.

 

Afin de soustraire définitivement leurs sujets chrétiens à l’influence byzantine, les rois de Perse entreprirent une politique religieuse favorisant l’hérésie monophysite. L’Église d’Ibérie fut amenée à s’unir à l’église monophysite d’Arménie au concile de Dvin, capitale de l’Arménie, en 506. L’union fut définitivement rompue un siècle plus tard en 607, sous le catholicos de Géorgie Kirion Ier. La défection de la hiérarchie géorgienne fut facilitée par le fait que les empereurs Zénon (474-491) et Anastase (491-518) étaient eux-mêmes favorables au monophysisme. L’union religieuse arméno-géorgienne a évidemment laissé des traces : à cette époque les engagements de ce genre se faisaient sans nuances. Des termes arméniens qui sont passés dans la terminologie religieuse (-Zatiki, Mzguepsi, Méergassi, Tchechmarit-) ont leurs parallèles en géorgien usuel. Des emprunts faits à la liturgie arménienne sont décelables encore maintenant. Il est probable que la liturgie arménienne se soit introduite dans les régions limitrophes à population mélangée, et que les lectionnaires (évangéliaires liturgiques) aient été traduits alors de l’arménien. Ceci expliquerait les arménismes qu’on rencontre dans les anciens manuscrits géorgiens des Evangiles, en occurrence avec des traces de lecture (parfois défectueuse) d’un original grec. Mais l’hypothèse arménisante ne doit pas faire rejeter a priori une traduction antérieure du grec, ou plus probablement du syriaque, car l’Église d’Ibérie devait bien user des Evangiles pour sa liturgie avant le VIe s. Les tenants de l’hypothèse arménisante se voient obligés de se référer à un texte arménien qui ne s’est pas conservé, antérieur au texte arménien actuel, lequel a subi une révision faite à partir du grec. De toute façon, il ne s’est pas conservé de textes directement traduits de l’arménien: après la rupture (607), la chose devenait impossible. La tendance sous-jacente des savants géorgiens dans leurs recherches n’est pas négative (anti-arménienne), mais positive : l’espoir de remonter plus loin dans les origines des Lettres nationales.

 

 

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Cathédrale de Svetiskhoveli, Mtskheta.

 

 

Le texte syriaque qui, selon R. P. Blanc, serait à la base des recensions primitives arménienne et géorgienne (la 2° dépendant de la 1°) est un texte perdu antérieur à L’Evangilion-da-Mepparresche de Rabbula évêque d’Edesse (ca. 420 A.D.), et au Pesschita. Les recensions primitives en question remonteraient au texte dit « césaréen » de la Bible grecque dont usait Origène durant son séjour à Césarée. Les témoins de cette recension sont des manuscrits grecs ou Codex (565 et 700), trouvés en Svanétie.

 

L’union religieuse arméno-géorgienne, conclue pour des raisons politiques, n’a pas été sans connaître des fluctuations, d’autant plus que Byzance ne renonçait pas à ses visées sur la Géorgie Orientale, et que, par ailleurs, la Géorgie Occidentale restait, à l’intérieur de l’Empire Byzantin, fidèle à Chalcédoine.

 

Le siècle monophysite marque dans la longue histoire du peuple géorgien un moment d’hésitation: finalement la nation devait triompher de la tentation de particularisme historique.

 

Il y eut une forte réaction chalcédonite et, pour autant, pro-byzantine. L’empereur byzantin Héraclius, glorieux vainqueur des Perses, prit Tbilissi en 627: aux dires des chroniqueurs géorgiens, il noya dans le sang les vestiges du monophysisme dans le pays. L’épuration qui sévit alors toucha aussi le domaine culturel, et s’étendit même aux œuvres littéraires antérieures au monophysisme. Tout ce qui était ancien paraissait a priori suspect; ceci expliquerait la rareté des textes antérieurs au VIIe s. qui nous sont parvenus. Encore au Xe s, les pères athonites du monastère des Ibères St Euthyme et St Georges épuraient les textes bibliques et les collections hymnographiques.

 

L’Église de Géorgie fut alors, probablement, étroitement incorporée au système ecclésiastique byzantin. Les chalcédonites eurent entièrement gain de cause dans le domaine strictement religieux, et plus précisément encore, ecclésiastique. Avec un recul suffisant dans le temps, on peut voir que cette

 

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réaction devait provoquer une contre-réaction dans la conscience nationale, lors de l’expansion politique et culturelle de la Géorgie unifiée – (processus inauguré à la fin du VIIIe s qui se précisera aux IXe -Xe s.)- d’autant plus que la nation devait alors se heurter à la puissance byzantine.

 

On ne sait exactement en quelle année, ni par suite de quelles circonstances eut lieu l’arrivée en Géorgie Orientale de 13Pères syriens qui rénovèrent la vie monastique et qui furent tous canonisés. Le chroniqueur de « la conversion de la Géorgie » (VIIe s.) place l’événement sous le roi Parsman VI (542-557). A cette époque l’Ibérie était d’obédience monophysite. Faut- il en conclure avec Kékélidzé, le grand historien de la littérature géorgienne ancienne, et avec l’historien Kakabadzé, que les 13 pères syriens étaient monophysites ? Ou, au contraire, vinrent-t-ils combattre l’hérésie, comme le pense l’illustre historien I. Djavakhichvili, d’accord avec la tradition nationale ? Si, d’une part, on ne les voit guère lutter que contre le mazdéisme, d’autre part, comment expliquer dans l’hypothèse monophysite que leur culte se soit imposé au temps de la réaction chalcédonite ? Peut-être leurs « Vies » et le sens même de leur mission ont-ils été épurés, mis « au goût du jour » de l’époque postérieure ?

 

Le chef des pères syriens était Jean Zédaznéli, fondateur du monastère de Zédazéni qui a survécu jusqu’au XIIe s. Il apprivoisa un ours de la montagne. Il est fêté le 7 mai.

 

Chio s’illustra au monastère de Ghvimé, près de Mtskhéta : le roi et les grands du royaume le visitaient. Il eut 2000 disciples autour de lui. Une colombe lui apportait sa nourriture. Il apprivoisa un loup qui décimait les troupeaux. Il guérit des aveugles. Il est fêté le 9 mai, ainsi que le jeudi qui précède le carême pascal.

 

David, du monastère de Garédja, s’établit avec un disciple, Lucien, sur une montagne qui domine Tbilissi, et qui, avec son église, est devenue un sanctuaire national, appelé populairement « Mama Daviti », « Père David ». Chaque semaine David descendait en ville pour prêcher. Ensuite il se retira avec Lucien et un autre disciple, Dodo- (tous deux sont canonisés)- dans un désert éloigné. Les ermites y souffrirent la faim, mais Dieu leur envoya trois biches qui les nourrirent de leur lait. Saint David est fêté le jeudi qui suit l’Ascension.

 

St Joseph fut évêque d’Alaverdi, en Kakhétie. Il est fêté le 15 septembre.

St Jessé fut évêque à Nékréssi. Il est fêté le 2 décembre.

St Habib fut évêque à Tsilkani. Il se distingua par son action missionnaire parmi les montagnards païens d’au delà de l’Aragvi. Il fut lapidé par les perses parce qu’il avait éteint un feu sacré des mazdéens. Il est fêté le 22 novembre.

 

St Antoine le Stylite fonda le monastère de Martkopi, à 20 km de Tbilissi. Il est fêté le 19 janvier.

 

On ne sait rien des autres pères syriens, sinon leurs noms. Ils sont fêtés ensemble le 7 mai, jour de St Jean Zédaznéli.

 

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A la fin du VIe s. subit le martyre Eustathe, un artisan perse fixé à Mtskhéta, qui se convertit au christianisme. Emprisonné, puis relâché lors d’un changement de gouverneur, il fut arrêté derechef et décapité. Il est fêté le 29 juillet. Un chef militaire perse, au VIIe s, se convertit et devint moine sous le nom de Néophyte. Il fut sacré évêque d’Urbnissi; des mages perses le lapidèrent. Sa fête est fixée au 28 octobre.

 

LA LITTEATURE ET L’ART RELIGIEUX JUSQU’A LA DOMINATION ARABE (VIIIe s.)

 

Dès le IV° s les géorgiens débutèrent dans les lettres chrétiennes, tout au moins par l’intermédiaire de la langue grecque. Selon Sozomène (P.G. t. LXVII, coll. 1384), et Nicéphore Calliste (P.G. t. CXLVI, coll. 717), le célèbre écrivain ascétique Evagre le Pontique (345-399) était, bien qu’écrivant en grec, géorgien, « du pays des Ibères situé près de la Mer Noire ».

 

L’illustre coryphée du monophysisme naissant, Pierre l’Ibère (413-491), était aussi géorgien, fils d’un roi d’Ibérie. Prénommé Mourvan dans le siècle, il fut consacré évêque de Maïouma en 452. On sait que selon une thèse du savant belge E. Honnigman, publiée en 1952, Pierre l’Ibère serait l’auteur des célèbres écrits aréopagitiques (Pseudo-Denis l’Aréopagite). Un savant géorgien était arrivé à la même conclusion dès 1942, mais les arguments avancés avaient paru insuffisants. V. Grumel et J. Hausherr rejettent l’hypothèse géorgienne.

 

Les premiers monuments littéraires proprement géorgiens paraissent remonter au début du Ve s. Un manuscrit des Actes des Apôtres copié au IXe s indique qu’il a été traduit en la 3e année du règne d’Arcadius, et en la 4e d’Honorius ; ces derniers ont succédé à leur père Théodose mort en 395.

 

Le plus ancien manuscrit daté des Evangiles est celui d’Adychi (en Svanétie), transcrit à Chatberti en 897 d’un document de type « khanméti » que le prof. A.Chanidzé fait remonter au IVe – Ve s. La première traduction en géorgien de la Sainte Ecriture a été faite à partir soit du syriaque, soit du grec avec l’aide de la version arménienne. En effet, si on découvre des arménismes dans les manuscrits pré-athonites des Evangiles transcrits au Xe s en Tao, on y trouve aussi des traces de l’emploi d’un original grec à certains endroits, comme l’a montré M. Brière, dans l’édition de l’Evangile selon St Luc de la Patrologie Orientale (t. XXVII, fasc.3, p. 287 (13) et suiv.).

 

On sait que le roi Pharsman (542-557) fit don d’un Evangéliaire ayant appartenu au roi Vakhtang Gorgassal (449-499) à Evagre du monastère de Chio-Gvimé.

Le monument hagiographique le plus ancien est le « Martyre de Chouchanik » (Ve s.). Cette dernière subit le martyre du fait de son mari,

 

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pitiakhch (gouverneur) de l’Ereti, qui était passé au mazdéisme. Le livre a été composé par le prêtre Jacques de Tsourtavi, confesseur de la princesse. Cette œuvre a éclos en Tao, région située aux confins de la Géorgie et de l’Arménie, et où les influences culturelles des deux pays se sont interpénétrées : à partir du VIIe -VIIIe s., le Tao a été rattaché politiquement au Kartlie et entra définitivement dans l’aire culturelle géorgienne, à la toute première place d’ailleurs.

 

La vie de St Eustathe a dû être écrite à la fin du VIIe s, mais l’auteur en est inconnu.

 

Les premiers textes hymnographiques géorgiens qui nous sont parvenus remontent au VIIe s. La forme la plus ancienne de la prosodie religieuse géorgienne, celle de la « parole rythmée », dénote une influence syrienne : le rythme y est imposé non par la quantité des syllabes, comme l’imposera plus tard l’influence byzantine, mais par les vers eux-mêmes reliés entre eux par groupe de deux, ou plus rarement, par groupe de trois, selon le procédé sémitique du parallélisme des membres de phrases. Dans les recueils Hymnographiques du Xe s. cette versification est appelée « ancienne géorgienne », et elle est antérieure au VIIIe -IXe s. où commence le règne sans partage du vers syllabique.

 

La tradition désigne déjà St Chio de Gvimé (VIe s.) comme hymnographe. Mais le premier hymnographe géorgien dont on possède un texte identifié est Basile, moine de St Sabba de Jérusalem (manuscrit Sin.65, Xe s.).Il est l’auteur des « Cathismes de la Dédicace - iambiques anciens-géorgiens sur l’alphabet » (à l’époque où fut transcrit le manuscrit, au Xe s, le terme « iambe » désignait n’importe quelle versification, tant la iambe s’était imposée).

 

Dans l’ancienne versification composèrent encore : -un anonyme (peutêtre Jean Zocime) auteur de la « Louange à la langue géorgienne » (Xe s.) – Jean Bolnéli dans sa « Louange des Maîtres spirituels » - et St Grégoire de Khandzta (VIIIe -IXe s) dans trois Prières, et dans sa Louange des ermitages de Klardjeti ».

 

En ce qui concerne l’architecture, les églises les plus anciennes sont du type basilical à trois nefs : Bolnissi (VIe s), Urbnissi, Tskharostavi. Mais dès le VIe s. apparaît aussi un type d’église en forme de croix à coupole centrale : Djvari (la Croix) de Mtskhéta, Aténi, Chuamta, Martvili. Ce type d’église est aussi commun à la Syrie et à l’Arménie. Cette communauté se remarque dans l’ornementation en bas-reliefs, ornementation qui se retrouve encore dans les églises romanes de l’Occident européen.

 

Dès le VIe s. on voit aussi apparaître des monastères géorgiens groupés, car il y en eut plusieurs dans chaque centre : en Palestine, au Sinaï, et en Syrie, près d’Antioche, au Mont Admirable.

 

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Invasions arabes (VIIe -VIIIe s.) - Formation d’une conscience nationale - Lutte pour l’indépendance et l’unification nationales (VIIIe -Xe s) –

 

Accession à l’autocéphalie de l’Église de Géorgie, 2e étape, 1057 Les Arabes apparaissent au Caucase vers le milieu du VIIe s, surtout après la prise de Théodosiopolis (Erzeroum), en 654. Ils s’établirent solidement en Géorgie Orientale, et firent de Tbilissi le centre de leur administration pour tout le Caucase. La ville devint la résidence d’un vice-roi arabe, du khalifat de Bagdad.

 

Les Arabes disputèrent aux Byzantins la Géorgie Occidentale : ils ne purent s’en emparer, mais ils revenaient périodiquement faire des incursions extrêmement dévastatrices. Ils établirent leur domination par le fer et par le sang. Cependant le joug arabe fut continuellement remis en question par les révoltes armées des souverains et des féodaux géorgiens. Au cours de cette lutte, il se dégagea un esprit de résistance nationale, un mouvement concerté en vue de la libération. Les entreprises des souverains et des chefs militaires rencontraient le soutien du sentiment populaire. Ces efforts et ce sentiment nécessitaient une idéologie : elle fut le fait d’une élite religieuse composée d’une pléiade toujours renouvelée de moines hagiographes, hymnographes, et fondateurs de monastères. Il était, par ailleurs, naturel que la lutte contre les Arabes musulmans s’appuyât sur la foi chrétienne, religion du pays depuis le IVe s. Outre Ste Nino, évangélisatrice de la Géorgie qui inspira le légendier national et l’hymnographie, c’est, à l’époque, le martyre d’un Arabe converti, St Abo, qui impressionna la sensibilité religieuse et nationale. Abo vécut sous le roi Nersé II.

 

Abo avait accompagné, comme parfumeur, Nersé, le roi de Kartlie, au retour de la captivité que ce dernier subit à Bagdad. Converti au contact de ses nouveaux concitoyens, Abo suivit le roi dans les pérégrinations que la lutte anti-arabe imposait. Rentré à Tbilissi avec la suite du roi malgré les avis contraires de ses amis, il y subit le martyre en 786: mémoire le 8 janvier. La vie de St Abo fut écrite en prose rythmée dans un style patriotique élevé, par Jean Sabanisdzé, peu de temps après la mort du martyr, sur l’ordre du catholicos Samuel (779-794).1

 

Un autre témoin du mouvement patriotique est « La louange de la langue géorgienne », poème imprégné de l’idée d’une mission particulière dévolue à la nation géorgienne: le poème s’est conservé dans quatre manuscrits du Xe s.

 

1 Nersé II resta prisonnier à Bagdad de 772 à 775, jusqu’à la mort du khalife Almansour. En 775 le nouveau khalife Mahmia le libéra. Nersé II depuis 5ans sur le trône en 781, se révolta mais fut battu. Jean Sabanisdzé dit qu’il avait pris la précaution d’envoyer sa famille en Géorgie Occidentale sous mouvance byzantine, avec 300 guerriers, (d’abord en Ossétie, puis chez les khazars, et de là en Géorgie Occidentale). Le khalife Mahmia établit un Bagration d’une autre branche Stéphanos IV,qui fut Erismt’avari de K’art’li, de 781 à790. Il obtint que Nersé rentre et vive en simple particulier.

 

 

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Il y a lieu de mentionner ici les saints martyrs d’Aragvéti: David et Constantin. Les deux frères David et Constantin Mkhéidzé, princes d’Aragvéti résistèrent courageusement à la tête de leur contingent aux Arabes commandés par le terrible Mourvan. Ils taillèrent en pièces l’avant-garde ennemie, mais ils furent vaincus par le gros des forces arabes, et furent faits prisonniers. Les Arabes qui cherchaient à recruter une élite par la conversion à l’Islam des plus valeureux parmi leurs adversaires, essayèrent de faire abjurer les courageux princes en employant contre eux alternativement flatteries et menaces, promesses et tortures par la faim et la privation de sommeil. Finalement, devant la constance inébranlable de leur foi, Mourvan ordonna de les tuer. Leurs corps furent jetés dans le fleuve, mais furent recueillis et cachés. Ceci se passait en 714. La fête des deux saints martyrs est célébrée le 2 octobre.

 

Le roi David le Constructeur (1085-1125) érigea le monastère de Motsaméta - (des martyrs)- près de Koutaïssi pour y déposer les corps demeurés intacts des deux confesseurs de la foi. Les insignes reliques furent exposés à la vénération publique. Toute la Géorgie venait en pèlerinage à Motsaméta, jusqu’à l’arrivée au pouvoir des communistes, qui profanèrent publiquement leurs saints corps en 1921.

 

La vénération de ces saints corps a ancré dans la conscience du peuple géorgien la foi en la résurrection générale et en la plénitude humaine, plénitude où le corps a sa juste place, participant au salut éternel de l’homme racheté. On sait que selon la tradition orthodoxe les corps conservés intacts peuvent signifier une intervention miraculeuse du Créateur. L’Église y reconnaît un témoignage de l’Incarnation de Dieu, affirmation fondamentale de la doctrine chrétienne, et qui était d’une particulière importance pour un peuple soumis aux assauts incessants des grands empires islamiques du MoyenÂge et de l’époque moderne : arabes, perses, et turcs.

 

Dans les mêmes circonstances historiques, en 718, le roi Artchil II subit le martyre. Lui aussi guerroya avec courage contre les Arabes de Mourvan. Les forces coalisées et d’ailleurs réduites des Abkhazes et des Kartliens, sous le commandement des rois Mir et Artchil, remportèrent la victoire d’Anakopia qui obligea Mourvan à se retirer de Géorgie Occidentale. Mais par la suite, lorsque les Arabes envahirent une nouvelle fois le Kartli, le roi Artchil forma le projet de se présenter devant le chef arabe pour implorer la paix en apaisant l’adversaire dans une mesure compatible avec l’honneur chrétien. L’émir charmé, dit la chronique géorgienne, par les manières affables, le courage et la sagesse du roi essaya de le convertir à l’Islam, mais devant son refus, ordonna de le décapiter. Sa fête est célébrée le 20 mars.

 

Les provinces de Tao, Chavchéti, et Klardjétie, jouèrent un rôle particulièrement important dans ce mouvement d’émancipation nationale, qui devait en un siècle et demi d’efforts continus s’achever par l’unification de toutes les terres géorgiennes : de la Mer Noire à la Chaîne du Caucase, jusqu’à l’Arménie et jusqu’à l’actuel Azerbaïdjan.

 

 

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 Pourtant la région fut dévastée dans les années 30 du VIIIe s, et dépeuplée par les Arabes, sous la conduite du féroce Mourvan, qui devint par la suite khalife, le dernier de la dynastie des Omeyyades. Les habitants terrorisés s’enfuirent en masse, et la contrée connut en outre une épidémie de choléra.

 

A partir de l’an 800, il y eut en Géorgie une série de révoltes armées, rapportées par l’historien arabe Yakoub; d’après les sources géorgiennes le principal instigateur en fut Achot I Bagration, souverain de Kartlie. Ce dernier profita des troubles qui suivirent, dans le khalifat, la mort d’Haroun al Rachid, en 809, pour s’emparer de Tbilissi et en chasser les Arabes. Cependant, en 813, Achot fut battu. Forcé d’abandonner Tbilissi et tout le Kartlie, il se réfugia avec quelques troupes dans les montagnes difficiles d’accès et plus rapprochées des frontières de l’Empire, de Chavchéti et de Klardjétie. Achot s’allia avec Byzance, dont il reçut le titre de Kouropalate. Il reconstruisit l’ancienne place-forte d’Artanoudji et, de là, entre 815 et 826, il reconquit ses anciennes possessions. Mais il fut tué en 826, et les Arabes reprirent le terrain qu’ils avaient dû abandonner, à l’exception d’Artanoudji.

 

Son fils puîné, Bagrat, parvint à reconquérir les territoires de son père. En même temps qu’il avait montré la vulnérabilité des Arabes, et pardelà les objectifs immédiats de la lutte contre l’occupant, Achot avait posé le fondement de l’œuvre d’unification nationale. À cet effet il avait pris le titre de roi et, pour justifier ses prétentions, revendiqua pour la dynastie des Bagration la descendance du prophète David, comme en témoignent Georges Mertchoulé (Xe s.), et Constantin Porphyrogénète dans son « De administrando Imperio » (952).

 

A côté du roi Achot I Bagration, il faut retenir le nom de St Grégoire de Khandzta. 30 ans avant l’arrivée d’Achot I en Chavchéti-Klardjétie, St Grégoire Khandztéli s’y était installé avec ses moines, et avait entrepris son œuvre de restauration de la vie religieuse. St Grégoire (né en 758, mort en en 860 à l’âge de 102 ans), était en rapport étroit avec le roi Achot. Il était le neveu par alliance de Nersé II, souverain du Kartlie, qui avait régné avant Étienne IV, membre d’une autre branche de la même dynastie des Bagration, et prédécesseur immédiat d’Achot I, qui était lui-même l’oncle d’Etienne IV.

 

St Grégoire fonda d’abord un monastère à Khandzta, en 782 environ, puis un autre à Chatberti. Ses disciples fondèrent ou restaurèrent, du vivant de leur maître, d’autres monastères dans la contrée, qui, selon Guiorgui Mertchoulé, en comptait dix dans les années 830-840. L’auteur cité, dans sa « Vie de St Grégoire de Khandzta », écrite à Chatberti en 861, note que « Chatberti, bien qu’un peu éloigné des autres monastères, en est cependant un confrère inséparable… par la règle, et par les bonnes œuvres de tout genre ». L’influence spirituelle de St Grégoire, qui fut aussi un hymnographe fécond, s’est répandue hors de Géorgie : à St Sabba de Jérusalem, et au Sinaï,

 

 

 

 

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grâce aux disciples immédiats ou éloignés du maître de Khandzta, sortis des monastères de Klardjétie. St Grégoire étendit son action jusqu’en Géorgie Occidentale avec l’appui du roi d’Abkhazie Démétré II. Il y construisit un monastère en 826, et y envoya des moines, et des livres.

Le roi Démetré d’Abkhasie se libérait des Byzantins à la suite de ses victoires en 830, 842, et 844 (40000 byzantins tués dans cette dernière bataille). Cherchant à éliminer l’influence byzantine, il supprimait les archevêchés de Tskhoum et de Nicopsie, et fonda à leur place le siège de Bitchvinta - qui devint ensuite la résidence du catholicos d’Abkhasie.

 

Le siège de Rhodopolis (Vardtsikhé) fut transféré dans la capitale du royaume, à Koutaïssi. Le siège de Pétra fut supprimé et rattaché à Koutaïssi. Au Xe s. furent supprimés : le siège de Pakhissi, transféré à Tchkhondidi, et de Dziganébi transféré à Bédia. La tendance était de transférer les sièges du littoral, sièges fondés par Byzance et où des communautés grecques continuaient d’exister. A l’intérieur des terres, une série de nouveaux sièges fut créée : Mokvi et Dranda (à la frontière de l’Abkhasie et de l’Egrissi), Tsagvéri au Letchkoumi, et Nikortsminda (St Nicolas) au Ratja.

 

Le premier qui entreprit d’unifier en un seul royaume la Géorgie Orientale et la Géorgie Occidentale fut David III Bagration, le Kouropalate (+ 1001), qu’un historien géorgien a pu nommer « l’accoucheur du royaume (unifié) de Géorgie ». Le roi David III le Kouropalate s’était acquis des titres de reconnaissance auprès de Byzance en intervenant contre le rebelle Barda Skléros. A ce moment se situe l’épopée de Tornik, ce général géorgien retiré au mont Athos. Envoyé par les empereurs Constantin et Basile, et par l’impératrice Théophano, il obtint de David III une armée et battit Barda Skléros en 979. Chargé de butin, il retourna à son couvent: les moines géorgiens purent alors commencer la construction du monastère des Ibères (Ton Iveron).

 

David III qui était souverain de Tao, adopta Bagrat, lequel était issu par sa mère des rois d’Abkhazie, et par son père, des rois de Kartlie. Soutenu par David, Bagrat, nommé héritier désigné de Kartlie (en 974-75), devint à sa majorité, en 977-78, roi d’Abkhazie. En 1008 il succéda à son père adoptif comme roi de Kartlie, et devint ainsi souverain du royaume unifié. Il mourut en 1014.

 

Le développement de l’organisation ecclésiastique accompagna le développement de l’unité politique. Les diocèses situés en Géorgie Occidentale furent détachés du Patriarcat de Constantinople, et le géorgien remplaça le grec comme langue du culte.

 

Byzance avait annexé le Lazique sans détruire toute autonomie. Elle avait maintenu à la tête de la contrée une dynastie autochtone, avec le titre de Patrice ou de Magister.

 

 

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Au point de vue ecclésiastique, la Géorgie Occidentale comptait, au sein du Patriarcat de Constantinople, trois circonscriptions :

1. Phasis. D’après une Notice des Diocèses composée vers 650, la province ecclésiastique du Lazique avait à sa tête un métropolite résidant à Phasis, l’actuel Poti, et groupait en outre 4 évêchés : a) Rhodopolis (Vardzis Tsikhé), l’actuel Vartsikhé dans la région de Koutaïssi; b) Pétra, actuellement Tskhisdziri, près de Batoumi; c) Saïssion, ou Saïaïnon (Tsaïchi), actuellement Odichi; d) Ziganeos, Zigamis, ou Tsuganeos (Dziganébi), actuellement Goudava, dans la région d’Ilori (cf. Gelzer, « Ungdruckte und ungenügend veröffentlichte Texte der Notitiae Episcopatum » - dans Abhendlungen der K. Bayer. Academie der Wissenschaften, Munich, 1900.p. 542 sq.)

 

2. L’archevêché de Sébastopolis, l’actuel Soukhoumi. Mais Khakhanov note qu’un catholicosat indépendant se constitua en Abkhazie sous le roi Théodose I (806-845).

 

      3. L’archevêché de Nicopsie, le plus septentrional, dans la région actuelle de Touapsé.

Mais l’Abkhasie se libérait et se constituait en royaume sous Démétré II (825- 861). Dans la « Notice des Evêchés » (Gelzer, op. cit. p. 549-567), composée par Léon VI (896-911), et le patriarche Nicolas le Mystique (901-907), des 7 sièges situés entre Nicopsie et Rhodopolis, il n’est plus mentionné dans le Patriarcat de Constantinople que le seul siège de Sébastopolis (Soukhoumi) et, au Xe s. il n’y en a plus un seul. Si dans la « Notitia » du Xe s. (Gelzer, op. cit p. 357), on trouve une province ecclésiastique du Lazique, celle-ci ne comprenait pas de terres qui fussent géorgiennes, sinon historiquement dans des temps reculés.

On remarque en Géorgie Occidentale, aux IXe -Xe s. que les sièges épiscopaux anciens furent supprimés, principalement sur le littoral, tels Sebastopolis, Nicopsie, Rhodopolis, Pétra, Phasis, Dziganébi, et que de nouveaux sièges les remplacèrent à l’intérieur des terres : Koutaïssi, nouvelle capitale du royaume d’Abkhazie, Tchkhondidi (Martvili), Bédia, et Bitchvinta, l’ancien siège épiscopal du IIIe -IVe s, ce dernier sur le littoral.

Ces déplacements des sièges épiscopaux s’expliquent par la nouvelle orientation de l’Abkhazie vers l’Est, vers le Kartlie, principal moteur et noyau de la nouvelle conscience nationale qui poussait à l’unification de toutes les terres géorgiennes.

Quoi qu’il en soit, la « Chronique » du catholicos d’Arménie Jean (élevé au catholicosat en 899), document écrit en 924, rapporte que le chef de l’église de Mtskhéta était archevêque des Ibériens, des Gougaréniens et des habitants d’Egrissi: Egrissi ou Mégrissi - (d’où Sa-mégrélo = Mingrélie)- étant un des noms par lesquels on désignait, pars pro toto, la Géorgie Occidentale. Guiorgui Mertchoulé, moine de Chtaberti en Tao, pouvait écrire en 951,

 

 

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dans sa « Vie de St Grégoire de Khandzta »: « On considère comme Géorgie (Kartlie) un pays étendu dans lequel les Heures et toute Prière sont célébrées et exécutées en langue géorgienne. »

Vers le milieu du VIIe s l’Église d’Ibérie accédait à l’autocéphalie – de nouveau ou à un niveau supérieur ? - C’est ce que rapportent non seulement des sources géorgiennes : « Les annales de la Géorgie » et le moine Ephrem le Mineur, mais également des documents non géorgiens : le moine arabe Nikon (Bibl. Vat. Cod. Arab. n° 76), et Vincent de Beauvais (1190-1264, dans « Speculum Historiale, t. II, lib. III, c.96). Selon le récit arabe, l’événement eut lieu sous l’empereur Constantin Copronyme (741-775), Théophilacte étant patriarche d’Antioche (744-775). Cette chronique précise que depuis le bienheureux Anastase, patriarche d’Antioche martyrisé en 610, il n’y avait pas eu de catholicos - canoniquement reconnu - sans doute faut il sous-entendre, en Géorgie. Les envoyés géorgiens, deux moines, venus solliciter l’autocéphalie (ou son rétablissement), justifiaient leur requête en invoquant les incursions arabes qui empêchaient les relatons canoniques normales entre Mtskhéta et Antioche. Et de fait durant un siècle, et précisément jusqu’en 607, l’Église d’Ibérie, étant en communion avec l’Église monophysite d’Arménie, ne pouvait faire sacrer son chef par le patriarche orthodoxe d’Antioche. Et c’est sans doute le patriarche Anastase, qui accueillit à nouveau dans l’Orthodoxie l’église momentanément égarée, sans toutefois rétablir son autocéphalie.

Il y a lieu de supposer qu’après la victoire décisive de l’empereur Héraclius sur les Perses en Orient, et notamment au Caucase (prise de Tbilissi en 627), l’Église d’Ibérie fut replacée sous la juridiction d’Antioche, centre ecclésiastique canonique de ce côté de l’Empire.

Mais après la chute de Théodosiopolis- l’actuel Erzéroum- (654), les Arabes pénétraient au Caucase. La domination arabe s’y appesantit au VIIIe s, et les relations entre la Géorgie et les états byzantins devinrent de plus en plus aléatoires. De 736 à 738 notamment, comme on l’a dit plus haut, eurent lieu les incursions particulièrement dévastatrices de Mourvan, qui devint par la suite khalife, le dernier de la dynastie des Omeyyades. Mourvan conquit toute la Transcaucasie, dévastant systématiquement les territoires envahis. Il ravagea en particulier les principautés de Tao-Klardjétie situées en Syrie sur le chemin de Kartlie.

Le rétablissement de l’autocéphalie répondait donc bien à la situation décrite par les deux porte-parole de l’Église d’Ibérie. La chronique du moine Nikon ajoute que subsista encore l’obligation de la contribution financière et la commémoration liturgique du patriarche. Le processus de l’accession à la pleine autonomie ecclésiastique fut achevé au XIe s.

 

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Ephrem le Mineur rapporte qu’au Concile d’Antioche, tenu sous la présidence du patriarche Théodose en 1057, fut débattue la question de l’autocéphalie de l’Église de Géorgie : la Géorgie était alors unifiée depuis près d’un demi-siècle. Comme on objectait que l’Église en question n’avait pas été fondée par un des douze Apôtres, St Georges l’Hagiorite répondit au nom des Géorgiens en citant les travaux apostoliques de St André en Abkhazie, et l’existence de la tombe de St Simon le Cananite à Nicopsie, dans cette même Abkhazie. Sans qu’il y ait lieu de s’attarder sur la véracité des arguments de St Georges l’Hagiorite, grand philhellène, mais patriote convaincu, il faut retenir de ce récit que l’Abkhazie était considérée à l’époque comme faisant partie intégrante de l’Église de Géorgie. Usant sans doute de l’argument ad hominem, St Georges rappela que Jean de Gothie était, en 750, venu recevoir la consécration épiscopale à Mtskhéta, lorsque l’Orthodoxie était ébranlée à Byzance.

Depuis, l’autocéphalie de l’Église de Géorgie ne connut plus d’éclipse, même en période de morcellement politique du pays, jusqu’au début du XIXe s, lorsque la Russie, nouvelle puissance occupante, supprima l’autocéphalie par un acte unilatéral, sans aucune confirmation conciliaire, ce qui enlevait à cet acte toute valeur canonique.

 

La vie religieuse et culturelle, du VIIIe au XIe s, avant l’avènement de « l’humanisme » géorgien (XIIe -XIIIe s)

 

A l’époque de l’apogée de sa puissance, à partir du XIe s, et surtout aux XIIe et au XIIIe s, la Géorgie, tenant tête victorieusement à l’empire turc naissant, devint la puissance dominante de cette partie de l’Asie Mineure. Se fit alors jour un mouvement général d’idées, de sentiments, de création artistique, semblable pour beaucoup au mouvement de l’humanisme en Europe Occidentale. Le fait est apparent surtout en littérature : celle-ci devint « profane », c.à.d. que, sans pour autant s’opposer à la religion, elle se développa en dehors des normes proprement ecclésiastiques.

Il y a donc lieu de passer en revue les Lettres et les Arts en Géorgie, lorsqu’ils étaient encore étroitement associés à la vie religieuse, et d’abord cette vie religieuse elle-même dans ses principales manifestations. La vie monastique connut au Moyen-Âge un remarquable essor, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Géorgie. Il faut signaler deux particularités :

1. les couvents avaient tendance à se grouper dans certaines régions déterminées : Tao-Klardjétie où, selon Guiorgui Mertchoulé, les couvents formaient une fraternité entre eux, au Sinaï en Palestine (15 couvents), et au Mont Admirable près d’Antioche (une dizaine de couvents),

2. les couvents développaient une remarquable activité littéraire : transcription de manuscrits, traduction d’œuvres religieuses, philosophiques,

 

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historiques et scientifiques, et aussi productions originales : hagiographie, calendriers, mais surtout, hymnographie et historiographie – scholies sur des œuvres théologiques et philosophiques.

Au monastère de Sainte Catherine du Mont Sinaï se trouvaient encore 85 manuscrits géorgiens. (G. Garitte. « Catalogue des manuscrits géorgiens du Mont Sinaï », CSCO, vol 165, Subsidia 9, Louvain 1956).

La bibliothèque patriarcale de Jérusalem contient près de 150 manuscrits géorgiens du Couvent de la Sainte Croix. (R. Blake. « Catalogue des manuscrits géorgiens de la Bibliothèque patriarcale grecque de Jérusalem » Orient Chrétien, Nos 23, 24, 25). R. Blake a également publié « Le catalogue des manuscrits géorgiens de la bibliothèque de la Laure d’Iviron, au Mont Athos », (-Orient Chrétien, t. VIII et IX). Parmi les couvents de Klardjétie, il y avait à Méré un couvent féminin; il y en avait également un au Mont Admirable. Nous avons vu que les premières fondations monastiques géorgiennes en Terre Sainte remontent au VIe s. (Procope, « De Aedificiis »). Selon le testament de St Sabba (+ 531), les géorgiens avaient une église à son monastère. L’activité littéraire des moines géorgiens y fut intense : le célèbre Jean-Zocime, transcripteur et écrivain fécond y a composé son calendrier. Y travaillèrent aussi Arsène et Jean, disciples de St Grégoire de Khandzdata, l’hymnographe Basile le Sabaïte, Ephrem le Mineur…

Le principal monastère géorgien en Terre Sainte était celui de la Croix. « Les Annales de la Géorgie » rapportent qu’il aurait été fondé au IVe s, par le roi Mirian, converti par Sainte-Nino. En tous cas en 1038 il fut restauré par le moine géorgien Prokhore. L’higoumène russe Daniel affirme en 1106 07que le monastère de la Croix appartient aux Géorgiens. On sait qu’en 1178 le roi latin de Jérusalem, Beaudhuin IV, confisqua la vigne du couvent aux géorgiens pour la donner aux chanoines latins de l’église du Saint Sépulcre. Au XVIIIe s. un prince Dadiani de Mingrélie restaura le couvent, mais à la fin du siècle, le monastère passait aux mains des Grecs, bien qu’encore en 1841, un géorgien, le moine Guérassime en fut élu abbé. C’est de Sainte Croix qu’il nous est resté le plus de manuscrits géorgiens. En 1050, le roi Bagrat le Kouropalate obtint une partie du Golgotha pour les moines géorgiens : il y établit même un évêque.

Durant tout le Moyen-Âge, les Géorgiens eurent leur chapelle au Saint Sépulcre : témoignages de Ludolph de Sudheim, en 1370 (« Archives de l’Orient Latin », 1884, p. 353-4), ainsi que de Jacques de Vérone, un augustin, en 1335 (« Revue de l’Orient Latin », 1895, p. 191, et 197-98); selon le même, les Géorgiens possédaient un autel dans la basilique de Béthléem (ibid. p. 219). Mais, en 1649-53, Arsène Soukhanov dit que la chapelle de la Sainte Mère de Dieu au Saint Sépulcre est aux mains des Grecs, alors qu’auparavant, spécifie-t-il, elle appartenait aux Géorgiens.

 

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Les Géorgiens eurent plusieurs couvents au Mont Sinaï: Saint Jean, Sainte Marie prés d’Horeb ou Maklovani, et Saint Moïse. Parmi les moines qui se sont illustrés au Sinaï, signalons Jean-Zocime et Jean Mintchkhi. D’après le savant géorgianisant belge G.Garitte : « Les manuscrits sinaïtiques, dont beaucoup sont antérieurs à l’activité des traducteurs byzantinisants, nous conservent des traductions anciennes qui peuvent remonter aux premiers âges de la littérature géorgienne. Le fonds géorgien du Sinaï se distingue par là de celui d’Iviron ou de celui de Jérusalem: il est essentiellement « pré-athonite ». Entre Antioche et Séleucie, les Géorgiens possédaient une dizaine de monastères : St Georges l’Hagiorite y a fait un séjour, ainsi qu’Arsène d’Iqualto; Ephrem le Mineur y passa sa vie. Ephrem le Mineur était originaire de Tao-Klardjétie. Son nom était Kharistchidzé. Il naquit en 1027, et vers 1091, il fut supérieur au monastère de Kastana, où il mourut. Il a laissé 54 ouvrages : des traductions surtout, sur l’exégèse, l’ascèse, l’hagiographie, et l’histoire. Il traduisit notamment le pseudo-Denis l’Aréopagite. Il composa aussi un important ouvrage sur la conversion de la Géorgie.

Des moines menaient une vie érémitique au Mont Athos dès les VIIe -VIIIe s. Les premiers se fixèrent au Mont Athos en 787, sous le règne, à Byzance de Constantin et Irène. La presqu’île avait été réservée comme refuge pour les moines des îles grecques exposées aux coups des pirates, par le concile œcuménique VIe (680, canons 18 et 42), sous Constantin Pogonat. L’ermite St Pierre l’Athonite y mourut en 734. Mais c’est St Athanase qui y fonda le premier grand monastère : la Laure.

Parmi les moines de la Laure, il y avait des Géorgiens : un noble de la cour de David le Kouropalate, nommé Jean et son fils Euthyme, auxquels se joignit un chef de guerre nommé Torniké Tchordvanéli, originaire de Tao.

Nota: Comme l’épisode de Torniké reporté ici est parfois mis en doute, il n’est pas inutile d’en donner les références historiques géorgiennes : (voir

A. Natroev, « le monastère ibérien sur l’Athos ». Tiflis, 1909, p. 39 à 45),

1. le manuscrit de St Georges l’Hagiorite de 1074,

2. une inscription sur un mur de l’église de Zarzma: « Au nom de Dieu, par l’intercession de la Sainte Mère de Dieu, moi, Jean Soulaïdzé, j’ai construit cette sainte chapelle auxiliaire à l’époque où, en Grèce, se révolta Skléros, et où David le Kouropalate – que Dieu l’exalte- porta secours aux saints empereurs, et nous envoya tous vers eux avec l’armée. Nous avons mis en fuite Skléros. David a construit cet autel »

3. une note ajoutée à un recueil sur parchemin des sermons de St Jean Chrysostome et de St Ephrem le Syrien, transcrit avec des annotations historiques en 977, et intitulé « le Paradis »: «Moi, Iované, dans le monde, Torniké, et mon frère Iované Varazvatché, les fils du béni Tchordvanéli, nous nous sommes procuré ce livre, appelé par les Pères « le Paradis ».

 

 

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pour l’intercession et la glorification, avant tout, du puissant et pieux roi, le Kouropalate de tout l’Orient, David, l’œil de l’orthodoxie, et, à l’exemple de son créateur, modèle d’humilité, et pour l’intercession, ensuite, en notre faveur à nous, Torniké dans le siècle et maintenant Jean le syncelle, qui, par amour pour Dieu a abandonné la gloire terrestre, et a trouvé la gloire céleste, qui a changé l’aspect mondain pour l’aspect monacal, qui s’est mis au service des empereurs lorsqu’apparut en Grèce l’orgueilleux Skléros et que celui-ci porta la guerre à Byzance, qui vint auprès de David le Kouropalate et avec l’armée confiée par ce dernier a dissipé les visées de Skléros, et a consolidé le trône des empereurs, de même pour l’intercession en faveur de Iované Varazvatché… cette adresse a été écrite par David, fils de la fille du consacré à Dieu Michel Modrékéli. »,

4.     l’historien arménien Etienne de Taron, surnommé Assoguiq (XIe s.): « Lorsque monta sur le trône Basile II le Bulgarochtone »- (925-976)- « Barda, surnommé Skléros, ayant fait sécession, commença de guerroyer dans les régions de Djakhan et de Mélita… il ne cessa de guerroyer avec l’empereur Basile durant 4 ans et remplit de sang tout le pays… après tous ces évènements l’empereur grec Basile fit appeler le chef de guerre Torniké, Ibérien d’origine, qui menait une vie monacale sur la Sainte Montagne, et l’envoya auprès du Kouropalate de Taïk, David… » (« Histoire Universelle », par Etienne de Taron, surnommé Assoguiq, écrivain du XIe s, traduit de l’arménien en russe par N. Emin, Moscou 1864, p. 131, 133 à 136, 180, 191, 195, 198, 200, 201).

 

Les trois moines obtinrent de St Athanase, dont la mère était une Laze, donc une Géorgienne, l’autorisation de se retirer de la Laure ; à un mille de distance, ils se construisirent des cellules et une église en l’honneur de St Jean l’Evangéliste. Torniké fut entre temps chargé par le gouvernement impérial d’aller chercher du secours auprès de David le Kouropalate contre le rebelle Barda Skléros, Après la victoire de Torniké et du contingent géorgien sur le rebelle en 979, avec le butin ramené par Torniké, les moines géorgiens purent bâtir (928) le monastère des Ibères (ton Iviron) dédié à la Madonne Portaïtissa, une icône miraculeuse universellement connue sous le nom de Notre Dame d’Iviron.

 

Le monastère Géorgien de l’Athos était considéré comme sanctuaire national par tout le peuple géorgien, depuis le roi, jusqu’au plus simple paysan. Les dons ne cessaient d’affluer de Géorgie en faveur du couvent. Il en venait encore à la veille de l’annexion russe de la Géorgie exsangue, d’Irakli II et de Georges XII, les derniers rois de Géorgie.

En 1775, un cordonnier de Télavi se voua avec ses cinq fils et leurs descendants et avec tous leurs biens au monastère, « à la Mère de Dieu du monastère Ibérien de la Portaïtissa », l’acte est contresigné par le roi Irakli II, le 2 février du chronicon 483 = 1795, la reine Darédjane, le prince héritier Georges, le catholicos-patriarche Antoine, fils du roi Irakli II, et d’autres.

 

 

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C’est qu’en effet le mérite du monastère athonite devant la nation était grand: il fut un centre intellectuel et religieux qui rayonna intensément sur l’Église de Géorgie : il maintint une orientation byzantine et pour autant occidentale de la pensée religieuse et de la spiritualité géorgiennes.

 

Le premier abbé Jean, fut canonisé : il est fêté le 12 juillet. St Euthyme, son fils, qui lui succéda comme abbé, est fêté le 13 mai; il procéda à une première révision de la Bible géorgienne, et traduisit du grec de nombreux ouvrages. On lui attribue en particulier la traduction du géorgien en grec de la célèbre légende hagiographique « Vie de Barlaam et Joseph », transposition chrétienne d’un épisode de la vie de Bouddha, transposition qui inspira les littératures européennes. Selon le bollandiste P. Peeters, la version géorgienne est un maillon entre les traductions arabes de la légende, et les versions pehlévies.

 

Le plus célèbre des moines de l’Iviron fut sans conteste StGeorges l’Hagiorite.

 

Né en 1009 dans le Trialéti, il passa son enfance au monastère de Hahouli, auprès de deux oncles qui y étaient moines. Il étudia ensuite à Constantinople, puis il revint à Hahouli où il reçut la tonsure monacale en 1034. Il se retira un temps sur la Montagne Noire, près d’Antioche, et de là il se rendit au Mont Athos, où il s’adonna à une intense activité littéraire, traduisant du grec de nombreux ouvrages. Il donna leur forme achevée aux livres liturgiques géorgiens, et procéda à une révision de l’hymnographie, ainsi qu’à celle de la Bible selon les normes byzantines, anti-monophysites. Il fut ordonné prêtre en 1042, et devint abbé de l’Iviron. Ensuite encore il se rendit sur la Montagne Noire, où il continua son œuvre ; il eut alors l’occasion de soutenir l’Église de Géorgie devant le patriarche d’Antioche et son synode, dans un débat au sujet de l’autocéphalie de l’Église de Géorgie. A la demande du roi Bagrat IV, il rentra en Géorgie où pendant cinq ans il entreprendra de réformer l’Église.

 

Enfin, il revint à Constantinople emmenant avec lui 80 orphelins. Il mourut le 27 juin 1066.1

 

En 1084 Grégoire Bacuriani, un géorgien, haut dignitaire de Byzance, fonda un monastère à Pétrizoni, l’actuel Batchkovo, prés de Philippopoli en Bulgarie, où il avait reçu un apanage. Il laissa une Règle, ou Typicon, en grec et en géorgien: le texte grec fut publié par Mgr. L. Petit, à St. Pétersbourg, en 1904. Le texte géorgien, trouvé par l’archimandrite Grégoire Péradzé à Sophia, fut publié par M. Tarkhnichvili: CSCO, t. III et IV, Louvain, 1954. Le monastère contenait une Académie où enseigna Jean Pétrizi. Jean Pétrizi étudia à Constantinople, et eut pour maîtres les philosophes

 

 

 

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1 Note : Les moines géorgiens se virent exclus du monastère d’Iviron en 1834, et furent relégués non loin dans le petit couvent de St Elie, et recevaient leur subsistance du monastère des Ibères. Mais en 1861, cela-même leur fut retiré. Depuis, les moines géorgiens vivaient dans un couvent abandonné qu’ils achetèrent aux grecs.

 

 

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Michel Psellos, et Jean Itale. Rentré en Géorgie pour peu de temps, il se rendit ensuite au monastère de Pétrizoni où il resta 20 ans à enseigner. Invité par le roi David IV le Bâtisseur, il vint enfin enseigner au monastère de Guélati, dont le roi rêvait de faire une nouvelle Athènes. On ignore la date de sa mort.

 

Un autre grand enseignant fut Arsène d’Iqualto. Arsène Vatchesdzé, naquit à Iqualto en Kakhétie, et étudia à Constantinople. En 1090 il se retira sur la Montagne Noire, auprès d’Ephrem le Mineur. Appelé par le roi David IV le Bâtisseur, il rentra en Géorgie en 1114, et enseigna, d’abord à Guélati, ensuite à Iqualto où il fonda une Académie. Puis il se retira au monastère de Chio-Gvimé. Il assista au concile convoqué à Ani en 1124 par David IV pour une confrontation avec les monophysites arméniens. Il survécut au roi, mais on ignore la date de sa mort.

 

On lui doit la traduction du Chronographe de Georges Hamartoles, et du Dogmaticon, sorte de Somme Théologique à caractère polémique, dirigée contre les jacobites, les monophysites, les origénistes, les Juifs… Il traduisit également le Nomocanon (code des lois), et quelques ouvrages homilétiques. Œuvre principalement des moines, la littérature de la Géorgie médiévale est féconde dans des domaines variés.

 

Il convient de mentionner en premier lieu, et à part, puisqu’il s’agit du fondement-même de toute vie religieuse chrétienne, l’assimilation de la Bible par la nation.

 

 La version géorgienne de la Bible a connu trois étapes :

1. les premières traductions remontent, comme on l’a dit, aux IVe -Ve s, le témoin fondamental en est l’Evangile d’Adych, transcrit dans sa forme actuelle en 897.

 

2. Une révision du texte des Evangiles eut lieu aux IXe -Xe s, à partir du grec : les témoins de cette révision, qu’on a proposé d’appeler la « proto-vulgate » géorgienne, sont une série de manuscrits qui furent transcrits au Xe s. en Tao-Klardjétie : les manuscrits de Djrutchi (936), de Parkhali (937), d’Opiza (913), de Tbéti ().

3. Au XIe s. fut effectuée au Mont Athos, au monastère des Ibéres, une nouvelle révision du texte géorgien de la Bible : elle constitue « la vulgate » géorgienne ; elle est l’œuvre de deux supérieurs du monastère géorgien athonite : St Euthyme (+1028) procéda à une première révision; après lui, St Georges l’Hagiorite (+1065) établit le texte demeuré seul en usage de nos jours encore, aussi bien dans la liturgie de l’Église que dans l’usage commun. – La dernière édition imprimée de ce texte devenu officiel est sortie à Tbilissi en 1912.

 

Parmi les genres littéraires, l’hymnographie occupe une place prépondérante. On a parlé plus haut de la versification selon « la parole rythmée », qui fut le premier système en usage dans l’hymnographie géorgienne. Sous l’influence

 

 

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de l’hymnographie byzantine, la géorgienne devient donc syllabique, et non pas tonique comme la poésie grecque classique, basée, elle, sur la succession des voyelles longues et brèves. Dans la versification syllabique du vers articulé, la base est le vers divisé par une ou plusieurs césures stables. Dans la versification syllabique du vers non-articulé, chaque vers est composé d’un seul tenant, sans césure : dans les vers les plus longs seulement, il y a une césure mobile, variant d’un vers à l’autre, irrégulièrement.

 

La versification syllabique articulée est devenue classique dans la littérature profane surtout. Sur cette versification organiquement liée à la poésie populaire il n’y a pas eu, si on excepte la iambe de douze pieds, d’influence étrangère, grecque ou orientale. Mais la versification syllabique non-articulée a subi une forte influence byzantine : celle-ci est antérieure à la première, et elle est de beaucoup la plus répandue.

 

On sait que le plus grand poète géorgien, Chota Roustavéli (fin XIIe - deb. XIIe s.), a instauré le règne du « chaïri », ou vers de 16 pieds, composé de deux demi vers de 8 pieds.

Mais, dès le Xe s, apparaissait le demi vers de huit pieds, articulé en 5+3 pieds, ou en 4+4 pieds. Ainsi le moine Philippe (Xe s.) a laissé un court poème sur la Nativité du Christ en « chaïri »: 4+4 -césure- 4+4. Jean-Zocime (Xe s.) emploie le même mètre dans une adresse de manuscrit: six strophes.

Ephrem le Mineur (XIe s.) a introduit le « chaïri » iambique : 4+4+4 pieds.

Michel Modrékili (Xe s.) canonise la iambe ascendante : 5+7 pieds. Ce mètre est particulièrement répandu dans la poésie didactique religieuse et philosophique, chez Ephrem le Mineur, Arsène d’Iqualto, Jean le Philosophe.

St Grégoire de Khandzta emploie quant à lui différentes combinaisons de la versification syllabique articulée : 8 pieds, 10, 12, ou 14 pieds.

 

Au Xe s. fut composé un grand recueil hymnographique par Michel Modrékili: le manuscrit holographe est conservé au Musée d’État de Géorgie (fond S-425). Michel Modrékili a transcrit ce manuscrit (408 pages sur 544) à Chatberti entre les années 978-988, selon les souverains mentionnés. Il se proposait, selon son adresse, de recueillir toutes les hymnes alors connues en Géorgie. Outre l’étendue et la variété du contenu, le manuscrit se distingue par la richesse et la précision de ses notations musicales et poétiques.

Le fond principal de l’hymnaire, environ 1/3, appartient à St Grégoire de Khandzta: 81 hymnes « canons » sur 196, et 123 hymnes de forme courte sur 755. Le recueil contient en outre des œuvres de :

- Michel Modrékili: 31 canons, et 151 hymnes courtes,

- Guiorgui Mertchoulé : 21 canons, et 46 hymnes courtes,

- Ivané Mtbévari: 12 canons, 2 cathismes, et 49 hymnes courtes,

- Ivané Mintchkhi: 3 canons, et 11 hymnes courtes,

- Stéphané Sananoïsdzé : 1 canon, et 4 hymnes courtes,

 

 

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- Ezra: 1 canon, et 3 hymnes courtes,

- Ivané Konkozisdzé : 1 canon, et 1 hymne courte,

 - Basile de Khandzta : 6 hymnes courtes,

- Kourdanaï-Kviriké : 1 hymne courte,

- Macaire de Lététi: 1 Louange,

- enfin de quelques anonymes : 42 canons, et 141 hymnes courtes.

 

A noter parmi ces hymnographes, deux auteurs de Géorgie Occidentale : Ivané Mintchkhi ou de Intchkhi, localité située dans les environs de Tchkhondidi, siége épiscopal érigé par le roi d’Abkhazie Georges II (922- 957), qui était lié d’amitié avec l’hymnographe Etienne Sananoïsdzé, lequel était originaire de Tchkhondidi (Xe s.).

 

Outre l’école de Meskhétie, à laquelle appartiennent la plupart des hymnographes

cités, il y eut deux autres grandes écoles hymnographiques.

 

1. A l’école de Palestine appartiennent:

 - Un auteur anonyme, avec le récit par Aboukoura du martyre de Michel de St Sabba,    un très beau poème dialogué hagiographique du IXe s,

- Jean-Zocime de St Sabba et du Sinaï (Xe s.) qui fut un hymnographe fécond et un grand transcripteur de manuscrits.

- Philippé (Xe s.) est l’auteur d’une Louange de Bethléem, de la Vierge et du Fils, composée en « chaïris » iambiques. Il a de plus participé à la composition du recueil palestinien des « Commémorations pour l’année » (Satsélitsado Iadgari), ouvrage composé en 954-978 par Georges de St Sabba, Philippé, et Jean-Zocyme. Une première rédaction (Sin.; Sin. 14) contient 146 hymnes selon les dates du calendrier, 36 hymnes de la Résurrection, celles de tous les jours, et enfin des hirmoïdes Théotokia, et des Louanges. Deux autres rédactions (Sin. 59, et Sin. 64-65) ajoutent de nouvelles hymnes.

 - Signalons encore : David Tbélidzé (Xe -XIe s.), Rati (Xe -XIe s.), et Samuel: hymne dans le Triodion du manuscrit Sin. 5 de 1052.

 

2. L’école de la Sainte Montagne (Athos), s’est illustrée aux Xe et XIe s.

- Euthyme l’Hagiorite (953-1028),

- et surtout St Georges l’Hagiorite (1009-1065), fut le plus fécond des hymnographes géorgiens. Il mena à son terme, à la complète adaptation aux exigences liturgiques l’hymnographie nationale. Il fit œuvre de traduction -pour ce qui manquait-, de collation et de révision selon le modèle gréco-byzantin, constituant ainsi ce qu’on pourrait appeler « la vulgate hymnographique géorgienne »: les douze Ménées, le Grand Paraclétique en deux livres, le livre du Grand Carême, le Pentacostarion (Zatikni). Ces textes contiennent plus de mille canons hymnographiques, sans compter les hymnes de forme courte : une partie est composée en iambes de 12 pieds, et le reste, selon la versification syllabique du vers non-articulé.

 - Il y eut encore à la Sainte Montagne d’autres hymnographes de moindre importance au XIe s.

 

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Il faut citer parmi les œuvres hagiographiques « le martyre de St Abo », l’Arabe converti, de Jean Sabanisdzé, composition lyrique écrite en une prose rythmée se rapprochant de la poésie. La vie de St Grégoire de Khandzta par Guiorgui Mertchoulé est un ouvrage bien ordonné, écrit avec une sobre élégance. Guiorgui Mertchoulé montre en S.Grégoire l’initiateur de tout mouvement spirituel en Tao-Klardjétie, où il restaura la vie monastique en y fondant une communauté de monastères. « Chatberti, bien qu’il soit un peu éloigné des autres monastères, en est cependant un confrère (tanamodzmé) inséparable… par la règle et par les bonnes œuvres de tout genre ». St Grégoire apparaît comme l’inflexible défenseur des droits de l’Église : au concile réuni pour l’élection du catholicos, comme le roi voulait imposer son candidat, le Saint apostropha le souverain lui rappelant l’indépendance de l’Église devant le pouvoir civil. St Grégoire intervint même, en sa double qualité de parent aîné et de maître spirituel, dans la vie privée du roi qui s’obstinait dans son inconduite : le Saint emmena la femme adultère au couvent, d’où le roi ne parvint pas à la faire sortir, bien qu’il se fut présenté au couvent en personne.

 

 En historiographie, il faut citer ici Léonti Mrovéli, ou de Rouissi, qui est, comme le montre le P. Tarkhnichvili, un auteur du VIIIe s. (et non du XIe , comme le pense K. Kékélidzé), car « La Passion du roi Artchil » dit: « personne n’est capable de chanter dignement le roi Artchil, si ce n’est Léonti Mrovéli, le saint évêque de son temps, qui a décrit avec ampleur sa bienheureuse vie et son martyre, comme nous le transmettent les Annales de la vie de Géorgie ». Il écrivit « L’Histoire des Premiers Pères et Rois » contenant les traditions légendaires, et allant jusqu’au Ve s. Ceci fut continué par Djuancher qui relate les évènements historiques du Ve s. au VIIIe s. Les « Annales de la Géorgie » ont été continuées au XIe s. Sumbat, fils de David (XIe s.), retrace, quant à lui, l’histoire de la dynastie des Bagration qu’il fait remonter au roi-prophète David.

 

En architecture, il faut signaler le développement de l’église en forme de croix avec coupole centrale : le poids de la coupole est transféré des murs sur quatre colonnes, et de ce fait les espaces intérieurs deviennent larges et dégagés.

Déjà à Tsromi, construite entre 626 et 636, la coupole, de carrée, était devenue ronde à l’aide de supports en trompes.

Auparavant encore, la coupole était hexagonale, à l’intérieur comme à l’extérieur.

La forme arrondie était rendue nécessaire par la peinture (de fresques) continue.

Les dimensions des églises augmentent, et la décoration devient plus développée : la peinture est continue, la façade se couvre de bas-reliefs. Sur le plan, les bras de la croix ont des toits à deux pentes, tandis qu’aux coins de la croix on flanque plus bas des ajoutes couvertes de toits à un versant.

 

 

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 Les trois plus remarquables églises, quant à la perfection architecturale et quant aux dimensions, sont les cathédrales :

 - d’Alaverdi en Kakhétie, construite au début du XIe s,

 - de Bagrat III à Koutaïssi, (1003)

- de Svéti Tskhovéli à Mtskhéta achevée en 1029.

 

Signalons encore les églises de Samtavissi (1030), de Bédia construite par Bagrat III, de Nikortminda (Saint Nicolas) construite dans la 1e moitié du XIe s, et de Samtavro à Mtskhéta qui est du XIe s. Les églises des monastères de Tao-Klardjétie, construites ou restaurées par S.Grégoire de Khandzta et ses disciples, se distinguent par leur élégance sobre et dépouillée, comme il sied à des églises monastiques. Malheureusement ces magnifiques édifices sont tombés en ruines, car la région, rattachée à la Turquie, est entièrement islamisée depuis le XVIe s.

 

D’anciennes fresques géorgiennes sont conservées dans l’église de St Dodo au monastère de St David Garédja, et celles de l’église de l’ermitage (oudabno) du même monastère. Ces dernières représentent des scènes de la Vie du saint patron du monastère : les couleurs dominantes sont des ocres, des bleus, des roses, et des verts pâles. Les fresques de la basilique d’Aténi, près de Gori sont du Xe s. Outre un cycle sur la vie apocryphe de la Sainte Vierge, sont représentés des personnages contemporains : roi, reine, guerriers, et prélats. Au XIe s. appartiennent les œuvres de Théodoré, le peintre officiel de la cour du roi David IV le Constructeur (le Bâtisseur). Elles sont conservées en Svanétie dans des églises à Iprari, et à Nakipari.

 

 Il faut s’arrêter sur la grande figure du roi David IV le Constructeur, car il marque la transition entre deux époques de l’histoire de Géorgie.

 

Outre la consolidation et l’extension de la Géorgie unifiée après ses victoires sur les Turcs, le titre de gloire de David IV fut la création d’un état stable dans les domaines essentiels de la haute administration, de l’armée, et de l’instruction supérieure. Son règne fut long et fécond: monté sur le trône à l’âge de 16 ans en 1085, il mourut en 1125. David IV surnommé « le Constructeur » (ou « le Bâtisseur ») institua une haute administration permanente : à la tête de la chancellerie d’État il plaça l’archevêque de Tchkhondidi et ses successeurs sur ce siège, assurant la stabilité de l’État par la pérennité de l’Église. En tant que moine, l’archevêque soustrayait cette charge importante à la loi féodale de l’hérédité.

 

Pour s’assurer une armée soumise à l’autorité de l’État et non aux intérêts de la féodalité, il ouvrit les frontières à un peuple belliqueux des montagnes du Nord: les Kiptchags. Ceux-ci devaient lui fournir un important contingent permanent de cavalerie, dont 5000 hommes pour la garde personnelle du roi. Il avait aussi incorporé dans son armée des chevaliers francs : 1000 selon les sources géorgiennes, 200 selon les chroniqueurs latins.

 

 

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Il fonda à Guélati près de Koutaïssi, alors capitale du royaume, avant la reconquête de Tbilissi en 1122, un grand monastère. Il y établit une Académie qui, selon son historiographe personnel, était destinée, dans la pensée du roi, à devenir « une seconde Athènes », et qui eut à sa tête le philosophe platonisant Jean Pétrizi, disciple de Michel Psellos et de Jean Itale. Il envoya 40 jeunes gens à Constantinople pour y parfaire leurs études.

 

Connaissant l’arabe, et ayant étudié le Coran, il entretenait des contacts avec les lettrés musulmans, et ouvrit pour eux une maison à Tbilissi. Ses monnaies (déjà les anciens rois d’Ibérie et de Colchide battaient monnaie) sont bilingues, en arabe et en géorgien, ce qui montre une orientation orientale de l’économie du pays.

 

David IV était un lettré, versé dans les langues, la théologie, l’astronomie ; il se faisait suivre d’une bibliothèque jusque dans ses campagnes. C’était un homme marqué encore par la culture d’Église : ainsi, il nous a laissé un très beau poème pénitentiel, composé selon les normes de l’hymnographie ecclésiastique : un canon de 8 odes, du ton 7e . Après lui va s’instaurer le mouvement humaniste. Sous le règne de David IV, et convoqué par lui en 1103, Tbilissi étant encore aux mains des Turcs, eut lieu le concile plénier de Rouissi- Urbnissi. Y participaient en outre le catholicos Jean, des évêques, des prêtres, des diacres, des moines, et des laïcs lettrés. Répondant à une nouvelle situation historique, ce concile faisait suite au concile réuni à Artanoudj, sous Bagrat III (980-1014), à l’issue de la domination arabe : des évêques arméniens y avaient été invités pour une discussion unioniste, mais en vain. Le concile de Rouïssi-Urbnissi fut un concile de réforme. Le roi y assista « en qualité non de roi, mais d’esclave » rapportent « les Annales de la Géorgie ». Après avoir énuméré les canons des conciles oecuméniques et les règles des Pères, le concile, dont les actes nous sont parvenus, édicta 15 canons :

 

1.     Destitution des évêques indignes ayant reçu leur charge par hérédité.

2.     . Défense de conférer les titres avant l’âge canonique, et de conférer plusieurs ordres le même jour.

 3. Pour les rites des ordinations, de la consécration des églises et du Saint Chrême, obligation de se servir du rituel nouvellement traduit du grec par le moine Georges du Mont Athos.

 4. Interdiction de la simonie.

 5. Défense de détourner de leur destination les vases sacrés, même lorsqu’il s’agit de racheter des prisonniers.

6. Défense d’administrer le baptême et le mariage en dehors des lieux de culte, et obligation aux mariés de communier le jour de leur mariage.

7. Défense de marier des enfants : les filles doivent avoir au moins douze ans pour pouvoir se marier.

8. Les évêques doivent être choisis parmi le clergé instruit; rappel aux prêtres de l’obligation de suivre toute la discipline ecclésiastique.

 

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9. Il ne pourra y avoir plus de deux supérieurs dans les grands monastères, et pas plus d’un dans les petits.

10.Défense aux monastères de traiter des affaires séculières avec les pèlerins.

11. La messe ne pourra pas être offerte par plusieurs prêtres en concélébration, et devant le même autel pour plusieurs âmes. Les simples prêtres ne doivent pas célébrer dans les cathédrales ou les églises des monastères en dehors de jours déterminés : ils ont à célébrer dans les petites églises.

12. Les Arméniens et autres monophysites et monothélites doivent être rebaptisés, comme c’en est l’usage dans l’Église d’Antioche.

13. Défense de contracter mariage avec des hérétiques.

14. Défense de bénir le mariage de ceux qui se sont fait représenter par d’autres.

15. Mise en garde et anathème contre le péché de sodomie.

David IV réunit en 1124 un autre concile unioniste à Ani, ville d’Arménie annexée à la Géorgie : il fut sans résultat.

 

 

Regard sur la structure de la société géorgienne au Moyen-Âge

 

La question sociale a sa place indiquée dans une histoire de l’église : des églises locales, aussi bien que de l’Église universelle.

Le problème social se posa à la conscience religieuse dès l’Ancien Testament: aux années jubilaires, par exemple, Israël était tenu de libérer les esclaves. Pour le Nouveau Testament, nous pouvons nous référer à l’épître de St Paul à Philémon au sujet de l’esclave fugitif Onésime.

On sait que le christianisme n’a réussi à transformer les relations sociales héritées du monde antique que progressivement, les amenant jusqu’à la situation actuelle. Celle-ci apparait caractérisée par un régime démocratique à structure sociale différenciée : équilibrée plutôt que hiérarchisée comme ce fut le cas au Moyen-Âge.

Le christianisme, en effet, veut être un ferment qui transforme ou « transfigure », selon la parabole du levain qui fait lever toute la pâte, plutôt que force révolutionnaire agissant par destruction des structures existantes. Ainsi, l’esclavage subsistait dans l’empire chrétien byzantin au VIe s, c’était là une anomalie, séquelle d’une situation dépassée. Par suite de circonstances historiques et économiques complexes, l’esclavage fit place au cours du Moyen-Âge au servage dans le cadre du système féodal. Ce système était basé sur la propriété foncière, et c’étaient les serfs qui donnaient à la terre sa valeur économique.

Comme partout en Europe, la différenciation sociale était dans la Géorgie médiévale strictement hiérarchisée, et en même temps stabilisée par la loi de l’hérédité : il s’agit donc bien d’une structure féodale.

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Au sommet se trouvaient les rois, du royaume unifié, ou des trois royaumes de la Géorgie morcelée. Ils furent tous, sans exception, issus de la dynastie des Bagration. Les Bagration, répartis en plusieurs branches, prétendaient, depuis le Xe s, remonter au roi-prophète David d’Israël, afin de mieux asseoir leur autorité, tant par devers l’empereur byzantin, que face à la noblesse géorgienne. La dynastie se maintint sur le trône jusqu’en 1801.

Par ailleurs, quelques grandes familles gouvernaient souverainement des provinces historiques, sans jamais oser prétendre au titre royal: les Dadiani en Samégrélo, les Gouriéli en Gourie, les Dadéchkéliani en Svanétie, les Djaquéli en Samtskhé, les Chervachidzé en Abkhazie. Un certain nombre de grandes familles (didéboul = illustre), tels les Orbéliani en Kartlie avaient sous leur obédience et protection des familles nobles de rang inférieur.

Un avis du conseil d’État russe, confirmé par le tzar en date du 11-VII-1833, mit fin à cette pratique typiquement féodale : il s’agissait de 160 familles nobles, appartenant à 21 familles princières dans le district (viezd) de Gori. Certains nobles étaient titrés (tavad, ou mtavar), mais la plupart ne l’étaient pas : ce sont les « aznaour », (le mot signifiait primitivement « homme libre »).

L’Église par sa hiérarchie rentrait dans le cadre féodal: le catholicos et les principaux évêques étaient ex officio suzerains héréditaires d’une noblesse d’Église : c’est souvent dans les familles illustres et dans la dynastie royale elle-même que se recrutait le haut-clergé, qui, selon le droit canonique orthodoxe, doit observer le célibat. Certains nobles entraient dans le clergé inférieur marié, ou acceptaient la tonsure monacale, sans accéder au sacerdoce. Le commun du peuple était divisé en classes distinctes : d’une part les citadins (mokalaké), les marchands (vatchari), les artisans, qui étaient libres, de même que certains paysans, surtout dans les régions montagneuses retirées, et d’autre part les serfs (msakhour).

On devenait serf par hérédité, mais aussi volontairement, pour chercher protection, mais parfois aussi par contrat (siquélovani). A une époque de décadence, des membres du clergé inférieur se trouvèrent réduits au servage ; cette anomalie ne fut abolie qu’en 1808 (décret impérial du 7 juillet, au nom du commandant en chef en Géorgie).

Comme volonté manifeste de réforme sociale, on ne peut guère citer que les efforts entrepris par David le Constructeur et ses descendants pour briser la féodalité en tant qu’agent privilégié de l’État, et pour promouvoir une classe dirigeante recrutée selon le mérite personnel.

Il importe, d’autre part, de faire état de la société monacale sur laquelle, à la différence de l’Occident médiéval, le système aristocratique féodal du « siècle » n’avait pas prise : de simples bergers devenaient abbés de monastères, alors que des nobles y avaient rang de simples moines. Le monachisme fut, dans l’Orient chrétien, une école d’égalité sociale.

 

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Il y a lieu de signaler à part la vieille expérience de tolérance et d’accueil du peuple géorgien, l’absence de tout mouvement de persécution directe ou indirecte d’origine raciale ou religieuse. Ceci permit de dégager une idée universaliste et purement politique de l’État, chez les Géorgiens assez nettement dégagés des particularismes raciaux, religieux, et en quelque mesure même ethniques. Nombre d’hommes d’État géorgiens eurent d’ailleurs l’occasion de faire leur apprentissage à la cour des shahs de Perse, à celle des khalifes arabes, et celle des sultans turcs, sans compter les relations suivies avec l’État byzantin.

Dès les temps reculés de l’histoire antique, des communautés variées se fixèrent sur le sol géorgien aux côtés de la population autochtone : Juifs, Arméniens, Grecs, et musulmans perses, arabes ou turcs. Certains de ces groupes, les musulmans, vinrent en conquérants, d’autres, les Arméniens, pour chercher refuge, d’autres enfin furent attirés par les facilités de la vie en Géorgie. Avec tous ces éléments étrangers, la population géorgienne établit ce qu’on peut appeler une « coexistence pacifique » sans toutefois se mélanger avec ces populations hétérogènes, sauf des exceptions, qui, à la longue, prirent naturellement une certaine consistance.

Lorsqu’en 1122, Tbilissi fut reconquise par David le Constructeur, elle comptait une majorité d’habitants musulmans : Perse, Arabes, Turcs, Géorgiens islamisés. Au XIXe s, sous l’occupation russe, les Arméniens y devinrent majoritaires à leur tour.

Le fait que la Géorgie actuelle compte plus de 30 % d’habitants d’origine non-géorgienne n’est donc pas nouveau, et il ne semble pas qu’on ait atteint la cote qui excèderait la capacité d’absorption de la nation. Il apparaît donc que dès le Moyen-Âge, la notion de l’État était présente.

XIIe - XIIIe s. L’âge d’or de la puissance et de la culture géorgienne

Georges III (1156-1184) continua l’œuvre de David IV. Sa fille Thamar (1184-1213) devait le surpasser.

La Géorgie devint un empire s’étendant de la Mer Noire à la Mer Caspienne, et du Caucase aux khanats musulmans du sud réduits à la vassalité. Les souverains portaient le titre de « roi des rois », équivalent au titre d’empereur.

Avec l’appui de la reine Thamar, les Comnènes, un moment réfugiés à sa cour, fondèrent l’empire grec de Trébizonde.

Ce fut l’âge d’or de la civilisation géorgienne, au cours duquel se développa un humanisme original et extrêmement ouvert, favorisé par la situation géographique et les circonstances historiques. La Géorgie se trouvait en effet au centre des courants culturels gréco-byzantin, arabes, et perses.

 

 

 

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Un des précurseurs, sur le plan intellectuel, de cet humanisme précoce fut le philosophe platonicien Jean Pétrizi, disciple des penseurs byzantins Michel Psellos et Jean Itale.

Mais l’émancipation d’une tutelle trop étroite de l’Église sur la culture fut facilitée par :

 - les contacts directs et étroits de la Géorgie avec les Arabes et les Perses,

 - de même que par l’activation des relations internationales au moment des Croisades, lorsque s’affrontèrent la chrétienté féodale occidentale et Byzance d’une part, et avec l’Islam d’autre part, dont les champions furent les Arabes, les Egyptiens, et les Turcs.

Les Géorgiens ne participèrent pas directement aux Croisades, mais y furent mêlés d’assez près. Les guerres victorieuses de David IV contre les Turcs furent à la fois facilitées par les Croisades, et soulagèrent les Croisés. On sait que David IV avait des chevaliers Francs dans son armée. Il est probable aussi qu’il fut une des personnifications de la figure légendaire et messianique du roi-prêtre Jean dont rêvaient les Croisés : selon une légende géorgienne le roi David se fit moine-ermite sous le nom de Jean. Les chroniques rapportent qu’en 1207-08, les Géorgiens avancèrent vers la Palestine pour aider les Croisés assiégés à Antioche, et qu’ils prirent 300 fortifications et 9 grandes villes. (« Regesti Regni Hierosolymitani » MXCM – MCCXCD, éd. Röricht, Oeniponte, 1893, p. 233-34, 868). Les Géorgiens dominèrent parmi les chrétiens en Terre Sainte sous l’occupation de celle-ci par les Mamelouks égyptiens, dont beaucoup étaient originaires du Caucase et notamment de Géorgie. Saladin qui chassa les Latins en 1187, reçut une ambassade de la reine Thamar.

Les Mamelouks restèrent maîtres de la Palestine jusqu’à la conquête turque, en 1527. Dès lors les Géorgiens perdirent leurs positions. Ainsi, dès 1551, ils durent céder leur monastère de St Jean l’Evangéliste aux franciscains qui l’avaient acheté au Sultan après que les Géorgiens eussent refusé de le leur vendre. Le monastère fut alors rebaptisé « Salvator ». Les moines géorgiens en Terre Sainte subirent la persécution des Turcs surtout au XVIIIe s, en punition des tractations politiques des rois de Géorgie avec la Russie.

Mais aux XII-XIIIe s, les Croisades fixèrent un temps les relations internationales dans le bassin oriental de la Méditerranée, et la Géorgie y joua un rôle non négligeable.

Elle se trouvait placée sur le devant de la scène du devant de l’Histoire, à un carrefour de courants culturels enrichissants.

Le mouvement humaniste se manifesta dans tous les domaines de la création culturelle.

En architecture religieuse, (les palais royaux ne sont pas conservés) on observe une tendance à l’unification: la diversité des types due au

 

 

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particularisme régional disparut. Un type s’imposa, dont le modèle est Svéti Tskhovéli de Mtskhéta (1029), et la recherche de l’élégance s’accentua (Samtavissi – 1030).

Les fresques envahirent toutes les surfaces intérieures des églises. Les « arts mineurs », signe de richesse se développèrent plus particulièrement: orfèvrerie, graphie sur métaux précieux, émaux, enluminures sur manuscrits. L’iconographie sur or, argent et cuivre : ciselure ou repoussé, atteint son sommet aux XIIe et au XIIIe s, surtout avec les Maîtres Béchken, et Béka d’Opiza.

Le grand connaisseur russe de l’art byzantin, N. Kondakov, est extrêmement élogieux pour l’art de l’émail géorgien dont il relève l’abondance des exemplaires parvenus jusqu’à nous, et la qualité artistique: il souligne « l’existence de la liberté et du caractère dans les types et les expressions » « une certaine parade des demi-tons comme par exemple, les touches légères dans les corps, dans les ombres, les tons variés du bleu, de l’opale et du vert émeraude dans les nimbes ». (« Opis’pamiatnikov drevnosti v nekotorykh khramakh i monasteriakh Grouzii ». St Petersbourg, 1890, p. 85-86).

Le savant byzantinologue n’est pas moins élogieux pour l’orfèvrerie géorgienne : « Avec une extrême schématisation du dessin dans les corps va de pair une ornementation particulièrement riche et travaillée : après la frappe l’artiste passe souvent à la ciselure tous les détails et traite les fonds en filets, et les magnifiques bordures avec une remarquable application. On ne peut trouver travail d’une plus grande perfection, même à Byzance ». (ibid. p. 23).

En littérature, Jean Chavtéli, auteur du poème panégyrique « Abdoul Messia» (en arabe, Serviteur du Christ), semble appartenir plutôt à la période littéraire précédente : il chante, sans le nommer David le Constructeur, (plutôt que la reine Thamar, la langue géorgienne ignorant la différenciation grammaticale des genres.) Amiran-Darédjani (XIIe s.) est un recueil en prose de 12 contes sur le héros national légendaire Amiran, rappelant le Prométhée du mythe grec. Son auteur serait Moïse de Khoni.

Vis-Ramiani est un poème épique en prose, démarqué d’un original pehlévi, célébrant le couple idéal formé par Vis et Ramin: on peut le comparer au roman de Tristan et Yseult.

Tchakhroukhadzé est le premier écrivain marqué par l’époque de Thamar : sous le titre de « Tamariani », il a composé un recueil d’odes en l’honneur de la reine et de son valeureux époux David Soslan, en vers de 20 pieds avec rimes intérieures et terminales.

A la reine Thamar dédia son poème « L’homme à la peau de léopard », le prince des poètes géorgiens Chota Roustavéli (de Roustavi). Ce poème de 6000 vers n’a pu être égalé pour la beauté sonore et la plasticité de ses majestueux « chaïris » ou vers de 16 pieds : chaque strophe (quatrain) porte

 

 

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une même rime, ce qui est d’un grand effet musical. L’œuvre devint poème national: ses aphorismes sont passés dans le folklore comme dictons et proverbes ; même le simple peuple en connaît, de nos jours encore, de larges extraits par cœur.

Le mouvement humaniste, de Jean Petrizi à Chota Roustavéli, n’a pas été sans susciter quelque opposition, on le devine. Mais il ne rencontra aucun débat idéologique ; il s’agissait plutôt d’une nouvelle orientation de la sensibilité artistique. Chota était un croyant qui finit ses jours au monastère palestinien de Sainte Croix, où il fut enterré, et où on a découvert son portrait peint sur une colonne.

S’il est vrai qu’au XVIIIe s, l’archevêque Timothée Gabachvili (+1764) et le catholicos Antoine (1720-1788) ont montré leur hostilité à l’engouement populaire pour cette œuvre profane, il s’agissait plutôt de cas isolés dont on ne saurait rendre responsable l’Église. Il semble qu’on ait exagéré leur hostilité en affirmant notamment, mais sans autre précision, qu’un « autodafé » des exemplaires du poème national aurait été réalisé. Quoiqu’il en soit, il est bien certain que le rôle de l’Église auprès des hommes est un rôle de service et de libération, et non de domination.

La reine Thamar réunit un concile plénier dont les actes ne se sont pas conservés, mais dont on connaît quelques détails par « Les Annales de la Géorgie ». Le concile fut présidé par le métropolite Antoine Sagrisdzé de Koutaïssi et par l’évêque Nicolas Goulambrisdzé rappelé de Jérusalem par la reine. Le catholicos Michel fut écarté pour des raisons d’ordre privé, semblet-il. Quant aux décisions du concile, les « Annales » rapportent que des évêques furent déposés, et que diverses dispositions canoniques tombées en désuétude furent remises en vigueur.

Du XIVe au XVIIe s, déclin de la puissance géorgienne due aux invasions et dévastations étrangères. Morcellement de la Géorgie

Après la mort de la reine Thamar, la Géorgie ne se maintint pas au niveau auquel elle était parvenue, tant dans sa puissance matérielle, que dans son développement intellectuel.

En 1235-1240, les Mongols de Gengis Khan se ruaient sur le pays. Mais le coup fatal fut porté par Timour Lang (Tamerlan) qui, de 1386 à 1403, dévasta la Géorgie à six reprises.

D’autre part, l’établissement de l’empire turc rejetait le complexe européen à l’ouest du bassin méditerranéen, ce dernier amputé encore du littoral Nord-Africain.

 Néanmoins l’Europe parvenait à rompre l’encerclement musulman, en inaugurant de nouvelles routes commerciales à travers les océans, notamment

 

 

 

 

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par le Cap de Bonne Espérance, à la pointe de l’Afrique, et ce fait même reléguait la Géorgie vers l’arrière scène historique, alors qu’auparavant elle se trouvait en bonne position sur la route terrestre reliant l’Europe à la Perse et à l’Inde.

La Turquie étendait sa domination sur la Géorgie Occidentale, où elle parvint à islamiser l’Abkhazie, l’Adjara au sud de la Gourie, et le SamtskhéSaatabago, l’ancienne Tao-Klardjetie.

Les Perses, pour leur part, se réservaient la Géorgie Orientale dont ils déportèrent un grand nombre d’habitants à l’intérieur de leur empire. Les Turcs pratiquèrent la dégradante imposition humaine : « tant », par an, d’enfants et d’adolescents des deux sexes à fournir pour les harems, et en vue d’une « rééducation » dans l’Islam. Malheureusement, les Géorgiens se mirent de leur côté, par goût du lucre, à pratiquer la traite humaine. Le pays se dépeupla fortement.

Les grands féodaux s’émancipèrent, et un processus de morcellement territorial remplaça le processus d’unification en tant que facteur dominant de l’Histoire géorgienne. Il y eut jusqu’à trois royaumes : Kartlie, Kakhétie, et Iméretie, tous dirigés par des branches de la dynastie des Bagration, et cinq principautés quasi souveraines : Abkhazie, Samégrélo (Mingrélie), Svanétie, Gouria, et Samtskhé, gouvernées respectivement par les maisons princières des Chervachidzé, des Dadiani, des Dadéchkéliani, des Gouriéli, et des Djaquéli. En Kartlie, la maison des Orbéliani tint longtemps tête à la monarchie.

L’Église elle-même se scindait en deux : l’archevêché de Bitchvinda était proclamé catholicosat autocéphale d’Abkhazie avec juridiction sur toute la Géorgie Occidentale.

 Il y eut aussi un catholicos en Imérétie avec siège à Guélati, mais il s’agissait plutôt d’un transfert du siège primatial: en 1657, notamment, Guélati fut proclamé siège du catholicos d’Imérétie et d’Abkhazie. Ce catholicosat indépendant exista jusqu’en 1783, lorsque le catholicos Maxime Nijéradzé se réfugia à Kiev où il mourut en 1795.

Néanmoins le facteur d’unité ne disparut jamais dans la conscience nationale. Seules les circonstances extérieures, et notamment les violentes pressions des empires islamiques de Perse et de Turquie empêchaient la Géorgie de concrétiser ses aspirations profondes à la liberté et à l’unité, gages d’un progrès humain dont la nation avait prouvé qu’elle était capable.

La Géorgie chrétienne fit montre d’une exceptionnelle vitalité en résistant jusqu’au bout à cette formidable pression historique. Au prix d’un incessant martyrologue, elle maintint quoique morcelée la foi chrétienne, les structures essentielles d’État, ses meilleures traditions militaires, et une activité artistique et littéraire valable encore qu’affaiblie en comparaison avec un passé prestigieux, et les facteurs ecclésiastiques d’unité.

 

 

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Les facteurs internes qui permirent de sauvegarder l’unité nationale dans la conscience populaire du peuple géorgien, malgré les pressions toujours plus fortes des circonstances extérieures, furent divers, et il n’est pas facile de les classer par ordre d’importance.

Le plus apparent était la langue littéraire commune, et cette solidarité non formelle qui liaient ceux qui appartenaient à ce qu’on a appelé dans l’Occident de la Renaissance « la République des Lettres ».

 Il ne se constitua pas de littérature régionale : le folklore riche et remarquablement stable satisfaisait les besoins culturels du simple peuple : poésie, musique instrumentale, art vocal, et danse. Le chant populaire était polyphonique et ce depuis l’époque païenne, car de nombreux chants, encore actuellement exécutés, sont dédiés à des dieux païens. La poésie s’est conservée vivace dans la tradition orale : improvisations aux festins, joutes poétiques dans les cours royales et féodales. Des poètes et des chanteurs professionnels ambulants sillonnaient le pays, et se faisaient écouter partout. De plus en plus s’imposait à tout le pays le culte profane pour Chota Roustavéli, prince incontesté des poètes, et sommet du Verbe géorgien.

L’Église joua un rôle particulièrement important encore dans la sauvegarde de l’unité nationale.

De même que l’identité des structures sociales et politiques sauvegardait un fonds commun dans ces domaines respectifs, de même l’identité des structures ecclésiastiques et surtout de la riche liturgie orthodoxe, avec :

1. son « éortologie » (système de Fêtes),

2. son symbolisme imagé,

3. sa riche hymnographie,

4. et ses chants en langue géorgienne poétique rythmée, corrigeaient le fractionnement de la hiérarchie en deux catholicosats distincts, et les avatars de l’unité nationale.

De grands sanctuaires nationaux attiraient en pèlerinage toute la Géorgie, notamment à Svéti Tskhovéli de Mtskhéta, appelée « l’Église Mère », en Géorgie Orientale, et Motsaméta en Géorgie Occidentale.

Des fêtes populaires avec foires, festins, représentations diverses se déroulaient dans leur enceinte plusieurs jours de suite, et le peuple accouru de partout y fraternisait.

Les grands monastères en Terre Sainte au Mont Sinaï, et au Mont Athos étaient des hauts-lieux communs où venaient s’établir des moines de tous les coins de Géorgie. Et où affluaient de partout des donations en numéraires, de même que leur étaient attribuées des terres : champs, forêts et villages entiers, répartis tant en Géorgie Occidentale qu’en Géorgie Orientale.

Le prince Vakouchti publia une très précieuse étude historique et géographique, « Description de la Géorgie », source d’abondantes informations, notamment dans le domaine ecclésiastique.

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Le catholicos Antoine I (1720-1788), frère du roi Jessé, subit une persécution de la part du roi Théimouraz. Accusé de s’être secrètement converti au catholicisme romain, le catholicos fut condamné par un concile épiscopal: il dût quitter le pays et se rendit en Russie, où il reçut un diocèse et fut admis à siéger au Saint-Synode. Le roi Irakli II (Héraclius II) le rappela en Géorgie à la mort de Théimouraz (1762).

Linguiste, grammairien, hymnographe, philosophe, historien, Antoine I essaya de fixer la langue géorgienne sur des normes archaïques. Il ouvrit deux séminaires, à Tbilissi (1756), et à Télavi (1782), sur le modèle des Académies Religieuses russes : catéchisme, hagiographie, théologie. Il traduisit aussi « Les Catégories » d’Aristote. Il publia un commentaire de l’épitre aux Romains. En 1763, cet homme infatigable convoqua un concile pour réorganiser l’instruction et l’administration ecclésiastiques.

L’Église de Géorgie n’eut que de rares occasions de se manifester sur le plan des relations inter ecclésiastiques en ces siècles, pour elle, pénibles : elle fut représentée au concile unioniste de Florence (1439-1442) par les métropolites Jean-Grégoire et Docithée qui ne signèrent pas l’union, au concile de Bâle (1431), et au concile de Moscou (1666): à cette dernière participèrent le métropolite Epiphane, et l’archimandrite Pacôme.

La Géorgie eut un dernier grand roi en la personne d’IrakliII, roi de Kakhétie en I744, roi de Kartlie et Kakhétie en 1762, mort en 1798. Il réorganisa l’administration du pays, instaura une milice permanente, avec des sortes de groupes d’auto-défense locaux pour réprimer les attaques des bandes des peuplades montagnardes musulmanes qui razziaient le pays, surtout au moment des récoltes. Il eut le souci de restaurer la vie ecclésiastique, et de promouvoir l’instruction.

Malgré tout son talent, on peut même dire, son génie, en tant qu’homme d’État et stratège, malgré ses victoires militaires et ses sages réformes, Irakli II ne put, en un demi-siècle de règne, rétablir la Géorgie dans sa gloire passée. Il reconquit certains territoires géorgiens du Sud, et en 1760 il imposa même la vassalité aux pachas turcs d’Erivan et de Ganja. Mais la nation était au bout de ses forces, et le moindre des maux ne fut pas la dépopulation due aux invasions et aux incursions des bandes montagnardes du Nord et à la traite humaine.

Irakli II voyait la Géorgie exsangue et songeait à assurer la survie du pays, ainsi qu’à veiller sur la pérennité de sa lignée dynastique parmi les diverses branches de la famille des Bagration. Dans ce but, il signa un traité de protectorat avec Catherine II de Russie, en 1783, à Guiorguievsk. Le roi reconnaissait la suzeraineté de la Russie, mais obtenait en retour le maintien de la dynastie des Bagration de sa lignée sur le trône de Géorgie. La Géorgie devait garder son armée (un corps russe devait s’installer dans le pays pour l’aider), sa monnaie, son administration, et aussi le maintien de son Église

 

 

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autocéphale. Le traité stipulait en outre, expressément, que les territoires géorgiens alors perdus devaient être réincorporés. Ceci prouve bien que le roi avait un projet politique à longue portée, et qu’il avait un clair souci de l’unification du pays. Par contre, selon ce traité, les relations extérieures étaient soumises au contrôle du gouvernement russe.

 

 

 L’Église de Géorgie jusqu’en 1801

A la veille de l’annexion russe de 1801, l’Église de Géorgie présentait le tableau suivant:

En Kartlie – Kakhétie, il y avait 13 sièges épiscopaux : Mtskhéta, Tbilissi, Samtavro, ces trois sièges sur le même district, Rouïssi, Tsilkani, Samtavissi, Ourbnissi, Nikosi, Alaverdi, Ninotsminda, Roustavi, Nékréssi, Bobdé (monastère où était conservée la tombe de Sainte-Nino). Mais il n’y avait que 7 évêques. On comptait pour 99 églises et 9 monastères, 746 prêtres, 146 diacres et 75 moines, dont 21 à David Garédja, et 18 à Chio-Gvimé. (Statistiques communiquées le 18-02-1811 au Saint-Synode par le général Tormassov, d’après les informations fournies par l’archevêque Varlaam Eristavi.

En Imérétie, il y avait 4 diocèses : Koutaïssi (siège rétabli en 1759), Guélati ou Gaénati, Khoni, et Ratcha. Il existait 15 monastères, 2 cathédrales, et 618 églises. (Statistiques établies par l’archevêque Sophroné Tsouloukidzé de Ratcha.

En Mingrélie une tentative de recensement effectuée en 1819, fut entravée par l’hostilité du prince régnant Lévan Dadiani. Selon un recensement effectué en 1824, il y avait 3 diocèses :

1. Métropole de Tchkhondidi avec siège au monastère de Martvili qui comptait 102 églises, 2 archimandrites et 17 moines,

2. Diocèse de Tsagvéri: 70 églises et 1 monastère : Saourmé, avec 28 moines,

3. Tchaïssi-Bédia: 1 cathédrale, et 60 églises ; il n’existait pas de monastère, mais il y avait 4 moines.

En Gourie, il n’existait qu’un unique diocèse, l’ancienne métropole de Djoumati, avec siège à Ozourguéti, et un seul monastère, à Djoumati. L’influence de l’Église était grande, d’autant plus que le haut clergé se recrutait principalement dans les familles royales, les maisons princières régnantes, et la haute noblesse. Les principaux titulaires des sièges primatiaux, dans les deux royaumes et les principautés souveraines, occupaient une place d’honneur dans les conseils gouvernementaux. Ils représentaient la seule force stable et organisée du pays, et leurs revenus étaient relativement importants. L’instruction publique, pour autant qu’elle était organisée, était assumée par l’Église.

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On vient de voir le rôle important que joua l’Église dans la fondation de l’imprimerie en Géorgie et dans l’activité éditrice. Elle eut aussi, tout naturellement, une activité missionnaire.

On a fait état de l’action missionnaire des 13 pères syriens au VIe s, et notamment de St Abo, évêque de Tsilkani, qui prêcha parmi les montagnards païens d’au-delà de l’Aragvi.

Les « Annales de la Géorgie » rapportent que les Ossètes dépendaient depuis 696 du catholicos de Mtskhéta. Et on trouve des vestiges d’églises et de monastères dans le Caucase du Nord qui fut ensuite islamisé.

Dans le diocèse de Nékressi existait une école missionnaire. (cf. Khakhanov. « Ocherki po Istorii Grouzinskoy Slovenosti » fasc. 3, p. 331).

Profitant de l’avance russe dans le Caucase, Jean, évêque de Manglissi, quittant son diocèse, se rendit au Daghestan et y ouvrit une mission parmi les musulmans ; il se construisit une chapelle dans une hutte de branchages et d’argile. En 1737, il se rendit à Astrakhan au monastère de La Trinité, où il avait envoyé des montagnards convertis par ses soins pour y suivre le catéchisme. De là il revint avec quelques moines au Caucase, et se fixa à Kizliarsk, qui était un poste militaire russe avancé. Il y fonda un couvent pour assurer le catéchuménat des montagnards convertis.

En 1743 l’archevêque Joseph de Saméba, arrivé en Russie cette année là, l’évêque Jean de Manglissi, et l’archimandrite Nicolas, un géorgien également, supérieur du couvent de l’Apparition (Zniamensky) de Moscou, adressent un rapport à l’impératrice Elisabeth de Russie concernant la mission chrétienne en Ossétie. Le Saint-Synode envoya de Moscou à cet effet un groupe de missionnaires géorgiens : l’archimandrite Pacôme, 2 higoumènes, et 1 hiéromoine avec quelques clercs inférieurs. Cette mission convertit 2142 Ossètes à l’année 1769. Une école ossète fut ouverte à Mozdok en 1769. La mission ossète fut réorganisée en 1771 ; à sa tête fut placé un archimandrite russe, Lébédiev, 2 prêtres russes et un géorgien, 3 psalmistes russes et 2 géorgiens. La mission cessa ses activités en 1792. Une nouvelle mission, sur des bases entièrement russes, fut créée en 1825, après l’annexion russe.

Par le traité de 1783, au prix d’une certaine humiliation, Irakli II assurait l’unité territoriale de la Géorgie, car sans l’intervention du puissant empire russe et sa protection permanente (prix payé pour obtenir l’intervention), le pays était irrémédiablement et à bref délai partagé entre la Turquie et la Perse. L’autre avantage fondamental du traité de Guiorguievsk est qu’il sauvegardait l’orientation occidentale de la Géorgie, orientation fortement compromise par la chute de Byzance, la fermeture de la grande route commerciale terrestre vers la Perse, les confins méridionaux de la Chine et de l’Inde, et par l’isolation de la Géorgie sur l’échiquier international. Le christianisme restait alors le seul lien avec l’Europe, et précisément, le traité

 

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Monastère de Kintsvissi

 

écartait la menace religieuse de l’Islam. Le fait que plusieurs rois Bagration étaient passés à la religion musulmane, et qu’une portion notable des populations géorgiennes (Abkhazétie, la Gourie méridionale, et le Samtskhé) étaient à l’époque déjà islamisée, ne permettait pas de s’illusionner sur ce danger. Sans aucun doute possible, l’acte d’humilité d’Irakli II signant le traité de protectorat était bénéfique pour le pays. Mais, comme dans tout acte politique, l’assurance obtenue était relative. Elle n’écartait ni la menace d’une réaction immédiate violente des États musulmans voisins, ni les dangers futurs d’une absorption par l’État « protecteur ». Il s’agissait d’un pari qu’il appartenait à la nation de gagner, et c’est ce qu’il advint.

Agha Mohamed Khan, qui fut le dernier souverain perse d’envergure, envahit la Géorgie en 1795 avec des forces considérables. Il prit Tbilissi après la bataille désespérée de Krtzanissi (10 septembre 1795). Irakli II, qui perdait pour la première fois une bataille, dut s’enfuir avec une petite suite dans les montagnes, et la capitale fut saccagée férocement. Heureusement pour la Géorgie, Agha Mohamed Khan était assassiné en 1798, à l’âge de 80 ans..

 

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Annexion de la Géorgie par la Russie, et suppression anti canonique de l’autocéphalie de l’Église de Géorgie. Domination de la Russie impériale : 1800 – 1917

 

La tactique de la Russie fut de laisser « pourrir » la situation afin de s’assurer une mainmise totale sur le pays lorsqu’il serait réduit à la dernière extrémité. Et effectivement, le dernier roi de Géorgie, Georges XIII, fils et successeur d’Irakli II, fut amené à adresser une supplique en onze points dans laquelle la plupart des garanties obtenues par le roi Irakli étaient abandonnées. Le roi demandait à la Russie de reconnaître à son successeur le titre de Mtavar (Prince souverain) de Géorgie.

 Un « ukaze » de Paul I de Russie daté du 18 décembre 1800, et signé le 22 décembre, proclamait l’annexion de la Géorgie. Cet « ukaze » ne fut communiqué aux Grands du royaume qu’après la mort de Georges III survenue le 28 du même mois. Une ordonnance impériale prescrivait au général commandant au Caucase de placer la Géorgie sous l’autorité du Sénat russe en ce qui concerne les affaires civiles, et de soumettre l’Église de Géorgie au Saint-Synode de l’Église de Russie.

Le prince David, fils de Georges XIII, fut nommé gouverneur. Paul I de Russie mourait tragiquement le 12 mars 1801. Alexandre I lui succédait, et après quelque hésitation, sur rapport du général commandant au Caucase, par un « Manifeste solennel » daté du 12 septembre 1801, annexait le royaume de Géorgie à l’Empire de Russie. Le prince David avait été auparavant démis de ses fonctions.

En peu de temps, la Géorgie perdait pour la première fois de sa longue Histoire tous les vestiges de sa souveraineté. La dynastie des Bagration, une des plus anciennes maisons régnantes de la chrétienté, était dépossédée non seulement de son royaume et de ses fonctions, mais aussi du titre royal, et ses membres se voyaient octroyer des Romanov de Russie le titre de « Princes Illustrissimes », titre qui n’était pas réservé aux princes de sang royal. Le pays lui-même fut directement incorporé au territoire russe sous forme de simples divisions administratives, les trois provinces de Tiflis, de Koutaïs, et de la Mer Noire. Le processus d’assimilation territorial appliqué fut identique pour toutes les parties de la Géorgie.

Ainsi, un traité de protectorat était suivi de l’annexion impliquant l’exil en Russie du roi et du prince régnant avec leurs familles.

Salomon II d’Imérétie signait un traité de protectorat en 1804, mais fut amené à s’allier aux Turcs pour combattre les Russes qui annexaient son royaume en 1810. Le roi dut se réfugier en Turquie, où il mourut à Trébizonde en 1815. Les années séparant le protectorat de l’annexion étaient marquées par des manœuvres et des menées diplomatiques et militaires, et par des soulèvements populaires durement châtiés.

En Mingrélie, le protectorat établi le 2 décembre 1803, fut suivi de l’annexion en 1857 (manifeste impérial du 1er août).

 

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En Gourie, les dates respectives sont le 3 juillet 1804, et 1830. En Svanétie, le protectorat fut établi en 1833, et l’annexion suivit en 1857. L’Abkhazie fut placée sous protectorat le 17 février 1810, et annexée en 1864. L’autocéphalie de l’Église de Géorgie fut rapidement supprimée sans autre forme de procès, par simple décision impériale ! En 1810, le catholicos Antoine II, fils d’Irakli II, fut appelé en Russie avec droit de siéger au Saint-Synode au 8e rang parmi les évêques russes. Dès 1811, il était mis à la retraite. Il ne fut pas remplacé comme catholicos.

Mais sur rapport du général commandant au Caucase Tormassov, et de l’archevêque géorgien Varlaam Eristavi, rapport confirmé par l’empereur Alexandre I le 30 juin 1811, l’Église de Géorgie était réorganisée en Exarchat. Le premier Exarque fut l’archevêque Varlaam Eristavi: il fut mis à la retraite 6 ans plus tard. Les 18 Exarques suivants furent tous russes ; les 4 premiers portaient le titre de métropolite, les autres furent archevêques.

Après un siècle de domination russe, en 1900, il y avait dans l’Exarchat de Géorgie, 4 diocèses :

1. de Kartlie-Kakhéti, gouverné par l’Exarque assisté de 2 suffragants de Gori et d’Alaverdi, avec 576 paroisses pour 374405 habitants,

2. d’Iméréti avec 496 paroisses pour 478290 habitants,

3. de Gourie-Mingrélie avec 352 paroisses pour 321952 habitants,

4. de Soukhoum (Abkhazie) avec 103 paroisses pour 103750 orthodoxes.

 En tout, il y avait 1527 paroisses pour 1278487 orthodoxes, comptant 62 archiprêtres, 1647 prêtres, 231 diacres, et 1805 clercs inférieurs (psalmistes). En 1913, on comptait 2055 paroisses.

Il y avait 27 monastères d’hommes avec 1098 moines, et 7 monastères de Femmes avec 281 moniales. La majeure partie des 1379 moines et moniales étaient des Russes.

Le séminaire de Tiflis, fondé en 1817, comptait 177 élèves en 1902. Celui de Koutaïssi, ouvert en 1894, comptait 206 séminaristes en 1902; il fut fermé par la suite, pour « non-conformisme irréductible » Dans les deux séminaires près de la moitié des élèves étaient des non cléricaux.

Si l’Exarque était russe, de même que l’évêque de Soukhoumi, par contre les 4 autres évêques étaient géorgiens, et ceci préservait la possibilité d’une restauration ultérieure de l’autocéphalie.

Une politique d’assimilation était systématiquement poursuivie par la puissance occupante, tant sur les plans politique et culturel, que dans le domaine religieux. Des protestations et des démarches répétées ne permettent en aucune façon d’invoquer l’excuse de la prescription ou de l’accord tacite. Et l’idée d’une restauration de l’autocéphalie ne disparut jamais. Le 11 octobre 1907, la noblesse géorgienne (la noblesse constituait dans l’empire russe un corps représentatif) présentait au vice-roi du Caucase une lettre collective

 

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demandant le rétablissement de l’autocéphalie de l’Église de Géorgie : sa suppression était indiquée comme la cause principale de la décadence de la vie religieuse dans le pays.

Dans le cadre de la préparation à un concile plénier de l’Église de Russie, le Saint-Synode créa une sous-commission pour examiner la situation de l’Exarchat de Géorgie. La séance du 19 janvier 1906 réunit, sous la présidence du métropolite Vladimir de Kiev, l’Exarque de Géorgie, l’évêque d’Orlovsk, Kirion Sadzaglichvili, l’évêque d’Imérétie Léonide Okropiridzé, le procureur – civil- du Saint-Synode et son adjoint.

La structure même de l’Exarchat fut jugée peu conforme à la tradition canonique, car elle dépossédait les évêques de leurs droits légitimes au profit du bureau de l’exarchat. Les évêques ne pouvaient même pas délivrer de leur propre autorité les certificats du registre de la population baptêmes, mariages, enterrements. L’instruction religieuse était jugée notoirement insuffisante, et on constatait que l’incroyance se répandait dans la classe cultivée de la société ; on dénonçait nommément la propagation des idées de la social-démocratie (marxisme). Diverses mesures de réforme furent préconisées. Mais les deux membres géorgiens de la réunion, les évêques Kirion et Léonide, présentèrent chacun un avis motivé particulier ; les deux lettres sont datées du 3 février 1906, et les deux évêques y dénonçaient le caractère fragmentaire des palliatifs proposés, et réclamaient le rétablissement de l’autocéphalie de l’Église de Géorgie comme seul moyen de satisfaire les aspirations des croyants géorgiens.

Dans l’empire théocratique russe, théocratie quelque peu laïcisée depuis les réformes de Pierre le Grand, l’Église, dans son aspect visible, dans sa structure administrative, et, pour une large part, dans ses activités, était intégrée dans l’appareil de l’État. Rien d’étonnant, dès lors, que l’Exarchat instauré en Géorgie fût réduit à un rôle d’instrument de la politique d’assimilation poursuivie par la puissance occupante ; l’instrument politique essentiel en était le vice-roi du Caucase et sa chancellerie, installés à Tiflis pour l’ensemble des territoires caucasiens.

L’opposition au régime tsariste, (absolutisme gouvernemental et théocratie), était générale dans « l ‘intelligentsia », l’élite intellectuelle, dans tout l’empire russe. Une grande partie de l’intelligentsia, dans sa lutte révolutionnaire, adopta une attitude d’hostilité vis à vis de l’Église, mais, sans parler de la lutte purement politique, parmi les peuples subjugués l’opposition impliquait également la réaction d’une conscience nationale.

Jusqu’en 1905, les émigrés géorgiens en Europe occidentale, en Suisse et en France surtout, étaient les seuls en mesure de parler ouvertement d’indépendance nationale.

Dans le pays même, le problème national était cristallisé autour de la question de l’autocéphalie, et d’une manière générale, autour de la défense de l’Église « nationale » - pour autant que les deux termes puissent aller ensemble: dans l’esprit de beaucoup, ils se confondaient, en fait. Il ne s’agissait pas, dans ce

 

 

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domaine, de souvenirs historiques, mais d’une réalité non encore réduite, et qui était combattue par le gouvernement théocratique russe, avec quelque mauvaise conscience: le tabou qui frappait la question nationale ne pouvait qu’être relatif sur le terrain ecclésiastique. Néanmoins, même dans ce domaine, la lutte était vive des deux côtés. Dans les villes le culte tendait de plus en plus à être célébré en slavon, les monastères passaient aux mains des moines ou moniales russes. Le célèbre couvent de Bobdé, où l’on vénérait la tombe de Sainte Nino, était entièrement aux mains de moniales russes qui firent détruire en 1889 l’ancien bâtiment géorgien, pour le reconstruire dans un style plus conforme aux normes architecturales ecclésiastiques russes… L’affrontement fut intense dans les deux séminaires du pays, entre les pensionnaires, tous géorgiens, et la direction russe.

En 1866, le recteur du séminaire de Tiflis, l’archiprêtre Tchoudetsky, fut assassiné par un séminariste. L’Exarque, dans son oraison funèbre s’était laissé aller à des outrances de langage, et le maréchal de la noblesse de la province de Koutaïs, D. Kipiani, protesta par lettre ouverte, exigeant le départ du pays de l’hôte, qu’il jugeait abusif. Il fut déporté et mourut assassiné en 1887. En 1908 l’Exarque Nikon fut tué. Le séminaire de Koutaïssi fut définitivement fermé pour cause de « mauvais esprit » au regard de l’administration. Ce furent des cas extrêmes, mais ils sont symptomatiques d’une tension qui était permanente, et qui ne fut jamais résorbée.

La question de l’autocéphalie suscitait une assez vivante polémique. Pour ses démarches auprès du Saint-Synode et pour ses écrits, l’évêque de Gori Kirion, qui devait par la suite devenir catholicos-patriarche, fut déplacé en Russie en 1909, et consigné dans un monastère de la province de Koursk; il devint ensuite pour un temps évêque de Vitebsk. Il en fut de même pour l’archimandrite Antoine Khélaya, également futur catholicos-patriarche : exilé avec l’évêque Kirion, il devint ensuite pour un temps abbé du monastère de Staraïa Roussia, dans la province de Novgorod.

L’adversaire le plus acharné de l’autocéphalie de l’Église de Géorgie fut l’archiprêtre Vostorgov, orateur et publiciste de talent, mais d’un nationalisme étroit et agressif; il fut déplacé en Russie même, et fut tué par les Bolchéviks en 1918, à St Petersbourg.

Un membre éminent de l’intelligentsia dite « avancée », le savant linguiste Nicolas Marr lui donna la réplique, et, tout en gardant ses distances vis à vis de l’Église, prit la défense des partisans de l’autocéphalie, et en même temps celle de la culture géorgienne niée par le fougueux archiprêtre. (« Histoire de la Géorgie, essai historico-culturel en réponse au discours de l’archiprêtre J. Vostorgov sur le peuple géorgien ». St Petersbourg 1906).

Le côté négatif et formel exposé plus haut ne doit pas faire oublier l’activité de l’Église dans le domaine propre de la foi.

 

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L’Église qui avait la charge d’assurer l’instruction dans toutes les écoles de l’État, possédait en outre ses propres écoles. Au 1er janvier 1899, on comptait: 381 écoles paroissiales (à 1 classe de 3 années, et à 2 classes de 4 années), enseignant à 13084 garçons, et 3986 filles, et en plus 182 écoles « d’alphabétisation » (« chkoly gramoty »), avec 5807 enfants des deux sexes.

Outre les 2 séminaires pour la formation des prêtres, il y avait encore 6 écoles diocésaines de garçons, et 2 de filles, assurant l’instruction secondaire des enfants des familles cléricales.

La mission chrétienne en Ossétie fut ouverte dans l’Exarchat en 1815, prolongeant l’ancienne mission géorgienne du siècle précédent sur de nouvelles bases. De 1815 à 1882, la mission convertit 60895 Ossètes et Montagnards caucasiens.

Au 1er janvier 1828 la Commission Missionnaire d’Ossétie dirigeait 67 paroisses.

L’archevêque Gaïoz Baratachvili, évêque de Mozdok, et par la suite, d’Astrakhan, composa en langue ossète, en adoptant l’alphabet slavon, un livre de prières avec un catéchisme abrégé.

Jean Algounidzé traduisit en Ossète la liturgie et les offices de baptême, mariage, et d’enterrement. Il publia son oeuvre dans les langues ossète et géorgienne parallèlement. Il traduisit également l’Evangile.

Une Société pour le rétablissement du Christianisme Orthodoxe au Caucase fut fondée en 1860, un an après la reddition du célèbre chef Montagnard Chamil. En 1884 la société gérait 137 paroisses, dont 20 en Abkhazie, 17 en Samourzakan, 14 en Svanétie, 54 en Ossétie, 19 en Touchétie-Pchavie, 4 en Zakatal et Inguilo, 5 dans la région d’Akhaltsykhé, 4 dans la région d’Erivan. En 1886 fut fondé à Tbilissi un séminaire pédagogique, et en 1863 à Vladikavkaz, une école de filles pour la formation d’institutrices d’écoles primaires. En 1887, au village d’Ardon dans la région de Térek, fut créée une école cléricale ossète, réorganisée par la suite en séminaire missionnaire pour la formation de prêtres et d’instituteurs ossètes. L’archiprêtre géorgien Dimitri Gourguénidzé, pour sa part, se distingua par son action missionnaire parmi les nestoriens, de la tribu des Aïssores émigrés de Perse, qui furent convertis à l’orthodoxie.

L’activité éditrice de l’Exarchat était réduite, mais des livres liturgiques géorgiens s’imprimèrent jusqu’en 1863 à Moscou, et ensuite à Tiflis. Ainsi, dans la typographie du vice-roi du Caucase, fut composé un livre de prières. L’administration exarchale procédait à la publication des livres liturgiques par soumission d’offres, ainsi l’Horologe à la typographie Mélikov, en 1872 (1200 exemplaires), tandis que la maison Khéladzé publiait en 1884 l’Horologe, le Missel, et un livre de prières, et en 1893, un nouvel Horologe (2412 exemplaires), un Missel (1212 exemplaires), le Triodion, et l’Évangile, avec les Épîtres (1612 exemplaires).

 

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L’Exarchat avait son organe officiel, « Le Messager ecclésiastique de Géorgie », un mensuel en géorgien avec supplément en russe, paru depuis le 1er juillet 1864, jusqu’en 1903. La rédaction en était établie au séminaire de Tiflis. Il y avait en outre deux journaux ecclésiastiques libres : « Mtskhémsi » (le Pasteur), paraissant à Tiflis et rédigé par l’archiprêtre Gambachidzé, et « Gantiadi », (l’Aube), à Koutaïs. Il faut aussi mettre au crédit de l’Exarchat l’impression de la Bible géorgienne et plusieurs tentatives d’une révision générale de celle-ci.

On se rappelle que le roi Artchil, fils de Vakhtang V, mort à Moscou en 1712, révisait un manuscrit géorgien de la Bible d’après la Bible slavonne (!), et complétait ainsi les passages manquants : le Siracide et les Macchabées en entier. Tout comme la Bible slavonne, la Bible géorgienne révisée par le roi Artchil mettait la division en versets. L’héritier du trône, Bakar, avec l’aide d’une commission présidée par son frère le prince Vakouchti, corrigeait le travail du roi Artchil, et l’imprimait à Moscou en 1743. C’est cette version que Vakhtang VI entreprit d’imprimer à Tbilissi dans l’imprimerie qu’il y fonda. Il publia ainsi une partie du Livre des Prophètes, le Psautier, et le Nouveau Testament, mais il ne put aller plus loin. La dernière édition de cette Bible fut réalisée à Tbilissi par l’éditeur Khéladzé en 1884 (2400 exemplaires).

Mais en 1849 l’Exarque Isidore institua une commission pour la révision de la Bible selon le manuscrit du monastère des Ibères du Mont Athos. La commission comprenait: l’évêque Nicéphore de Gori, et l’historien P. Josséliani, parmi d’autres. -P. Josséliani fut envoyé en mission au Mont Athos pour établir une copie du manuscrit. Il en fit trois : une pour l’évêque d’Imérétie David Tsérétéli, une pour le prince L. Dadiani, et une pour la cathédrale de Sioni à Tbilissi, l’église de l’Exarque.

L’Exarque Eusèbe (1858-1877) institua une nouvelle commission avec le même objet sous la présidence de l’évêque de Gori, Guéronti Patitachvili.

En 1896 une autre commission fut instituée sur l’initiative de l’archiprêtre P. Koutchouev. Elle fut présidée par l’archimandrite Léonide, qui devint par la suite évêque d’Imérétie et plus tard catholicos de Géorgie. Pour l’année 1901, la commission eut le temps de préparer les 2 premiers Livres du Pentateuque. La commission avait à sa disposition 8 variantes : la copie du manuscrit athonite conservé à la cathédrale de Sioni, la Bible de Bakar de 1743, une Bible de la cathédrale de Télavi, la Bible de Khéladzé de 1884, une variante de Mtskhéta (XVI-XVIIe s.), et 2 anciens manuscrits qui contenaient le Siracide et les Macchabées. Mais tous ces efforts dans l’indispensable travail de révision de la Bible géorgienne ne purent être menées à leur terme : la faute en est moins dans l’intention, comme on vient de le voir, mais dans l’absence de moyens de travail, et principalement dans l’absence d’institutions supérieures p our les études géorgiennes, qui seules auraient pu incarner une université géorgienne refusée par la puissance occupante.

 

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Voici pour mémoire les éditions du Nouveau Testament: Les 4 Evangiles en 1709 à Tbilissi, en 1739 à Moscou, 1791, 1817 à Satchkhéré, 1823 à Moscou, 1864, 1890, 1898; le Nouveau Testament en 1816 à Moscou, 1818 à Saint Petersbourg, 1874, 1879, 1904, et 1912.

La question du monastère des Ibères au Mont Athos préoccupait la conscience nationale.

Une première tentative de déposséder les géorgiens de leur monastère national eut lieu en 1353. Les moines grecs prirent possession de l’église principale, et se firent octroyer par le patriarche œcuménique Calliste une charte par laquelle l’abbé et l’ecclésiarque du monastère devaient être nommés parmi les grecs, pour cause « d’incapacité des géorgiens » (!). Mais le patriarche Calliste fut bientôt déposé, et sur un acte daté de 1363, par lequel le protos Dorothée cédait au monastère russe de S. Pantéléimon le monastère Kapari, on lit parmi les signataires « moi, l’abbé du monastère des Kartvels, Dimitri » en géorgien. En 1592 le roi de Kakhétie Alexandre fit don de 12000 roubles avec lesquels le monastère put payer ses dettes aux Turcs. (« Journal Ministirtsva Narodnogo Prosvéchtchénia » ou « Journal du Ministère de l’Education Nationale », 1836, t.40, article de Brosset: « la situation religieuse en Géorgie au XVIIe s. »).

Au début du XVIe s, le prince régnant d’Akhaltsikhé Kaïkhosro et son fils Mzétchabouk, construisirent l’église mineure avec coupole dans laquelle se trouve l’icône de la Portaïtissa, icône qu’ils ornèrent d’un revêtement précieux.

En 1565, le géorgien Tamaz, fils du prince Bakar, restaura l’église de la Portaïtissa, qui se trouve dans une tour du monastère des Ibères. En 1680 le prince Achotan Moukhran-Bagration fonda une nouvelle église où l’on transporta l’icône miraculeuse. (En 1648 une copie en fut faite pour le tsar Alexis Mikhaïlovitch, et envoyée en Russie ; le tsar fit construire une chapelle à Moscou pour l’abriter « Iverskaïa Tchassovnia ». En 1801 les moines grecs évincèrent les moines géorgiens, et déclarèrent le couvent « monastère idiorythmique », alors qu’il avait toujours été communautaire.

De 1821 à 1830, les moines grecs abandonnèrent le couvent par crainte des Turcs. Seuls les moines géorgiens y restèrent, et parmi eux Hilarion et Bénédict, qui intercédèrent pour le couvent, ainsi que pour d’autres, auprès du commandant des troupes turques occupant le Mont Athos, Labout Pacha, d’origine géorgienne.

En 1834 les moines grecs revinrent et s’emparèrent complètement du couvent. Ils transférèrent le hiéromoine Bénédict et 4 autres moines géorgiens dans la cellule du Saint Prophète Elie, aux abords du couvent. Les moines géorgiens gardaient le droit de célébrer dans la chapelle de la Portaïtissa, et recevaient leur subsistance du couvent. Mais à la mort du hiéromoine Bénédict en 1861, le sort des moines géorgiens se détériora encore, sans

 

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doute du fait qu’il ne restait plus de hiéromoines. Quelques interventions d’agents diplomatiques russes auprès du patriarche œcuménique, qui se récusa après discussion et auprès des moines grecs du couvent des Ibères, restèrent sans effet. Les Grecs se montrèrent intraitables. Lors d’une discussion ils quittèrent la salle de réunion, déclarant, devant la menace du diplomate russe, qu’ils préféraient voir cesser les libéralités du gouvernement russe et des fidèles de Russie, plutôt que de transiger sur leurs « droits ». Sur ces entrefaites se place l’action d’un noble mingrélien, Vakhtang Barkalaya. Lors d’une première visite au Mont Athos, il trouva 4 moines géorgiens vivant dans des cellules éparses près du couvent des Ibères. A son retour il exposa la situation à l’évêque d’Imérétie Gabriel Kikodzé qui l’exhorta à accepter la tonsure, et à se rendre au Mont Athos pour s’y fixer. Muni d’une lettre de recommandation signée par trois évêques géorgiens : Gabriel d’Imérétie, Tarassy de Mingrélie, et Gabriel de Gourie, il rassembla des fonds de partout. Tonsuré au nom de Bénédict, il se rendit au Mont Athos avec 12 géorgiens qui acceptèrent également la tonsure. Le hiéromoine Bénédict acheta non loin du monastère des Ibères, pour 3000 roubles, le couvent en ruines de S. Jean le Théologien, et le reconstruisit en l’agrandissant.

Il importe de bien situer le problème que pose aux Géorgiens le monastère athonite fondé par leurs pères. Il n’est pas opportun de se disputer sur la propriété entre moines, et surtout sur la Montagne Sainte, d’autant plus que les biens et propriétés du couvent de l’Athos ont été liquidés dès avant la Révolution de 1917. Il n’y a pas et ne peut pas y avoir de propriétaire privé pour les monastères. La terre appartient à l’État grec, puisque le Mont Athos se trouve dans un territoire hellène. Quant à la charge de protection des couvents devant les autorités du siècle, c’est au Patriarche Œcuménique qu’elle revient, en accord avec la direction collégiale des 20 monastères.

L’intérêt, le souci, et la préoccupation des Géorgiens doivent se limiter à assurer une représentation géorgienne adéquate sur la Montagne Sainte, et tout naturellement dans le couvent que les empereurs byzantins, par des chrysobulles, leur ont réservé. Après la restauration d’une vie ecclésiale normale dans le pays, et un indispensable renouveau monastique authentique, on pourra songer à envoyer des moines géorgiens au couvent des Ibères du Mont Athos. Quel intérêt moral ou matériel aurait-on à leur en refuser l’accès ? Bien au contraire, tout un peuple à majorité orthodoxe aura à cœur de soutenir l’existence du couvent, et à assurer au mieux la subsistance de tous les moines qui les peupleront sans distinction de nationalité, comme ce fut d’ailleurs en général le cas naguère. Une présence de moines de divers pays au Mont Athos, fleuron monastique du siège œcuménique, est éminemment souhaitable pour le témoignage et la réalisation de l’unité du monde orthodoxe. Les couvents athonites, foyers d’une spiritualité toujours renouvelée et en contact avec les pays respectifs, sauront, avec l’intensité de vie spirituelle des moines, faire rayonner l’unique tradition orthodoxe.

 

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Le XIXe s. en Géorgie : les nouvelles orientations de la conscience nationale

Le XIXe s. fut par excellence le siècle de la « révolution industrielle ». Au cours de ce siècle l’humanité fit un bond en avant prodigieux, sans commune mesure quant à la rapidité du processus (d’où la qualification de « révolution ») avec le développement historique des millénaires précédents, dans les domaines de la science et de la technique, et par voie de conséquence, dans les ceux de la production et de la diffusion des biens, et celui de la démographie.

En attendant l’ère de l’énergie nucléaire et des investigations interplanétaires, le XIXe s. fut le siècle de la découverte des sources de l’énergie industrielle : charbon, pétrole, électricité. Ce fut aussi, par contre-cause, celui de l’apparition du socialisme. D’autre part, on assiste, dès le début du siècle, au réveil des nationalités. Parmi les peuples assujettis beaucoup parvinrent à se libérer. Dans d’autres cas, comme dans celui de la Géorgie, parmi les peuples assujettis, certains peuples surent se hausser au niveau supérieur atteint par la portion la plus évoluée de l’humanité : ils se forgèrent une conscience nationale « rénovée », à la dimension de leurs nouvelles responsabilités historiques, et n’attendirent qu’une occasion pour manifester leur maturité et effectuer leur rentrée sur le devant de la scène de l’Histoire. Le peuple géorgien y avait d’autant plus de mérite que le pays avait été disloqué dès les XIV-XVe s. et maintenu, depuis, dans un état de morcellement: d’abord par les puissants empires médiévaux turcs et persans, ensuite, à partir de 1801, par l’empire russe, dont l’emprise ne se desserra qu’à la révolution de 1905 qui développa un régime monolithique qui fit chanceler le colosse. Au cours de ce siècle, la nation parvint à reconstituer de l’intérieur, par les seules ressources de son seul dynamisme, son unité, condition essentielle de survie historique. Cette unité ne fut pas un simple retour en arrière, un rêve romantique alimenté par le souvenir d’un passé révolu, rêve qui se serait fortuitement réalisé. L’unité fut le fruit d’un effort persévérant, créateur de valeurs nouvelles dans le domaine culturel, base et fin de toute conscience nationale valable.

Cependant, le développement industriel et commercial fut, en Géorgie, assez lent. Les domaines d’activités de ce développement se situèrent principalement dans : l’industrie et commercialisation du pétrole de Bakou (capitale de l’Azerbaïdjan) par le pipe-line Bakou-Batoum (port géorgien), exploitation de forêts étendues aux essences variées, extraction et exportation du minerai de manganèse, dont la Géorgie fut la plus forte exportatrice mondiale, chemin de fer transcaucasien Bakou-Batoum basé sur Tbilissi, avec ses industries connexes.

Bien que la participation proprement géorgienne dans la gestion au sommet de ces activités ait été réduite – sauf en ce qui concerne le manganèse

 

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– le mouvement, néanmoins, mettait en valeur le territoire et activait le développement de la population.

Un système bancaire, et de coopératives agricoles et principalement vinicoles, permit vers la fin du siècle, de desserrer quelque peu l’étreinte étrangère sur l’économie nationale.

Le développement culturel devançait l’expansion économique ; il guidait la conscience nationale et la déterminait. Certaines de ses manifestations étaient nouvelles. La presse, par exemple, compta de nombreuses publications en langue géorgienne, langue demeurée facteur essentiel d’unité. Edités à tirage limité, les périodiques géorgiens s’adressaient à une élite dont ils entretenaient la ferveur nationale. D’autre part ils diffusaient les grands courants d’idées et d’opinions qui se faisaient jour en Europe, donnant ainsi à la nation une orientation occidentale rénovée. Les publications religieuses en langue géorgienne furent rares, mais citons les périodiques ecclésiastiques : Tskhemsi – le Pasteur, édité à Tbilissi, et Gantiadi – l’Aube, édité à Koutaïssi.

Le développement de la presse cristallisa deux courants de pensée qui s’affrontèrent en une sorte de « querelle des anciens et des modernes », querelle à laquelle échappèrent peu de groupes culturels, ce qui est symptomatique d’une crise de croissance. Dans les années soixante du XIXe s, quelques jeunes géorgiens de familles aisées : Ilya Tchavtchavadzé, Akaki Tsérételi, Nico Nikoladzé, suivis plus tard par d’autres, montaient à la capitale impériale russe pour y entreprendre leurs études universitaires. Là, ils faisaient la rencontre de l’intelligentsia révolutionnaire russe conduite par Tchernichevsky et Dobrolioubov, avec leur journal « Sovrémennik ». La lutte idéologique menée par l’intelligentsia russe avait un caractère général, une ouverture et une résonnance universelles, et par là un côté généreux, qui enthousiasmèrent les jeunes géorgiens. De retour au pays, ils furent amenés à exposer les idées nouvelles qu’ils avaient assimilées. Conscients de leur parenté idéologique, ils se désignèrent du nom collectif de « Tergdaléouli », ce qui signifie « ceux qui ont bu l’eau du Térek », fleuve marquant la frontière extrême vers la Russie. Or celle-ci était devenue, qu’on le veuille ou non, la nouvelle voie d’accès vers l’Europe, en remplacement de Byzance. Ce qu’en fait les jeunes géorgiens étaient venus trouver dans le milieu intellectuel et universitaire de la capitale russe, c’était, l’instinct et la tradition nationale les poussant, la civilisation occidentale. Or cette civilisation se déterminait en fonction de la gigantesque « révolution industrielle » en cours en Europe et en Amérique du Nord.

C’est Ilya Tchavtchavadzé qui prit l’initiative de manifester le nouveau courant de pensée, d’amorcer en fait le virage national vers la nouvelle Europe. Il publiait en 1861 dans le journal littéraire Tsiskari, d’orientation d’ailleurs conservatrice, un article de circonstance : « Quelques mots au sujet de la traduction de « L’insensé » de Kozlov par le prince Révaz Eristavi ». Ilya Tchavtchavadzé préconisait la transformation de la langue littéraire

 

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dont le langage courant s’était notablement éloigné. L’article provoqua des répliques. Ilya Tchavtchavadzé publia une « Réponse » plus critique encore. En 1874 G.Orbéliani publia une poésie « Réponse aux enfants ». Ilya Tchavtchavadzé répliqua par une « Réponse à une réponse ». La polémique s’était développée et avait pris un caractère général dégageant deux courants de pensée. Les conservateurs, paladins du « fixisme » caractéristique de traditionalistes attardés, étaient groupés autour du journal « Tsiskari », où, au début, écrivaient également les novateurs, en attendant la fondation de leur journal propre « Sakartvélos Moambé » (« Le messager de la Géorgie »).

En 1869, parmi les Tergdaléouli, il se forma, sous la conduite de G.Tsérétéli et Nico Nikoladzé (1843-1928) un groupe particulier qui s’intitula « Méoré Dassi » (« deuxième groupe »), qui était axé sur l’intensification du commerce et de l’industrie comme condition de la rénovation nationale.

Dans les dernières années du siècle (1897), apparut un troisième groupe, « Mésamé Dassi », radicalement révolutionnaire, encore que cantonné dans le débat d’idées : les marxistes « légaux » (c.à.d. non clandestins).

Pour l’historien de l’Église, le fait à noter est l’absence quasi totale de préoccupations religieuses dans ce débat d’importance majeure pour l’orientation de la conscience nationale. Les hommes d’Église n’y prirent aucune part, sinon individuellement et sans qu’on en puisse citer une personnalité quelque peu marquante. Toute l’opposition ecclésiastique au régime établi se cristallisait autour du problème de l’autocéphalie, problème de caractère formel, impuissant à lui seul à susciter un mouvement idéologique créateur. Notons encore que le marxisme introduisit dans la vie nationale une note antireligieuse nette, encore que peu virulente du fait même de l’absence de « l’Église officielle » sur le forum.

Autre phénomène nouveau, les partis politiques dont l’audience assez réduite dans le pays même ne fut pas sans efficacité sur le plan de l’empire russe. Le parti socialiste-fédéraliste géorgien militait pour autonomie de la Géorgie dans le cadre d’un empire fédéral sous l’égide de la Russie. Seules quelques individualités, dont la plupart durent s’exiler, osaient réclamer l’indépendance totale. Les fédéralistes ne rompaient pas avec les structures traditionnelles.

Plus radical dans ses méthodes, le parti socialiste-révolutionnaire, bien qu’il ne se fut pas détaché en Géorgie même de l’organisation pan russe de ce parti, admettait néanmoins l’existence des minorités nationales, comme celles de Pologne, Finlande, et Géorgie.

 

Le parti social-démocrate de la 2e internationale se situait à l’extrême gauche. Seul parmi les partis politiques il débordait dans une certaine mesure le cadre de la classe intellectuelle : écrivains, journalistes, fonctionnaires, étudiants, et touchait la classe ouvrière. Cette dernière était infime en Géorgie, et assez localisée : Tbilissi avec son arsenal militaire, et ses ateliers et dépôts

 

 

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de chemin de fer, le port de Batoum, la région minière de Tchiatoura (manganèse). Mais, issus de la paysannerie, et demeurés à moitié paysans, les ouvriers géorgiens gardaient un contact étroit avec la population rurale, de loin la plus nombreuse dans le pays. Cependant, les dirigeants de la social-démocratie en Géorgie étaient intégrés directement au parti social-démocrate russe, adhérant à l’idéologie marxiste strictement internationaliste qui se mouvait dans une perspective mondiale indifférenciée en faveur de la seule classe ouvrière. Ils refusaient de faire de la question nationale un objectif majeur et déclaré de leurs revendications politiques, et étaient a priori méfiants, sinon hostiles, envers les structures traditionnelles et notamment envers l’Église.

Il faut reconnaître qu’une fraction de la société était loyale envers le régime tsariste établi. Beaucoup parmi les nobles, les fonctionnaires, les militaires, les ecclésiastiques, se croyaient, en conscience, obligés d’être de loyaux sujets, du fait qu’ils acceptaient les avantages du régime, soit encore de par leurs convictions personnelles religieuses ou politico-sociales : monarchie de droit divin, orthodoxie déclarée religion d’État, noblesse constituée en corps représentatifs, armée idéologiquement intégrée dont les officiers juraient personnellement fidélité à l’empereur… Comme toujours, une importante partie de la société acceptait passivement l’état de fait, et s’en accommodait avec profit.

Vers les années 1900, sous l’impulsion d’Ilya Tchavtchavadzé et de l’économiste et homme d’affaires marquant Nico Nikoladzé, put se constituer le parti national-démocrate, de tendance traditionnaliste et nationaliste avec une ouverture sociale.

Le travail culturel fut assumé systématiquement sur le plan national par un certain nombre de sociétés qui marquèrent une réaction spontanée de la conscience nationale ? Il s ‘agissait en premier lieu de pallier à la carence voulue par la puissance occupante en ce qui concerne la langue nationale. L’école officielle était un instrument de russification: la part réservée à la langue « régionale » y était réduite à l’extrême et l’enseignement de l’histoire nationale était strictement interdit. Au moins aurait-on eu avantage à fixer dans le pays même la source de l’instruction. Mais les démarches entreprises en vue de la création d’une université (fut-elle russe) à Tbilissi furent rejetées, sans plus.

Une « Société pour la diffusion de l’instruction parmi les Géorgiens » était constituée en 1877, et elle groupait l’élite intellectuelle de tout le pays. La Société fondait ou subventionnait des écoles, des théâtres, des bibliothèques. Elle créait un musée historique, et une bibliothèque de manuscrits et documents anciens. Elle éditait des manuels, et dispensait des bourses aux étudiants géorgiens dans les universités russes et européennes. Le budget annuel de la société s’élevait à 900000 roubles, soit 520000 francs, en 1914. C’était une sorte de ministère de l’instruction publique nationale avant la lettre.

 

 

 

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La société des nobles du gouvernement de Tiflis possédait deux gymnases (lycées) à Tbilissi, un pour les garçons, et un pour les filles. La noblesse du gouvernement de Koutaïssi y entretenait un gymnase. La société des dames géorgiennes dirigeait à Tbilissi une école professionnelle gratuite pour jeunes filles.

La société géorgienne d’Histoire et d ‘Ethnographie possédait un musée à Tbilissi, et éditait des documents anciens. Il existait une société similaire à Koutaïssi.

Des sociétés d’art dramatique fonctionnaient à Tbilissi, Koutaïssi, et à Batoum.

Une société philarmonique à Tbilissi recueillait les chants populaires, et dirigeait une école de musique.

Parmi les principaux artisans de la conscience nationale retrempée aux nécessités nouvelles, il y eut les écrivains : poètes, romanciers, dramaturges, dont l’audience était traditionnellement grande auprès du peuple géorgien. D’autre part des savants se penchaient sur l’étude du passé glorieux du pays asservi, tandis que des pédagogues renouvelaient l’enseignement de la langue nationale.

Parmi les écrivains, la première place revient à Ilya Tchavtchavadzé « souverain non-couronné » de la Géorgie (1837-1907). Sa popularité est telle qu’actuellement encore il est souvent désigné par son prénom seul. Il fut à la fois poète, nouvelliste, romancier, et publiciste. Il fut profondément national, à la fois traditionaliste et progressiste, et n’ayant en vue que le seul bien de la nation, le service du peuple tout entier. Un de ses plus grands mérites fut, de concert avec le poète mélodieux Akaki Tsérétéli, et le poète populaire Vaja Pchavéla, d’avoir élevé à la dignité de langue littéraire le langage courant de son temps. Auparavant, on usait d’une langue archaïque, proche de l’ancienne littérature ecclésiastique, encore compréhensible, mais devenue sclérosée et d’un maniement malaisé pour les nouvelles couches de l’élite intellectuelle. Ilya Tchavtchavadzé peut légitimement être appelé le « père » du géorgien littéraire moderne : il avait le premier posé la question et ouvert une polémique dans le journal Tsiskari en 1861.

Les historiens, archéologues, et philologues étaient d’orientation religieuse, soit à cause de leurs antécédents : plusieurs sortaient du séminaire, soit par suite des matières étudiées qui se rapportaient au passé religieux de la Géorgie. Citons les historiens P. Josséliani, T. Jordania, D. Bakradzé, S. Djanachvili, le philologue et lexicographe D. Tchoubinachvili, l’hagiographe M. Sabinini (« Le Paradis de Géorgie » St Petersbourg, 1852). Si leurs méthodes d’investigation laissent encore à désirer surtout à cause de l’état incomplet, à l’époque, des instruments qu’ils avaient à leur disposition, leur honnêteté intellectuelle était entière, autant que leur patriotisme éclairé. Leurs études fournissaient une assise solide aux aspirations nationales.

 

 

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A la fin du siècle, les professeurs A. Tsagaréli, et A. Khakhanachvili, faisaient connaître la littérature géorgienne ancienne (religieuse surtout). Mais au début de notre siècle, les études de Corneille Kékélidzé qui se révélèrent décisives dans ce domaine. Son manuel « Histoire de la littérature géorgienne ancienne », publié en 1923-24 (réédité et complété depuis) est pratiquement exhaustif.

A la même époque Ivané Djavakhichvili, le coryphée de l’historiographie géorgienne moderne, commençait une œuvre grandiose : une vingtaine d’ouvrages d’investigation et de synthèse historiques. On ne peut connaître l’Église et la chrétienté géorgiennes sans passer par ces études historiques.

A l’étranger les études géorgiennes devinrent accessibles grâce aux travaux du Français M. F. Brosset (1804-1879) qui traduisit en français les « Chroniques Géorgiennes » (Paris, 1831), et composa une « Histoire de Géorgie », depuis l’Antiquité jusqu’au XIXe s, en collaboration, pour la 2e partie surtout, avec M. Tchoubinov. (2 vol. St Petersbourg, 1849-54). Il traduisit cet ouvrage en français et publia en 4 vol. à St Petersbourg, 1849-1858.

L’Église joua en Géorgie son rôle traditionnel, prêchant la concorde et le devoir patriotique, exaltant le passé glorieux de la chrétienté et son riche martyrologe, louant Dieu au sein du peuple dans la langue nationale, appelant le peuple à l’effort moral.

Cependant, en grande partie à cause de son inféodation au régime de la théocratie russe, l’Église de Géorgie au XIXe s perdit la place prépondérante qu’elle s’était acquise dans le développement culturel de la nation. La seule grande figure de prélat, après Antoine I (+1788) fut l’évêque d’Imérétie, Gabriel Kikodzé, prédicateur écouté, prélat jouissant d’un grand ascendant moral. Ses sermons ont été traduits en anglais par Mahun, évêque anglican de Broad-Windsor.

La culture géorgienne avait commencé à se laïciser dès la fin du Moyen-Âge, mais les élites ecclésiastiques s’étaient maintenues aux premiers rangs des lettres nationales : la sève créatrice ne s’était pas tarie pendant longtemps. Ce fut, hélas, désormais le cas. Une partie non négligeable de l’élite intellectuelle géorgienne se détournait d’une Église fonctionnarisée et de la Religion même. Le savant archiprêtre Corneille Kékélidzé ne provoqua pas un scandale énorme en se défroquant dans l’euphorie de l’indépendance recouvrée. Cependant, il y eut plutôt désaffection que « divorce », car le clergé était trop profondément enraciné dans le peuple pour ne pas participer, dans le concret de la vie quotidienne, à ses aspirations fondamentales.

 

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Etablissement de l’Indépendance nationale, et rétablissement de l’autocéphalie de l’Église de Géorgie : 1917-1921

Gestation du nouvel État indépendant.

A la suite de la révolution russe de 1917, la Géorgie redevenait indépendante dans toute l’étendue de ses limites historiques. Spontanément unifiée comme aux plus beaux jours de sa glorieuse Histoire, le pays rétablit complètement sa souveraineté en quelques étapes qui se succédaient rapidement.

S’alignant spontanément de par l’identité des structures sociales sur l’exemple russe, des conseils révolutionnaires s’étaient constitués dans les différents pays transcaucasiens. Ils tendaient à assumer sur place la réalité du pouvoir administratif et politique. Les conseils révolutionnaires transcaucasiens constituèrent un Organe central siégeant à Tiflis, Organe dirigé par Noé Jordania, leader du parti social-démocrate en Géorgie, et président du Conseil révolutionnaire de la ville de Tiflis.

 D’autre part, pour remplacer l’administration du vice-roi, le Gouvernement Provisoire russe délégua en mars 1917 un « Comité Spécial » de 5 membres pour la Transcaucasie (sigle : O.Z.A.K.O.M). Composé de 2 Géorgiens (A. Tchenkéli, et K. Abachidzé), d’un Arménien, et d’un Azerbaïdjanais, sous la présidence d’un Russe, Kharlamov, le Comité Spécial était nanti de prérogatives gouvernementales.

 Le 15 novembre 1917, après le coup d’État bolchévique du (25 octobre) 8 novembre en Russie, le Comité Spécial fut déclaré dissout sur l’initiative des Conseils Révolutionnaires, et remplacé par un « Commissariat de Forteresse d’Ananuri.

 

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Transcaucasie », présidé par E. Guéguétchkori, social-démocrate. Outre cet organe gouvernemental central, les Géorgiens, les Arméniens, et les Azerbaïdjanais, créèrent des « Conseils Nationaux » respectifs.

Un Congrès National, réuni le 22 novembre 1917, et composé de représentants des partis politiques, des municipalités, des syndicats, des coopératives, des conseils d’ouvriers et de paysans, désigna le Conseil National géorgien. L’Etat-Major de l’armée russe du Caucase accepta de créer des Corps Nationaux mis à la disposition des Conseils Nationaux. Un armistice fut signé le (5) 18 décembre à Erzincan. Le (12) 25 décembre le Conseil Révolutionnaire de Tiflis envoya ses partisans s’emparer de l’Arsenal militaire de Tiflis, base de l’armée du Caucase, malgré le refus des soldats russes qui le gardaient. On put armer ainsi les milices ouvrières appelées « Gardes Populaires ». Ceci étoffa davantage les éléments révolutionnaires sociaux-démocrates, infiniment plus modérés que les bolchéviks. Ces derniers se recrutaient en Géorgie surtout parmi les non-géorgiens installés dans le pays, et notamment parmi les soldats russes en garnison, ou déserteurs du front turc.

L’Assemblée Constituante « pan russe » qui avait pu être régulièrement élue sur toute l’étendue de l’ex-empire russe, et où les bolchéviks ne réunirent qu’un nombre restreint de suffrages populaires, fut dissoute, dès sa première séance par ces mêmes bolchéviks, le 5 janvier 1918.

A la suite de cet événement, le 10 février 1918, fut constituée une Diète de Transcaucasie (Séim), présidée par C. Tchkhéidzé : le principe adopté pour sa constitution fut de tripler le nombre de députés géorgiens, arméniens, et azerbaïdjanais de l’Assemblée Constituante, en complétant les élus nationaux par des candidats de différentes listes des partis, en proportion des voix obtenues aux élections.

La menace la plus grave pour le pays venait de la Turquie. Celle-ci était avide de revanche après les revers subis devant l’armée russe du Caucase et en Asie Mineure. Le commandement turc sentait également le besoin de créer une base solide de ce côté, pour se ressaisir en Asie Mineure face aux Anglais. Les ambitions de la Turquie allaient plus loin, et elle désirait rejoindre territorialement les musulmans du Caucase du Nord et du Daghestan, ainsi que ceux de l’Azerbaïdjan. Ceci ne pouvait se faire qu’au détriment de la Géorgie et de l’Arménie, placées au travers de leur chemin. Le port de Batoum, surtout aiguisait leur appétit.

Des pourparlers de paix furent engagés dès le (27 février) 12 mars 1918 à Trébizonde, alors encore occupée par l’armée russe. Les Turcs exigeaient l’indépendance de la Transcaucasie pour négocier une paix définitive, mais devant le refus de la délégation du Commissariat Transcaucasien de reconnaître le traité de Brest-Litovsk qui mutilait la Géorgie et l’Arménie, les Turcs occupaient Batoum le (1er) 14 avril 1918.

 

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 Le (9) 22 avril était proclamée l’indépendance de la République Fédérative de Transcaucasie, sous la présidence de A. Tchenkhéli (social-démocrate). Le (15) 28 avril, le commandement turc ayant atteint ses premiers objectifs, notifiait au gouvernement de Transcaucasie la reconnaissance de son indépendance par l’empire turc. Les Turcs proposaient de reprendre des pourparlers de paix à Batoum, occupé par eux.

La première session eut lieu le 11 mai 1918, et les prétentions turques allaient infiniment plus loin que les stipulations du traité de Brest-Litovsk. Un désaccord apparut parmi les délégués transcaucasiens : les Azerbaïdjanais et les Caucasiens du Nord, admis à la conférence sur proposition de la Turquie, bien que prenant part dans la République Fédérative de Transcaucasie, adoptaient une position ouvertement favorable à la Turquie, puissance musulmane prépondérante. Un arrangement se fit entre les membres géorgiens de la délégation transcaucasienne et les délégués allemands. Selon cet accord, la Géorgie devait proclamer son indépendance nationale, consécutive à la dissolution de la République Fédérative de Transcaucasie. Le nouvel État recevait l’appui de l’Allemagne moyennant la concession à celle-ci durant les hostilités, de l’utilisation de ses chemins de fer, des ports et des tonnages qui s’y trouvaient, et certains avantages économiques et commerciaux, d’ailleurs modérés et bilatéraux.

Le 26 mai 1918, sur proposition de N. Jordania, président du Conseil National Géorgien, fut proclamée l’Indépendance de la République de Géorgie ; la Diète Transcaucasienne décidait de se dissoudre.

Un gouvernement fut institué sous la présidence de N. Ramichvili.

Les négociations avec la Turquie, et celles, fructueuses, avec l’Allemagne, furent menées par A. Tchenkéli assisté surtout par un juriste géorgien éminent, Zourab Avalichvili.

 L’accord conclu à la Conférence de Batoum, en un temps record, entre le 19 et le 25 mai 1918, était entériné à Poti entre les représentants allemands et les membres du gouvernement du nouvel État, le 28 mai. L’intégrité territoriale de la Géorgie y était sauvée.

Le 26 mai, le Conseil National Géorgien décidait la réunion d’une Assemblée Constituante, et en attendant, le pouvoir législatif était transféré à un Parlement composé du Conseil National complété par des représentants des minorités ethniques. Un Gouvernement Provisoire était constitué sous la présidence de N. Ramichvili.

Les attaques turques étaient stoppées par l’Allemagne impériale encore en guerre, qui en échange, recevait le droit d’utiliser les chemins de fer géorgiens. Un corps expéditionnaire fut envoyé d’Allemagne et séjourna dans le pays de juin à décembre 1918.

L’Armistice sur le front Allié en Orient, signé à Moudros en novembre 1918,

 

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rejetait aux frontières de 1914 les Turcs qui durent abandonner Batoum. Les troupes anglaises entraient alors dans le Caucase, et occupaient Batoum. Le gouvernement géorgien refusa de faire prisonnières les troupes allemandes, qui purent dès lors effectuer leur propre rapatriement. Il refusa également d’intervenir en Russie aux côtés des « armées blanches » anti-communistes. Les troupes anglaises évacuèrent la Géorgie en septembre 1919, sauf Batoum qui ne fut évacué que le 4 juin 1920.

En juin 1918, Noé Jordania, président du Comité Exécutif des Conseils Révolutionnaires, était élu Président du Gouvernement. C’était la fusion officielle de deux éléments :

1. D’une part, les éléments révolutionnaires qui détenaient toujours une autorité et un pouvoir parallèles (– force était de compter avec les organisations révolutionnaires car elles étaient armées : milices ouvrières, soldats des garnisons russes, déserteurs du front -). Et il s’agissait de neutraliser et d’assurer l’évacuation normale vers la Russie de l’armée russe du front oriental: ½ million de soldats, travaillés par une agitation révolutionnaire ouverte.

2. D’autre part, il y avait la légalité, représentée par le Parlement, lequel avait hérité de l’autorité légale par une suite d’intermédiaires qui s’étaient succédés depuis la révolution russe de février 1917.

Le nouveau gouvernement était naturellement un gouvernement de coalition.

 L’Assemblée Constituante fut élue en février 1919, au suffrage universel direct. Elle se réunit le 12 mars 1919. L’Assemblée ratifia l’Acte d’Indépendance, et valida l’élection de Noé Jordania, qui composa un gouvernement social-démocrate homogène.

La Constitution était promulguée le 21 février 1921 : le chef du gouvernement devait être élu par le Parlement pour un an, et il était en même temps, sans toutefois en porter le titre, chef de l’État.

L’Indépendance de la Géorgie était reconnue de facto et de jure, en premier lieu par la Turquie et l’Allemagne, dès 1918. La majorité des Puissances européennes la reconnaissait de facto en 1920. La Russie soviétique, pour sa part, la reconnaissait de facto et de jure par le traité du 7 mai 1920. Mais, le 16 novembre 1920 l’Assemblée Générale de la Société des Nations rejetait à Genève la demande d’admission de la Géorgie, vu sa situation précaire sur le plan international et la crainte de ne pas être en mesure de lui porter secours en cas d’agression. Par contre, en janvier 1921, à Versailles, le Conseil suprême de l’Entente (Angleterre, France, Italie, Japon, et Belgique) reconnaissait de jure l’Indépendance de la Géorgie : cf. télégramme du ministre des Affaires Etrangères français A. Briand à son homologue géorgien E. Guéguétchkori en date du 27 janvier 1921. L’exemple du Conseil suprême de Versailles fut suivi par nombre de gouvernements, et des délégations diplomatiques furent échangées.

 

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Comme le faisait remarquer le télégramme du ministre Briand, la situation intérieure du pays, en ces temps troublés, dans cette partie du monde, forçait le respect.

L’administration centrale était acceptée sur toute l’étendue du territoire national, malgré les difficultés matérielles, et notamment celles des communications avec les régions périphériques. Il n’y eut guère que quelques cas d’agitation populaire, mais ils restaient très localisés, et furent réprimés sans peine. Une armée régulière était créée qui eut l’occasion de se couvrir de gloire, notamment en 1920, en remportant une brillante victoire sur une armée d’invasion soviétique basée en Azerbaïdjan.

L’instruction publique était réorganisée dès 1917, par une reconversion planifiée des anciennes écoles russes. La langue nationale recevait la place prépondérante qui lui revenait dans le pays. Le nombre des écoles et des effectifs scolaires avait presque doublé par rapport au régime précédent. Une université était fondée à Tbilissi en janvier 1918. Elle devint, et resta depuis, le foyer essentiel de la culture nationale.

L’exploitation et la commercialisation des ressources minières furent assurées grâce à l’apport négocié de capitaux européens.

Les sociétés coopératives agricoles se multiplièrent rapidement, et le pays échappa à la pénurie de denrées alimentaires.

Enfin une réforme agraire nécessaire, mais trop radicale et hâtivement réalisée, fut instaurée. Outre la nationalisation des anciennes terres domaniales de l’État russe en Géorgie, le gouvernement de N. Jordania dépossédait les grandes et moyennes propriétés terriennes entre 7,6 et 15,2 hectares suivant la nature des cultures. Les terres étaient confisquées sans indemnisation. L’Église en fut également affectée.

Il y eut quelques cas de jacquerie en Géorgie Orientale qui firent des victimes parmi la noblesse terrienne, mais ces désordres cessèrent rapidement, et ne se généralisèrent pas.

Le processus de gestation du nouvel État fait apparaître la modération et la maturité politique du peuple géorgien et de ses élites. D’une part, en effet, les éléments révolutionnaires ne tombèrent pas dans les excès du bolchévisme et dans l’anarchie. D’autre part, les milieux nationaux ne pratiquèrent pas la politique du pire, et ne se réfugièrent pas dans la tour d’ivoire de l’absence pour jouer un rôle amer de Casssandre : au contraire, ils s’imposèrent de collaborer avec les cadres socio-démocrates qui détenaient effectivement le pouvoir de par les circonstances du moment. Non seulement les cadres politiques nationaux, mais aussi les corps constitués firent preuve d’un civisme sans faille. Ainsi, la noblesse géorgienne, par la voix du plus respecté de ses représentants, C. Abkhazi, faisait don à l’État de toute sa propriété corporative, mobilière et immobilière.

Le corps des officiers géorgiens, dont le nombre était considérable dans

 

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l’armée impériale russe du fait de la prédilection des géorgiens pour le métier des armes, remplit son devoir selon ses meilleures traditions militaires de courage et d’abnégation.

Ainsi, malgré la mainmise presque totale du parti social-démocrate sur le gouvernement et l’administration du nouvel État, la nation se montra unanime dans l’instauration d’un État démocratique de type occidental, et dans la défense de l’intégrité du territoire national.

L’Église, quant à elle, bien que l’État eût tenu à lui enlever son statut privilégié par la loi de séparation de l’Église et de l’État, et à la déposséder de ses terres, de ses écoles, et d’autres biens, ne refusa pas d’apporter sa caution morale à l’entreprise de restauration nationale. Elle joua un rôle positif important, bien que non spectaculaire, dans la consolidation de la conscience nationale, du sentiment de l’indépendance et de l’unité nationales. Dans le cadre politique, l’indépendance s’instaura progressivement, et le parti social-démocrate n’en accepta l’idée qu’avec un certain retard, avec quelque difficulté ; mais dès qu’il le fit, il étendit considérablement son audience dans le pays.

 L’Église, quant à elle, fut d’emblée au niveau des aspirations nationales. Dès le 12 et 25 mars 1917, une Assemblée où siégeaient les évêques géorgiens, de nombreux prêtres, moines, et laïcs en vue, proclamaient le rétablissement de l’autocéphalie de l’Église de Géorgie. L’évêque Léonide de Koutaïs était désigné locum tenens du trône patriarcal jusqu’à l’élection du nouveau catholicos. Du 9 au 17 septembre de la même année le concile plénier confirmait l’acte du 12 et 25 mars, et élisait comme catholicos-patriarche de toute la Géorgie l’évêque Kirion Sadzaglichvili. Il était solennellement intronisé à Mtskhéta, le 1er octobre, jour de la fête patronale de la vieille et splendide cathédrale Svéti Tskhovéli, en présence d’un grand nombre de personnalités appartenant à l’élite de la nation, et d’un extraordinaire concours du peuple. Il y eut une grande parade folklorique où se distinguèrent les délégations des populations montagnardes, et en particulier les Khevsours en cotte de mailles, avec leurs boucliers ornés de la croix, et leurs longues épées. Le catholicos redevenait pour les croyants le « souverain spirituel » de la Géorgie.

Il importe de noter que le rétablissement de l’autocéphalie s’était effectué dans des conditions canoniques normales. Il est vrai que le consentement du Saint-Synode de l’Église de Russie n’avait pas été sollicité au préalable, mais il est non moins vrai qu’aucun acte ecclésiastique n’avait valablement aboli l’autocéphalie de l’Église de Géorgie. Aucun concile de la hiérarchie géorgienne n’avait été convoqué à cet effet, et ni le patriarche œcuménique, ni les autres Églises orthodoxes n’avaient été consultées ni même informées de l’acte entièrement unilatéral assumé par le pouvoir civil russe, par voie d’ordonnance impériale. De plus l’intermédiaire sur les lieux au moment déterminant n’était autre que le commandement militaire russe !

 

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D’ailleurs, dès le 27 mars 1917, le Gouvernement Provisoire russe qui, jusqu’à la convocation annoncée d’une Assemblée Constituante, assumait les responsabilités financières et le contrôle administratif des organisations confessionnelles, publiait une loi « concernant les conséquences juridiques découlant du rétablissement de l’autocéphalie de l’antique Église de Géorgie ». Le Gouvernement Provisoire reconnaissait l’autocéphalie de l’Église de Géorgie, et les dispositions pratiques qui devaient régir l’existence de l’Église de Géorgie dans l’État russe devaient être trouvées ensemble par le gouvernement russe et par l’instance supérieure de ladite Église. Le 25 juillet de la même année, le gouvernement russe publiait « les règles provisoires concernant la situation de l’Église de Géorgie dans l’État russe ».

 Malheureusement, le Gouvernement Provisoire établissait le principe d’une autocéphalie nationale, selon lequel les concitoyens orthodoxes des deux nationalités relevaient respectivement de l’Église de Russie, et de l’Église de Géorgie. On sait que le droit ecclésiastique orthodoxe ignore le principe d’organisation nationale, et ne connaît que le principe territorial selon lequel tous les fidèles habitant un même territoire sont soumis à une même hiérarchie. Les interlocuteurs géorgiens, ecclésiastiques et juristes laïcs, ne manquèrent pas d’attirer l’attention des représentants du gouvernement russe sur cette anomalie et insistèrent même beaucoup, mais en vain.

L’élection du catholicos Kirion fut confirmée par le Gouvernement Provisoire russe, conformément au paragraphe 6 des « Règlements provisoires ». La première protestation officielle de la hiérarchie ecclésiastique russe contre le rétablissement de l’autocéphalie de l’Église de Géorgie fut le fait du patriarche Tikhon. Celui-ci venait d’être élu à cette charge suprême vacante en Russie depuis 1725. Il adressait une lettre de reproches à « l’évêque » Kirion, en date du 29 décembre 1917, refusant de le reconnaître comme catholicos-patriarche.

Le concile plénier du (9)17 septembre 1917 avait organisé l’administration de l’Église de Géorgie :

 - Le catholicos était élu par un concile assisté d’un Conseil permanent où siégeaient des représentants de l’épiscopat, du clergé, et des laïcs.

- La convocation régulière de conciles pléniers était prévue, le catholicos devant faire rapport devant le conseil.

 - Les sièges épiscopaux suivants étaient établis :

 Métropole de Mtskhéta-Tbilissi, siège du catholicos,

avec deux évêques vicaires à Gori, et à Alaverdi. –

Métropole de Koutaïssi.

 - Métropole de Tchkhondidi.

- Archevêché de Bitchvinta – Abkhazie.

- Le catholicos devait porter le titre « d’archevêque de Mtskhéta – Tbilissi, catholicos-patriarche de toute la Géorgie.

 

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Le catholicos Kirion III mourait tragiquement le (13) 26 juin 1918. Il eut pour successeur celui que le 1er concile avait désigné à l’avance pour ce cas, le métropolite de Koutaïssi Léonide Okropiridzé. Un 2e concile réuni le 27 juin 1920 confirma dans sa charge le catholicos Léonide. Le concile fixa les relations de fait entre l’Église et l’État géorgien restauré. Il s’occupa de la cession à l’État des écoles ecclésiastiques, organisa le budget de l’Église, et détermina les normes de l’entretien du clergé. Mais le catholicos Léonide mourut emporté par une épidémie le 11 juillet 1921, déjà sous l’occupation soviétique.

Le conseil catholicossal élut alors comme locum tenens le métropolite Ambroise Khélaya, qu’un 3e concile tenu à Guélati du 1 au 5 septembre 1921, élut et confirma catholicos.

Depuis, tous les catholicos purent être élus par un concile composé des évêques et de prêtres.

 

L’église de Géorgie sous occupation soviétique, depuis mars 1921

Le 11 février 1921, la Russie soviétique envahissait le territoire géorgien. Par la suite, le gouvernement soviétique se référa à un prétendu appel des classes laborieuses de Géorgie auxquelles il serait venu en aide. Mais c’était là un mythe inventé pour les besoins de la propagande. La réalité est que la Géorgie était brutalement envahie, sans déclaration de guerre, par une armée régulière étrangère. La Géorgie fut militairement vaincue, et se trouva réduite au rang de colonie exploitée par une puissance expansionniste aux ambitions mondiales.

Les armées soviétiques russes déferlèrent par le Nord: les cols du Caucase avaient été démilitarisés aux termes du traité du 7 mai 1920, et par l’Azerbaïdjan à l’Est.

Le 25 février, Tbilissi investie était évacuée par l’armée géorgienne commandée par le général Georges Kvinitadzé, organisateur de l’armée géorgienne nationale moderne. L’armée, qui faisait retraite en bon ordre, contre-attaqua à Khachouri, à mi-chemin entre la capitale perdue et la Mer Noire, et livra bataille devant les Monts de Sourami. Mais l’avance ennemie ne put être contenue, et la retraite continua jusqu’à la mer.

Les troupes turques s’étant infiltrées dans le port de Batoum, l’armée géorgienne dut livrer bataille pour les déloger.

Des pourparlers furent engagés avec l’armée soviétique pour l’arrêt des hostilités. Et les 17, 18 mars, le Gouvernement, l’État-Major avec l’école militaire, des personnalités politiques, et aussi les particuliers qui purent trouver place sur quelques bateaux étrangers, s’expatrièrent à Constantinople encore occupée par les puissances occidentales. Ce fut l’origine de la petite émigration géorgienne qui, par la suite, se répandit à travers le monde, principalement en France. La France avait reconnu la Russie soviétique en 1924, mais

 

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avec une restriction concernant la Géorgie, selon la formule : « là où son autorité (celle du gouvernement soviétique) était acceptée ». La Légation de la République Géorgienne Indépendante fut reconnue par le gouvernement français jusqu’au traité franco-soviétique de 1932.

La persécution religieuse fut une des premières mesures du nouveau régime ; les outrances des nouveaux dirigeants leur valurent un rappel de Moscou à une certaine prudence, car elles exaspéraient la population. Certains éléments parmi celle-ci, notamment parmi les sociaux-démocrates qui s’étaient détournés de l’Église, s’en rapprochèrent. Des lieux de culte et des membres du clergé furent protégés par la population contre les exactions des bolchéviks. Le nouveau régime ne se sentant pas entièrement maître de la situation, hésita à se lancer dans une répression trop brutale. En 1922 une révolte éclata dans les populations montagnardes de Haute Kakhétie et de Khévsourétie. Un complot militaire en connexion avec un mouvement plus vaste fut découvert en 1923, et 15 officiers supérieurs, dont 4 généraux, furent fusillés. Parmi eux se trouvait le prince Constantin Abkhazi, homme unanimement respecté pour sa droiture et son patriotisme, et qui exerçait un grand ascendant moral.

L’Église, elle aussi, prenait sa place dans la résistance nationale. Le catholicos Ambroise envoyait le 7 février 1922 une lettre de protestation à la Conférence Interalliée de Gènes à la S.D.N. Dans cette lettre, rappelant les obligations morales de sa charge envers la nation, le catholicos protestait, au nom du peuple géorgien, contre l’occupation étrangère, et demandait l’intervention de l’humanité civilisée contre l’iniquité commise envers la Géorgie. En février 1923, le catholicos, l’archevêque Nazaire, et tous les membres du Conseil catholicossal furent arrêtés. Leur procès, qui se déroula dans des conditions de semi-liberté, eut un énorme retentissement dans le pays. Il y avait 3 chefs d’accusation: la lettre adressée à la Conférence de Gènes, le fait d’avoir caché et d’avoir voulu ainsi soustraire à la mainmise de l’État, les trésors historiques de l’Église, et enfin l’obstruction, manifestée devant la commission gouvernementale du culte, pour le retrait des objets précieux en faveur des affamés. L’archevêque Nazaire fut assassiné au cours du procès, durant un transfert, probablement pour impressionner les autres accusés. Tous les membres du Conseil catholicossal se solidarisèrent avec le catholicos Ambroise. Celui-ci se conduisit héroïquement, assumant l’entière responsabilité de ses actes, qu’il déclara conformes aux obligations de sa charge et à la tradition constante de l’Église de Géorgie en des cas semblables. Il fut condamné à 8 ans de prison, et les membres de son Conseil furent condamnés à des peines moindres d’emprisonnement. Le catholicos fut libéré avant terme, et mourut le 27 mars 1927.

Le 27 août 1924 éclata une insurrection générale, méthodiquement organisée par les forces vives de la nation: les cadres supérieurs de l’armée, les partis politiques, l’université, des ecclésiastiques, et l’ensemble de la population.

 

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Quatre personnalités politiques de l’émigration rentrèrent clandestinement au pays pour participer au soulèvement. L’insurrection échoua dès le début, car le secret en avait été éventé. Des groupes de partisans opérèrent encore pendant quelques années. La répression fit des milliers de victimes parmi les cadres de la nation.

Normalisation des rapports entre État soviétique et Église. Du 21 au 27 juin 1927, un 4e concile élut catholicos Christophore II Tsitskichvili. Ce concile décida d’adopter le calendrier grégorien pour le cycle pascal.

Le 5 août, le catholicos envoyait sa lettre irénique au patriarche œcuménique Basile III, qui lui répondit, en l’appelant catholicos, (les 2 documents sont dans l’organe du patriarcat œcuménique « Orthodoxia » du 30 septembre ou 31 octobre 1927).

Un nouveau concile, le 5e , réuni le 8 juillet 1930, eut à s’occuper de la situation créée par l’intensification de la persécution antireligieuse, et notamment de la situation juridique du clergé. Le nouveau catholicos changeait totalement l’attitude de la hiérarchie ecclésiastique envers le pouvoir soviétique qui cependant se déclarait officiellement athéiste militant. Désormais on préconisait la voie de la soumission et de la collaboration.

Depuis, la hiérarchie ne devait plus s’éloigner de cette ligne de conduite. Un concile, le 6e , après la mort de Christophore survenue le 10 janvier 1932, élut catholicos-patriarche le métropolite de Manglissi, Callistrate Tsintsadzé, les 21-22 juin 1932. Callistrate II, né le 12 avril 1866, veuf en 1925, fut sacré évêque sans avoir reçu la tonsure monacale (J.P.M. 1944, n° 3, p. 20), décédé le 3 février 1952.

C’est sous le catholicos Callistrate qu’eut lieu pendant la dernière guerre mondiale, en 1943, le changement de politique du gouvernement soviétique vis à vis des religions. Ce fut une affaire qui concernait avant tout l’État soviétique et le patriarcat de Moscou. Mais l’événement se répercuta parallèlement à Tbilissi, et ailleurs. Comme à Moscou, il y eut auprès du gouvernement de la République socialiste soviétique de Géorgie, un plénipotentiaire pour les affaires religieuses géorgiennes. En effet, en 1943, en Géorgie, tout comme en Russie soviétique, le gouvernement « normalisait » ses relations avec l’Église : il nommait un haut fonctionnaire « chargé d’affaires pour les affaires de l’Église Orthodoxe de Géorgie ».

L’Église payait cette normalisation toute formelle et toute relative : la hiérarchie devait cautionner publiquement, à l’intérieur comme sur le Forum international, le régime en place et sa politique tant intérieure qu’extérieure. Certaines déclarations frisaient le sacrilège, toutes compromettaient l’Église. Réuni le 31 mai 1934, le 7e concile élut les membres du synode permanent auprès du catholicos. Un autre concile désorganisait le synode permanent en 1937.

 

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L’autre événement important du pontificat fut le rétablissement, en cette même année 1943, de la communion entre les églises de Russie et de Géorgie. L’occasion en fut le télégramme de félicitation envoyé par le catholicos au patriarche Serge de Moscou, nouvellement élu, télégramme dans lequel le catholicos émettait le vœu de voir se rétablir la paix entre les deux Églises. Le patriarche réagit en envoyant à Tbilissi l’archevêque Antoine de Stavropol et Piatigorsk pour s’informer sur place de la situation et procéder à la concélébration eucharistique avec le catholicos au nom de la hiérarchie russe. L’évènement est relaté en détail dans le « Journal du Patriarcat de Moscou » (1944, n° 3, p.6-21).

La décision synodale officielle consignée dans les p.6 à 8, est datée du 19 novembre 1944: le rétablissement des rapports spirituels et canoniques entre les deux Églises de Géorgie et de Russie. (Extrait de la décision, enregistrée sous le n° 12, du St Synode auprès de S.S. le patriarche de Moscou et de toute la Russie, du 19 novembre 1943).

Dans l’exposé des motifs, deux faits étaient soulignés pour justifier l’attitude négative de l’Église de Russie.

1. Jusque-là, l’autocéphalie de l’Église de Géorgie avait été proclamée sans l’accord de l’Église de Russie,

2. La Géorgie ne possédait pas à l’époque de territoire d’État juridiquement délimité, or, disait l’exposé, d’après le canon 17 du concile œcuménique IV, les frontières ecclésiastiques doivent suivre les frontières de l’État… Comme si on pouvait comparer l’État Byzantin indivis avec la multiplicité des États modernes ! D’ailleurs dans cet État byzantin unique existaient plusieurs Églises autocéphales.

L’archevêque Antoine de Stavropol-Piatigorsk, nouvellement consacré, était chargé d’enquêter sur place et de rétablir en pratique l’intercommunion. Il s’acquitta de sa tâche avec un zèle excessif, se posant en inquisiteur de l’orthodoxie de l’Église de Géorgie et déclarant avec emphase que, grâce à la reconnaissance de l’Église de Géorgie par l’Église de Russie, la première faisait son entrée au sein de l’Église Orthodoxe universelle…! Ce point de vue défendu dans divers articles par le prof. Troïtsky, expert en droit canonique du patriarcat de Moscou, peut être considéré comme le point de vue russe officiel.

Il est significatif que le catholicos Callistrate ne jugea pas nécessaire de réunir un concile pour entériner la décision du synode de l’Église russe : pour les Géorgiens l’autocéphalie était rétablie en droit dès 1917.

Sous son long pontificat le catholicos Callistrate eut à subir tout le poids du régime stalinien. A la fin de sa vie, il fut amené à faire des déclarations aberrantes, telles celles du télégramme du 20 décembre 1949, adressé au dictateur Staline, à l’occasion de ses 70 ans, télégramme reproduit dans le « Journal du Patriarcat de Moscou », année 1950, n° 1, p.5… Toutefois on peut faire remarquer que l’emploi d’expressions typiquement « laïques »

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accolées à des termes de style ecclésiastique, montre que l’auteur réel du télégramme n’est pas un ecclésiastique. C’est ce mélange de styles jusque dans une même expression qui est insolite, et trahit un rédacteur aussi malhabile que mal intentionné.

Néanmoins le vieux catholicos se laissa aller à des violences verbales d’ordre politique dans les congrès du Mouvement de la Paix, mouvement contrôlé et inspiré par le gouvernement soviétique, ainsi ses discours consignés dans le « Journal du Patriarcat de Moscou », année 1951, n° 11, p.26-27, et n° 12, p.18-19. Quel exemple frappant d’un conformisme vis à vis de l’État, a fortiori lorsqu’il s’agit d’un État athée…

Le catholicos Callistrate mourait le 3 février 1952.

Le 5 avril, un concile élisait catholicos Melchisédek III Pkhaladzé décédé le 10 janvier 1960.

Le 20 février 1960, un concile, le 10e depuis le rétablissement de l’autocéphalie, élisait à Tbilissi le catholicos Ephrem II Sidamonidzé, 139e dans la liste des chefs de l’Église de Géorgie. Il y a lieu de mentionner deux évènements de son pontificat.

A l’Assemblée inter-orthodoxe de Rhodes en 1960, préparatoire au préconcile général orthodoxe envisagé, l’Église de Géorgie n’envoya pas de représentant. La raison officiellement invoquée en fut que l’invitation de participer à l’Assemblée inter-orthodoxe lui avait été adressée trop tardivement pour l’établissement des visas nécessaires…

En été 1962, se tenait à Paris la Conférence du Comité Exécutif du Conseil Mondial des Églises. L’Église de Géorgie se trouvait parmi les Églises chrétiennes d’URSS qui demandaient leur admission au Conseil Mondial des Églises. L’Église de Russie, elle, avait été admise à l’Assemblée Générale du C.M.E, tenue à New-Delhi en décembre 1961.

Le catholicos tint à venir en personne à la conférence de Paris, qui était une session de travail: il fut d’ailleurs le seul chef d’Église présent. Ainsi, l’Église de Géorgie rompait son isolement. Cet isolement était bien caractérisé par le fait suivant: en 1959, une délégation du Mouvement œcuménique de Genève, le Conseil Mondial des Églises, se rendit en U.R.S.S; elle visita le patriarche de Moscou, et le catholicos d’Etchmiadzine (Arménie), mais sauta l’escale de Tbilissi. Ephrem II fut le premier chef de l’Église de Géorgie à se rendre en Occident.

Avec l’acte de candidature, avaient été fournies quelques statistiques que le catholicos fit rectifier sur place, à Paris. Il y avait alors en Géorgie, un peu plus de cent églises en fonction (et pas seulement 80), 6 évêques, dont 1 russe, et quelque cent dix prêtres. L’Église ne possédait aucune école pour la formation du clergé. (Depuis ce moment, une école pastorale a été ouverte à Tbilissi, peut-être en contre partie de la fermeture du séminaire de Stavropol). Les candidats au sacerdoce étaient envoyés en Russie. La seule

 

 

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publication à ce jour était un calendrier liturgique élémentaire, ne contenant aucun article de fond; on y trouvait seulement la liste des chefs d’Églises autocéphales, et celle de tous les catholicos depuis les origines avec indication des dates. Pendant quelques années ce calendrier donnait également la liste des rois de Géorgie.

A cette période, l’Église de Géorgie put publier un Nouveau Testament, et un Livre de Prières avec quelques explications concernant les Fêtes.

Il faut signaler une tentative, due semble-t-il, au catholicos Callistrate, l’initiateur du calendrier édité par l’Église, de canoniser de nouveaux Saints. Alors que l’exarque russe communiquait en 1903 au Saint-Synode une liste de Saints géorgiens comprenant 76 noms pour 34 jours, le calendrier de 1962 contenait 78 noms pour 60 jours en plus, sans compter au 11 décembre : fête des martyrs de Géorgie, groupant plusieurs dizaines de noms.

Une brève indication du « Journal Patriarcal de Moscou » nous apprend que le catholicos Callistrate avait utilisé les anciens calendriers manuscrits géorgiens pour compléter la liste des Saints nationaux. Ce procédé est certes légitime, mais on trouve dans son calendrier des noms de Saints avec indication de dates appartenant aux XVIIIe d et XIXe s. Si même les brefs conciles réunis à l’occasion de l’élection des catholicos ont entériné ces dernières canonisations, on est en droit de se poser la question de leur « réception » par la conscience conciliaire de l’Église catholique.

 Précisons que les anciens documents ecclésiastiques comptent les années à partir de la « création du Monde », 5604 avant J. C, selon le cycle ecclésiastique byzantin = « kronikoni », les cycles couvrant 532 ans. Le cycle de 1950, le 15e , commence donc en 1845.

On note qu’en 1903 l’exarque de Géorgie adressait un rapport au SaintSynode russe à propos des Saints géorgiens. Ceux-ci furent dès lors inclus dans le calendrier de l’Église de Russie. Déjà en 1900 une liste des Saints géorgiens avait été publiée dans le « Ménologue Chrétien » (« Khristiansky Mésiatséslov »), typographie synodale de Moscou.

Le régime soviétique en Géorgie

Après 40 ans d’occupation soviétique, un jugement peut être tenté sur le régime soviétique en Géorgie, du point de vue de l’orientation fondamentale de la culture géorgienne, telle que nous l’avons découverte à travers son Histoire longue et mouvementée, et néanmoins réductible à l’unité, à la cohérence d’une tradition historique, d’une vocation propre.

Ce jugement est, pour l’essentiel, négatif, bien que certains éléments particuliers puissent avoir eu quelque utilité, ce qui est probable a priori, mais le prix en est trop élevé.

L’orientation européenne – occidentale de la Géorgie a marqué le pas du fait

 

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du long isolement de l’Union Soviétique toute entière, tant dans le domaine culturel que dans le domaine politique et tout ce qui en découle dans un État totalitaire en économie, sociologie, etc…

Cet isolement, on le sait, a une double cause : d’abord la volonté délibérée du régime totalitaire lui-même, qui, par une censure sans faille, attentant même à l’Histoire, s’efforçait de maintenir le mythe de la « pureté » révolutionnaire », ensuite l’instinct d’auto-défense du monde non communiste soumis à une agression idéologique et subversive permanente et généralisée. Selon une métaphore célèbre « un rideau de fer » était maintenu entre le monde soviétique et le monde des nations libres.

Il en a résulté, en Union Soviétique, un évident appauvrissement culturel. La contrainte, la commande sociale, mais en fait purement politique, tarit la sève créatrice, l’inspiration poétique, la spontanéité, et la variété des thèmes littéraires et artistiques. La valeur de la production culturelle se définit d’un mot: le conformisme. Les Sciences elles-mêmes en sont affectées, le fait est patent pour les sciences dites « humaines », par la suite de la non connaissance, liée à la censure, de la production occidentale en ce domaine.

Des œuvres vivantes ont percé néanmoins, mais c’est malgré le carcan officiel dont au moins la menace restait toujours apparente. Il est évident que toute contrainte extérieure, fût-ce au nom de la vérité la plus incontestable, tue l’esprit de création, l’élan créateur.

La liberté seule rend l’homme disponible à la vérité, et préserve la possibilité de corriger les méfaits de l’erreur, et de revenir au droit chemin par des voies souvent détournées et mystérieuses. Telle est, sans doute, l’expression suprême de la sagesse européenne, l’idée fondamentale que sont parvenues à dégager les nations chrétiennes à travers une expérience historique tragique de la liberté. Cette expérience est aussi faite d’erreurs et de trahisons, mais assumée par des consciences supérieures, selon les exigences d’une foi dans l’absolu de vérité et de justice, absolu incarné et présent hic et nunc.

Même les succès soviétiques dans ce qui peut être appelé au sens strict « la culture matérialiste », sont le plus souvent sujets à caution.

En Géorgie, même si dans le domaine agricole, quelques cultures de thé et d’agrumes surtout, ont été fortement intensifiées, ce ne fut pas en fonction de l’économie locale, mais de celle de l’empire soviétique. Si, d’autre part, un grand centre de l’industrie lourde a été créé à Roustavi, si des usines de machines et de traction électrique ont été implantées dans le pays, il serait téméraire d’affirmer que 40 ans d’indépendance n’auraient pas produit, toutes proportions gardées, un effort comparable, à l’échelle réduite d’un petit pays pacifique, à bien moindre frais, en tout cas, en vies humaines et en dignité. A cet égard, comme on l’a vu, le développement de la nation au XIXe s. est un gage des ressources créatrices du peuple géorgien. Les études

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scientifiques en linguistique, en grammaire, en histoire de l’art, en archéologie, en histoire de la littérature, outre qu’elles sont une mise à jour du passé, ont presque toutes été amorcées et engagées même assez loin, avant l’établissement du pouvoir soviétique. Ce fut particulièrement le cas pendant les 4 années d’indépendance nationale. I. Djavakichvili, C. Kékélidzé, A. Chanidzé, E. Taquaïchvili, et d’autres, en sont des exemples.

Enfin, l’aveugle lutte antireligieuse, obsession pathologique des dirigeants soviétiques ne peut, par suite des seules méthodes de contrainte employées, tout jugement de valeur sur la religion elle- même étant réservé, que perturber le développement spirituel du peuple géorgien dont l’Histoire a été déterminée par le christianisme de longs siècles durant. Le christianisme est, de toute manière, une valeur, une force, dont rien ne prouve que la sève soit tarie. Chaque coup asséné à l’Église, chaque atteinte à la dignité et aux droits humains, est un coup pour le régime soviétique, coup qu’il se porte à lui-même, telle est la nature des choses.

 

Présence indirecte de l’Église dans le développement culturel en République socialiste soviétique de Géorgie

On connaît le statut officiel de l’Église dans l’État soviétique, État encore plus fortement centralisé que ne le fut jamais l’empire unitaire russe d’avant la révolution de 1917. Toutes les religions, ainsi que leurs organismes de gestion aux différents niveaux, sont considérés par le régime soviétique comme les vestiges attardés d’un passé honni. Ces « vestiges » sont alors tolérés provisoirement, et provisoirement légalisés pour les commodités du contrôle, et en vue d’une éventuelle utilisation dans le jeu de la politique extérieure. En témoignent les idées d’un Orient chrétien de tradition byzantine dans le panslavisme, le « mouvement pour la paix »-dit « mouvement de Prague », les tentatives de « front populaire » dans les pays « capitalistes » etc. Qu’il suffise de rappeler que la constitution soviétique proclame l’État athée, et garantit la propagande anti religieuse, alors que pour les religions, seule la possibilité de culte est tolérée. Toute propagande religieuse est exclue, sous prétexte qu’est interdit l’enseignement de la religion aux enfants légalement mineurs. (Article 227 du Code criminel de la R.S.F.S de Russie, République « pilote », sur laquelle doivent s’aligner toutes les autres Républiques composant l’U.R.S.S; cette disposition fut complétée par la session de juillet 1963 du Soviet suprême de cette République : (« Naüka i Religuia » 1963, n° 5, p.47).

La haine dévastatrice envers les religions, et à ce degré, incompréhensible, relève de la pathologie chez les dirigeants soviétiques.

Les statistiques concernant la situation matérielle, les effectifs, et les organisations cultuelles tolérées des religions en U.R.S.S, sont difficiles à établir. Il s’agit, pour la Géorgie, de quelques évêques, une centaine de paroisses en

 

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activité, dont une dizaine dans la capitale. Il n’y a pas une seule école pour la formation du clergé, aucune publication non plus, sauf un simple calendrier liturgique sans article de fond.

Mais la présence de l’Église ne s’arrête pas là, évidemment. Il n’est pas possible de faire table rase du passé, d’un passé prestigieux, pour beaucoup déterminé par le christianisme : institutions, littérature, art, folklore, us et coutumes, tous ces éléments indélébiles de la psyché nationale. Nous nous bornerons ici à analyser une présence indirecte de l’Église dans le développement culturel en régime soviétique. Bien entendu, l’Église dans sa structure hiérarchique est réduite à une impuissance quasi totale dans ce domaine. Un exutoire honorable au sentiment national refoulé est l’étude du patrimoine culturel de la Géorgie. Le régime totalitaire d’occupation tolère cette manifestation du sentiment national dans les limites de la formule « substance soviétique dans une forme nationale ». Mais de temps en temps, il fait rappeler, par l’intermédiaire des organisations locales du parti unique, la nécessité de réfréner « les tendances chauvinistes ». Quoiqu’il en soit, l’étude du patrimoine culturel géorgien a entraîné une rencontre de savants et de chercheurs avec le fait chrétien: l’architecture, la peinture, l’orfèvrerie, l’art de l’émail, n’ont produit de chefs d’œuvre réels que chrétiens. La littérature ancienne est presqu’uniquement d’inspiration religieuse jusqu’aux XIe -XIIe s, et l’est restée dans une notable proportion depuis, et jusqu’au XIXe siècle. Il en est de même, de toute évidence, pour l’étude de l’Histoire de la nation géorgienne, et pour l’Histoire elle-même, fréquemment mise à contribution par la littérature romanesque actuelle (alors). Le point de vue officiel consiste (consistait) à reconnaître une valeur relativement positive du christianisme pour la période médiévale, mais à la juger plus sévèrement pour la période moderne, et surtout contemporaine : là fulmine l’anathème avec rage et dégoût, au moment présent (alors) du marxisme-léninisme stalinien, cette dernière qualification sera abandonnée à la mort du dictateur sanguinaire en 1953.

La pensée critique est (alors) pratiquement inexistante, sauf sur le plan de ce qu’on pourrait appeler la technique littéraire, du fait de l’absence de toute liberté d’expression, et de l’imposition d’une idéologie tatillonne à prétentions universelles. Aussi bien ne faut-il pas s’étonner que tout en admirant sincèrement les chefs d’œuvre du passé chrétien, personne ne chercha d’explication du phénomène. Car, officiellement, on ne peut reconnaître à l’Église un rôle positif que parcimonieusement, la religion elle-même ne pouvant avoir qu’une valeur formelle du point de vue du matérialisme même dialectique. Ce point de vue ne peut que nier le dynamisme créateur de la foi, et sa valeur autonome dans le monde. Or, historiquement, un humanisme radical, indépendant de la religion, ne saurait expliquer l’art, la littérature, la pensée, si fortement, si intimement marqués par le christianisme, jusque dans ses techniques d’expression.

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Bibliographie

I • Références classiques à propos du Caucase

Flavius Arrianus (milieu IIer s) Gouverneur romain de la Cappadoce

- Périple du Pont Euxin.

 - Expéditions d’Alexandre.

 - Instructions sur l’ordre des batailles contre les Alains.

Hécatée de Milet (550-480 ante D)

- Fragments de sa « Description de l’Univers ». Utilisé par Hérodote.

Hérodote (484-420 ante D)

 - Sur les migrations des Cimmériens

- Sur les États vassaux de la Perse.

Pline l’Ancien (23-79)

- Sur la Géographie et l’Histoire de l’Albanie.

 Plutarque (50-125)

- Vies parallèles des hommes illustres.

Pomponius Mela (Ier s)

- Géographe. Ecrivit vers 43.

Procope (500-565)

 - De Aedificiis.

- Histoire sur les Guerres.

Ptolémée Claude (90-168)

- Traité de Géographie.

 Quinte Curce (Ier s)

- Histoires.

Strabon (58 ante D.- entre 21 et 25 post D Originaire du Pont (Amasée)

- Sur la Colchide, l’Ibérie, l’Albanie.

Tacite (56-120)

- Géographie et Histoire de l’Albanie.

 (Sur les Parthes, les Albanais ; sur l’influence romaine dans le Caucase.)

Tite-Live (59 ante D-17 post D)

- Histoire de Rome.

Trogue Pompée (Ier s)

- Histoire Universelle.

Xénophon (435-355)

- « Anabase » (Au service de Cyrus le Jeune, ramena 10000 Grecs chez eux, après la mort de Cyrus, vers 400)

 

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II • Ouvrages mis à contribution et ouvrages utiles pour un travail plus poussé que la présente étude

1.     Histoire générale de la Géorgie

Brosset Marie-Félicité

- Histoire de la Géorgie depuis l’Antiquité jusqu’au XIXe siècle. Traduction du géorgien par M. Brosset. St Pétersbourg, imprimerie de l’Académie Impériale des Sciences. 1849-1858 (4 vol.)

 - Additions à l’histoire de Géorgie. St Pétersbourg, 1851.

Djavakhichvili Ivané

- Histoire de la Nation Géorgienne. Tbilissi, t. I 1908 – t. V, 1928.

- Histoire du droit géorgien. Tbilissi, t. I et II. 1926.

- Histoire de la paléographie géorgienne. Tbilissi, 1926.

- Numismatique et Métrologie géorgiennes. Tbilissi, 1924.

- Histoire économique de la Géorgie. t. I et II. Tbilissi, 1935.

- Introduction à l’Histoire de la Nation géorgienne. Tbilissi, 1937.

 

Djavakhichvili I, Berdzénichvili N, et Djanachia S.

 - Histoire de Géorgie. Tbilissi, 1943.

 Kartlis Tskhovréba - Annales de la Géorgie, traduction française : Chronique géorgienne, par M.Brosset et jeune. Paris, 1829 et 1831.

Latytchev. B.

- Informations (Izvéstia) des écrivains anciens grecs et latins sur la Scythie et le Caucase. Tome I, Auteurs grecs. Ed.de la Soc. Imper. Russe d’Archéologie. 1900

- Tome II, Auteurs latins, Mémoires (Zapiski) de la section classique de la Soc. Imp. Russe d’Archéologie. Livres I et II. 1904-1906.

Manvélichvili. A.

 - Histoire de Géorgie. Paris, 1951 (476 pages).

 

Recueils de Documents (En russe)

- Acty sobraniïé kavkazkouïou archéographiskoïou kommissiou. Tiflis, I (1866), XII (1904).

- Izvéstia Kavkazkogo otdiéla. Imp. Roussk. Géograph. Obtchestva. T. I, 1872-73, et IX, 1886-1888.

- Materialy po archéologuiï Kavkaza. Moskva, I, 1888, et XIV, 1916.

- Sbornik sviediï o Kavkazé. Tiflis, I, 1871, et II, 1872.

- Rossiïskaïa Akadémia Naouk. Izvéstia kavkazkogo Istoriko-Archéolog. Institouta v Tiflissé. Pétrograd, T. I, 1923.

 

 

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 Divers

Association géorgienne pour la Société des Nations

- La Géorgie : territoire et population, histoire, littérature et arts, situation politique. Paris, 1937.

 

Bakradzé D. - Kavkaz v drévnikh pamiatnikov khristiantsvo. Tiflis, 1875.

 

Takaïchvili Euthyme –

 Trois chroniques historiques. (En géorgien) Tiflis, 1890.

- Vie de Sainte-Nino. (En géorgien) Tiflis, 1891.

- La Géorgie Antique. 4 vol. (En géorgien) Tbilissi, 1900.

 - Expédition archéologique au Letchkoumi et en Svanétie (En géorgien). Paris, 1937 (440 p.)

 

 

2.     Ouvrages sur l’Histoire de l’Église de Géorgie

 

 Rufin (340-410) - H.E. P.L. t. XXI.

 

Socrate le scholastique (380-450) – H.E. P.G. t. LXVII.

 

Sozomène (375-450) – H.E. chap. VII.

 

Bakradzé D.

- Kavkaz v drevnykh pamiatnikakh Christiantsva. Tiflis, 1875.

 - Histoire de la Géorgie. (En géorgien). Tiflis, 1889.

 

Bédi Karlissa - Revue de Kartvélologie. Paris. En géorgien, d’abord depuis 1949, puis plurilingue (français, anglais, et allemand) depuis 1957.

 

Dadéchkéliani Ilamaz (Prince)

- The autocephaly of the Orthodox Church of Georgia. Christian East. London. July 1922, vol. III, n° 2. et October 1922, vol. III, n° 3.

 

Dictionnaire de Théologie catholique.

Vacant-Mangenot. Paris. Letourney. Fasc. XLV et XLVI, article Géorgie, signé R. Janin. Mise au point, mais démarque Tamarati.

 

Djanachvili M. (En géorgien)

- Histoire de l’Église géorgienne. Tiflis, 1866.

 

Echos d’Orient

- L’Église géorgienne et la Russie. Une lettre du métropolite Léonide au patriarche Tikhon. N° de la lettre : 3949, 5 août 1919. t. XXXI, année 1932, juilletseptembre, n° 167. p. 350 à 369..

 

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Garitte G.

- Catalogue des manuscrits littéraires géorgiens du Mont Sinaï. C.S.C.O. vol. 165, subsidia 9, Louvain, 1956. (85 manuscrits).

- Le calendrier Palestino-Géorgien du Sinaï par Jean Zocime, mille cent annonces hagiographiques et liturgiques (ens. 34, Xe s). Subsidia hagiographica vol.30. (Bruxelles)

- Les récents catalogues des manuscrits géorgiens de Tiflis. Muséon, 74, 1961.

 

Georgica

- A journal of Georgian and Caucasian Studies. Published for the Georgian Historical Society. Stephen Austin & sons, LTD Hertford.

 

Ingorokva Pavlé

- Guiorgui Mertchoulé, écrivain géorgien du Xe s. Tbilissi, 1954. Sabtchota Mtsérali. 1100 pages. Ouvrage exhaustif sur l’hymnographie géorgienne. Etude détaillée des principaux manuscrits, nombreux textes.

 

Iosséliani Platon (En russe)

- Court historial de l’Église géorgienne. St. Pétersbourg, 1843.

- Histoire de l’Église géorgienne. Tiflis, 1848.

- Jiznéopissanié Sviatykh, Pravoslavnoï grouzinskoï Tserkvi. Tiflis, 1850.

 

Janin R.

 - Les Géorgiens à Jérusalem. Echos d’Orient, Paris, 1913.

- Origines chrétiennes de la Géorgie. Echos d’Orient. Paris, 1912.

 - Dictionnaire de Théologie Catholique. Col. 1239-1289. Vacant-Mangenot. Paris, 1919.

 

Jordania Th.

- Les Chroniques (documents). 2 vol. en géorgien. Tiflis, 1893.

 

Karbélachvili P. - Iérarchia Grouzinskoï Tserkvi. Tiflis, 1904. Court tableau de la succession hiérarchique dans l’Église de Géorgie, depuis les origines.

 

Kékélidzé Corneille - Histoire de la littérature géorgienne ancienne. Tiflis, 1922, et Tbilissi, 1941. Ouvrage fondamental sur la littérature chrétienne géorgienne.

 

Khakhanov A.

- Istotchniki po védénia Khristianstva v Grouziï. – Drevne Votstotchnaya kommissia Moskovskogo Archéologuitchevskogo Obchestva. 1893. p. 299 à 345. (Les sources de l’introduction du christianisme en Géorgie.)

- Histoire de Géorgie. Paris, 1900.

 

Episcop. Kirion Sadzaglichvili - Court aperçu de l’histoire de l’Église géorgienne et de l’Exarchat au XIXe s. (Kratkiï otcherk…) Tiflis, 1901.

 

Léonide, catholicos de Géorgie

- Lettre au patriarche de Moscou, Tikhon, qui s’était adressé au catholicos Kirion. Journal Samchoblo. N° 11. Paris, avril 1932.

 

 

132

 

Lopoukhine. Gloubokovsky

- Pravoslavnaya Bogoslovskaya Encyclopédia. St Pétersbourg. 1903. T. IV, article Gruzinskiy Exarkhat: Quelques données officielles russes.

 

Macaire III (Zaïm) Patriarche d’Antioche

- Histoire de la conversion de la Géorgie. Publiée par Mme Olga de Lébédev. Rome, 1905.

 

 Peeters Paul (Jésuite, Bollandiste)

- Histoires monastiques géorgiennes. Bruxelles, 1923.

 - Les débuts du christianisme en Géorgie d’après les sources hagiographiques. Analecta Bollandiana. T. L, fasc. 1 et 2. Bruxelles, 1932. Mise au point, faite de main de maître, que nous avons suivie de près dans notre exposé.

 - Le tréfonds oriental de l’hagiographie byzantine. Subsidia hagiographica 26. Bruxelles 1950.

 

Purtséladzé D.

- O. Pradnikakh oustanovlennykh pravoslavniï grouzinskoï Tserkviï. Tiflis 1862.

Sabinini (En russe)

- Histoire de l’Église géorgienne jusqu’au VIe siècle. St Pétersbourg. 1877.

- Polnoe Jiznéopissanié Sviathkh Grouzinskoy Tserkvi. St Pétersbourg. 1871

-1873. - Sakarthvelos Samotkhé : le Paradis géorgien. (En géorgien) St Pétersbourg. 1882. Seul ouvrage moderne complet sur l’hagiographie géorgienne. Recueil de « Vies » anciennes.

 

Tamarati Michel (Prêtre catholique romain géorgien)

- L’Église de Géorgie des origines jusqu’à nos jours. Rome, 1910. (710 p. Nombreuses illustrations). Ouvrage dépassé, mais complet, contenant de nombreux détails et la reproduction d’un certain nombre de documents. Exhaustif et détaillé sur l’histoire du catholicisme en Géorgie (p. 414 à 678).

 

Timothée (Evêque)

- Visite des Lieux Saints. (En géorgien). Tiflis, 1852.

 

Tsagarelli A. - Pamiatniki Gruzinskoy stariny na evangelskoy zemlé i na sinae. St Pétersbourg.1888

 

Vakhouchti. Prince (1696-1757) - Description géographique de la Géorgie. (En géorgien, traduction française par Brosset, à S. Pétersbourg en 1842.)

 

Van Esbroeck Michel

- Les plus anciens homiliaires géorgiens. Institut orientaliste de Louvain. L.L.N. 1975.

 

 

 

133

 

 

3.     Ouvrages sur l’art religieux géorgien

 

Amiranachvili Chalva (En géorgien)

- Histoire de l’art géorgien. T. I. Tbilissi, 1944. Nombreuses illustrations.

- Histoire de la peinture monumentale géorgienne. (En russe). Tbilissi, sakhelgami, 1957. Nombreuses illustrations.

- Les Émaux de Géorgie. Paris, 1962. Ed. Cercle d’Art. 90 rue du Bac. Paris 7e Excellentes illustrations en couleurs.

 

Baltrusaïtis J.

- Études sur l’art médiéval en Géorgie et en Arménie. Paris, 1929.

- Art sumérien et art roman. Paris 1929.

 

Béridzé Vakhtang

- L’architecture du Samtskhé XIIIe -XVIe s. (En géorgien). Tbilissi, 1955.

 

Sévérov N.P.

- Les monuments de l’architecture géorgienne. (En russe). Moscou, 1947. Pamiatniki grouzinskogo zodchestva.

 

Tchoubinachvili G.

- Histoire de l’Art géorgien. (En géorgien). Tbilissi, 1936.

 

 

4. Ouvrages sur la Bible géorgienne

 

- Blake Robert P.

- The old georgian version of the Gospel of Mark, from the Adych gospels with the variant of the Opiza, and the Tbéti Gospels, edited with a latin translation, by Robert P. Blake. Patrologia Orientalis. T. XX. fasc. 3. Paris, 1928, Firmin Didot.

- Id. The old georgian (…) of Matthew, (…) t. XXIV, fasc.1. Paris, 1933. Robert P. Blake and Maurice Brière.

- Id. The old georgian (…) of John, t. XXVI, fasc. 4. Paris, 1950.

 

Brière Maurice

- La version géorgienne ancienne de l’Evangile de Luc, d’après les Evangiles d’Adych, avec les variantes des Évangiles d’Opiza, et de Tbéti, éditée avec une traduction latine, par M. Brière, chanoine hon., t. XXVII, fasc. 3, Paris, 1955.

 

Chanidzé A.

 

- Deux anciennes recensions de l’Evangile géorgien selon 3 manuscrits de Chatberti, 887936, 973. Sami Chatbertuli… Tbilissi, 1945. Une introduction en russe et en anglais.

 

 

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4.     Ouvrages sur l’histoire de la culture et de la littérature géorgienne

 

Baramidzé A, Radiani Ch, Jguenti V.

- Histoire de la littérature géorgienne. Académie des sciences de la R.S.S. de Géorgie. (En russe) (Gossoudarstvénnoé outchebno pédagoguitchiskoé isdatélstvo Ministertsva Prosvéchtchénia. R.S.F.R) 335 p. Moscou, 1952.

 

Djaparidzé D.

 - Littérature géorgienne, in Histoire des littératures. Littératures anciennes orientales et orales. Encyclopédie de la Pléiade (p. 803 à 821)

 

Karst J.

- Littérature géorgienne chrétienne. Bibliothèque catholique des sciences religieuses. Blond et Gray, Paris, 1934.

- Le code de Vakhtang VI. Commentaires historiques. Strasbourg, 1937.

- Code Médiéval de la Géorgie. t. II, III, IV. Strasbourg, 1938-1939.

 

Kékélidzé K. Voir supra

 

Marr N.

- Histoire de la Géorgie : essai historico-culturel en réponse au discours de l’archiprêtre J. Vostorgov sur le peuple géorgien. St Pétersbourg 1906, 88 pages. Ouvrage polémique et succint. Essai de synthèse intéressant, par un savant authentique.

 

Nozadzé V.

- Les problèmes philosophiques et religieux dans le poème géorgien du XIIe s. de Chota Roustavéli « Le Preux à la peau de tigre ». Paris 1963. (560p.) (en géorgien: vepkhvis tskhaossanis ghmersmetkhwéléba).

 

 

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Document VIII

 

L’AUTOCEPHALIE DE L’Église ORTHODOXE GÉORGIENNE Le 11 mars 1917, l’épiscopat, le clergé et les laïcs Géorgiens ont publié une déclaration annonçant que l’Église Orthodoxe de Géorgie (ou Ibérie), après une interruption de 100 ans retrouvait sa très ancienne autocéphalie (autrement dit son indépendance hiérarchique de toute autre autorité ecclésiastique).

 

Deux semaines plus tard (27 mars 1917) le Gouvernement Provisoire Russe a édicté une loi « concernant la gestion des conséquences du rétablissement de l’autocéphalie de l’Antique Église Orthodoxe de Géorgie ».

 

Au titre de cet Acte le pouvoir de l’État Russe :

 

1.     A pris note, reconnu et approuvé, dans la mesure ou l’État Russe est concerné, la Déclaration du 17 mars concernant le rétablissement de l’autocéphalie de l’Église Orthodoxe de Géorgie ;

 

2.     A pris en compte les conséquences qui en résultent pour l’État, et donc

 

 

3. Restaure pour l’Église Orthodoxe de Géorgie la possibilité concrète de mettre en exercice ses droits à l’autocéphalie qui lui appartenaient depuis des temps très anciens,

4. Mettant fin à l’état de chose anti-canonique par lequel l’Église Orthodoxe Géorgienne, au sein de l’État Russe – depuis l’annexion par la Russie du Royaume de Géorgie (1801) - était pratiquement privée de ses droits à l’autocéphalie. Nous disons pratiquement car en droit « canoniquement » (c’est à dire juridiquement au sens ecclésiastique) cette autocéphalie n’a jamais été abrogée.

 

Le Gouvernement Provisoire né au cours de la première période idéalistique de la Révolution Russe s’est considéré appelé à réaliser les aspirations de la société russe. S’efforçant de corriger le plus vite possible les errements et les injustices de l’ancien Pouvoir, il a proclamé, quelques jours après sa formation, l’indépendance de la Pologne, et dans le même esprit, a rétabli dès le premier mois de son existence l’autocéphalie de l’Église Géorgienne ; car cette autocéphalie avait des partisans même parmi les politiciens Russes conservateurs de l’ancien régime (par exemple Durnovo), qui considéraient qu’il était anormal que l’une des plus anciennes Églises du monde orthodoxe, l’Église Géorgienne (ou d’Ivérie) soit, au sein d’un État Orthodoxe tel la Russie, privée de son autocéphalie de manière anti-canonique – en d’autres mots en contradiction avec les principes canoniques de l’Église Orthodoxe; c’est à dire, non par décision des autorités canoniques de l’Église Orthodoxe, mais seulement par un pouvoir laïc (décrets des Empereurs Paul I et Alexandre I), étant ainsi de force ramenée à l’état d’un simple diocèse, subordonné à une autre Église Orthodoxe beaucoup plus jeune, l’Église Russe.

 

 

 

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Nous souhaitons souligner ici cette question de l’ancienneté relative des Églises, parce que l’Église Orthodoxe classe les Églises locales qui la composent par ordre d’ancienneté. Nous garderons aussi à l’esprit, dans ce qui suit, le principe fondamental de la loi canonique Orthodoxe, selon lequel une église locale accède à l’autocéphalie soit en vertu d’une décision de l’Autorité Œcuménique (universelle) de l’Église orthodoxe soit par une résolution de l’Église autocéphale dont elle est l’une des branches. De plus, selon les mêmes principes de la loi canonique, une Église locale déjà autocéphale perd son autocéphalie soit en vertu d’une décision de l’autorité Œcuménique, soit par la propre résolution de ses institutions canoniques dûment qualifiées.

 

Nous noterons aussi, à ce sujet que cette privation pour l’Église Géorgienne de son antique autocéphalie n’avait jamais été envisagée par quelque autorité ecclésiastique que ce soit, cette question n’ayant jamais été soulevée par quiconque.

 

Cette privation a eu lieu sur ordre de l’Empereur Paul I (1801) qui décida que l’Église Géorgienne serait subordonnée au Synode de l’Église Russe. L’effet de ce décret du pouvoir laïc fut annulé par un autre décret de ce même pouvoir laïc – c’est à dire par la loi du Gouvernement Provisoire du 27 mars 1917.

 

Cette loi rétablit l’autocéphalie de l’Église Géorgienne, prévoyant que désormais les règles de fonctionnement de l’Église Géorgienne au sein de L’État Russe seraient fixées avec l’autorité supérieure de la dite Église (dans l’attente de l’élection de son Catholicos – Patriarche celle-ci avait alors à sa tête Léonidas, Evêque de Gourie et de Mingrélie).

 

Ces règles furent établies et publiées le 25 juillet 1917, sous le titre « Règles temporaires sur la situation de l’Église Géorgienne au sein de l’État Russe ». Ces deux actes législatifs du Gouvernement Provisoire (loi du 27 mars et « Règles temporaires du 25 juillet 1917) créaient un état de coexistence dans l’État Russe de deux Églises Orthodoxes : la Russe et la Géorgienne. Le Gouvernement Provisoire conservait, dans l’attente de la convocation d’une Assemblée Constituante, l’organisation qui existait sous l’Empire, traitant du financement par l’État des organisations confessionnelles, et subordonnant celles-ci au contrôle du Gouvernement en certains domaines (nomination du clergé, etc.).

On verra plus loin que ces deux lois, tout en rétablissant en principe l’Église Géorgienne dans ses droits, étaient loin d’être parfaites, et de par leurs contradictions internes et parce qu’elles grevaient les principes énoncés d’une mise en œuvre incomplète ou déviante. Mais revenons maintenant à l’histoire de l’Église Géorgienne, en relevant plusieurs dates qui marquent les étapes du processus de développement de son indépendance canonique, c’est à dire autocéphale.

 

 

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Les mérites de l’Église Géorgienne face à l’Église Universelle sont notables1 , mais pour la nation Géorgienne, son Église a été, comme mis en exergue dans la lettre adressée à la Conférence de Gênes par Ambrose, CatholicosPatriarche de Géorgie, « le facteur principal de la puissance et la gloire de l’État National Géorgien ».

 

Ceux qui s’intéressent à cette histoire de l’Église Géorgienne peuvent se référer à la bibliographie considérable sur le sujet, en géorgien, russe, français et anglais. Et en premier lieu « l’Église Géorgienne des origines jusqu’à nos jours » de Michel Tamarati (Rome 1910), et à « Sketches of Georgian Church History » par l’archidiacre Dowling D.D.- Londres 1912, et à des publications plus spécialisées en matière de philologie, canonistique, patrologie et autres.2

 

L’histoire de l’Église Orthodoxe de Géorgie, révèle un processus typique de la naissance et du développement d’une Église Orthodoxe locale : baptisés par les missionnaires d’une Église voisine, les nouveaux convertis passent les débuts de la vie de leur Église dans une dépendance canonique étroite de l’Église-Mère ; au fur et à mesure du développement de la vie ecclésiastique locale et du renforcement de la hiérarchie nationale, le nouveau diocèse bénéficie d’une autonomie accrue ; ses liens avec l’Église-Mère se distendent, devenant de plus en plus nominaux; au degré final la dépendance de l’Église-Mère s’exprime en termes de subordination, plus symboliques que pratiques (par exemple par la ratification par l’Église – Mère du Primat local avant son élévation à sa dignité ; par l’envoi à la Métropole d’une certaine partie de fonds collectés par l’Église ; par l’évocation du chef de l’Église-Mère lors des services religieux ; par l’obligation que ce soit l’Église-Mère qui fournisse les huiles saintes etc.). Et enfin on en arrive à l’attribution formelle d’une indépendance par rapport à l’Église-Mère. C’est ainsi que l’autocéphalie fur reçue par les Églises de Chypre et (plus tard) de Grèce, Roumanie, Serbie, Monténégro, Bukovino – Dalmatie, etc. et aussi par l’antique Église Géorgienne.

 

 

 

 

_______________________________________________________________

1 Les témoignages de nombreux historiens chrétiens confirment en effet, par exemple Kerakos, historien arménien du XIIIe siècle, dit que la reine Thamar de Géorgie a signé un traité de paix avec le sultan de Damas, et que depuis lors les sultans ont traité les chrétiens plus humainement. Dositheus, Patriarche de Jérusalem, dit que les rois pieux de Géorgie ont toujours été des administrateurs et protecteurs du Saint Sépulcre et autres lieux saints. L’historien arabe Ibn Shaddana dit aussi que la reine Thamar offrit à Saladin 200.00 dinars pour la Sainte Croix, et en 1187 demande que soient restitués aux chrétiens les monastères qu’on leur avait enlevés. Encore aujourd’hui il y a aux Lieux Saints ; au Mont Athos, en Bulgarie, en Syrie, à Chypre, à Antioche plus de trente monastères et églises bâtis par les Géorgiens.

 

2 Publiés par la Société Géorgienne d’Histoire et d’Ethnographie ; par le Musée de l’Église Géorgienne, par l’Académie des Sciences Russe (« Textes et Recherches sur la Philologie Arméno - Géorgienne »), par la Faculté des Sciences Orientales de l’Université de Pétrograd (« collection de Philologie Japhétique »), par l’Université de Tiflis (« Sidzvelan Sakartvelosi »), et par plusieurs autres ouvrages des professeurs Marr, Takaïchvili, Tsagareli, Kékélidzé etc.

 

 

 

 

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Née au point où se rencontrent deux courants de l’Église Orthodoxe - les influences respectives du Patriarcat de Constantinople et du Patriarcat d’Antioche - l’Église Géorgienne attribue à Nino, une vierge Sainte venue de Byzance, la conversion au Christianisme de la Nation Géorgienne (en 326); et à l’activité des treize Pères Syriens, venus d’Antioche (St Jean de Zedazeni, venu avec ses douze disciples), sa propagation dans le pays et la fondation de la hiérarchie en Géorgie.

 

En 384, l’évêque Géorgien Pantophilis participa au second Concile Œcuménique, qui transfèra la juridiction de l’Église Géorgienne du Patriarcat de Constantinople à celle d’Antioche.

 

En 458, durant le règne du roi de Géorgie Wakhtang Gorgaslan et celui de Anatasius I, Empereur de Byzance, l’Archevêque de Mskhéta, capitale de la Géorgie, fut élevé au titre de Catholicos (ce titre est attribué dans l’Orient Chrétien aux chefs des Églises locales).

 

Le patriarche d’Antioche Palladius, dont l’Église Géorgienne (d’Ivérie) dépendait alors, envoya à Mtskhéta le premier Catholicos, Pierre (un Grec), et depuis lors, l’Église d’Ivérie a bénéficié d’une certaine autonomie pour ses affaires internes, mais son chef demeura grec, recevant la consécration du Patriarche d’Antioche.1

 

En 523, durant le règne du Roi de Géorgie Pharsman, Sabba, Catholicos de Mtskhéta et de toute la Géorgie fut élu par le clergé géorgien parmi ses rangs, recevant encore la consécration d’Antioche. Au VIIIe siècle, après la mort du Catholicos Bartholomé, son successeur, le Catholicos Jean, alla à Antioche, où le conseil de l’Église d’Antioche, présidé par le Patriarche Théophilactus, accorda l’autocéphalie à l’Église Géorgienne. Au IXe siècle le Catholicos de l’Église Géorgienne fut élevé à la dignité de Patriarche Catholicos de l’ensemble de la Géorgie.

 

La décision de conférer l’autocéphalie à l’Église de Géorgie fut confirmée ultérieurement:

1. Au XIe siècle par le Patriarche d’Antioche Théodosius (en rapport avec la question de la préparation de l’huile sainte);

 

2. par le Conseil de l’Église d’Antioche (aussi au XIe siècle) présidé par le Patriarche Pierre ;

 

3.     durant le même siècle par son successeur Théodosius.

 

 Le grand spécialiste des canons de l’Église Orthodoxe, Théodore Balsamon, Patriarche d’Antioche, dans son analyse de la clause 2 du Second Concile Œcuménique, mentionne l’Église Géorgienne parmi les Églises Autocéphales de l’Est et écrit que l’Archevêque d’Ivérie avait été reconnu comme

 

_______________________________________________________________

 

 1 Par tradition l’Ivérie est encore mentionnée dans l’énoncé complet des titres du Patriarche d’Antioche.

 

 

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indépendant par le Conseil d’Antioche. Le canoniste Byzantin Mathias Vlastav, auteur du « Syntagma élémentaire », déclare, lui aussi, que l’Église Géorgienne ne dépend d’aucun autre Patriarche Oriental.

 

Etant autocéphale, l’Église Géorgienne prit part à la vie commune de toutes les Églises. Elle fut invitée à participer :

1. Au concile de Bâle,

 

2. Au Concile de Florence, dont les Métropolites Jean - Grégoire et Dasipheos se retirèrent considérant inacceptables les intentions exprimées par l’Empereur Jean VI,

 

3. Au Concile de Moscou (1666), convoqué pour le procès du Patriarche Nikon de Russie, et auquel l’Église Géorgienne fut représentée par le métropolite Epiphanius et l’Archimandrite Pachomius.

 

* * *

 

Mais le processus du développement canonique de l’Église Géorgienne ne s’arrête pas avec l’obtention de son indépendance canonique complète. L’extension du Royaume de Géorgie, sa décentralisation graduelle et le développement des provinces de Géorgie occidentale, impliquaient d’accorder aux plus anciens des évêques de ces provinces l’autonomie canonique.

 

Ce processus parfaitement canonique se termina en 1390 par l’attribution de l’autocéphalie à l’Archevêque de Bitjvinta (ou Abkhazie), avec le titre de Catholicos d’Abkhazie et Bitjvinta, d’Imérétie, et de Géorgie Occidentale dont la juridiction s’étendait sur toutes les principautés autonomes de Géorgie de l’Ouest (Iméréthie, Gourie, Mingrélie, Svanétie et Abkhazie).

 

En 1657, le siège du Catholicos de Géorgie Occidentale fut transféré à Guélati, près de Koutais.

 

Cette division canonique de la Géorgie en deux Patriarcats fut totalement entérinée par les Patriarches Orthodoxes Orientaux; de nombreux témoignages en ce sens existent: on citera ceux du Patriarche Macarius d’Antioche, et des patriarches de Jérusalem Dositheos et Chrysantheus, qui communiquaient, au titre d’un protocole spécial, avec chacun de ces deux Catholicos de Géorgie.

 

L’existence du Catholicat de Géorgie Occidentale dura de 1390 à la fin du XVIIIe siècle.

 

* * *

 

Epuisée par un millénaire de luttes pour la défense de la Chrétienté face à l’Islam, en la personne de ses divers représentants (Arabes aux VIIe , VIIIe et IXe siècles, Turcs Seldjoukides au XIIIe siècle, Mongolo-tatars sous les ordres de Gengis-khan au XIIIe siècle, Tatars menés par Tamerlan au XIVe siècle,

 

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Perses et Turcs aux XVIe , XVIIe et XVIIIe siècle, La Géorgie rechercha l’aide de son voisin et coreligionnaire du nord, la Russie. Par un traité signé en 1783 entre Catherine II, impératrice de Russie, et le roi de Géorgie Irakly II, la Géorgie se plaça sous la protection de la Russie qui, de son côté, assumait l’obligation de défendre la Géorgie contre toute agression étrangère, lui laissant une complète autonomie en ses affaires intérieures et garantissant la succession de la dynastie Royale Géorgienne des Bagratides.

 

Bien que la loi canonique, comme rappelé plus haut, ne puisse pas être l’objet de législations constitutionnelle ou internationale, nous noterons que suivant le traité de 1783, l’Église Orthodoxe Géorgienne restait sans changement.

 

Douze ans après la signature de ce traité, lorsque les armées du Shah de Perse Aga-Mahomet-Khan, - qui était irrité par le fait que la Géorgie se soit mise sous la protection russe - s’approchèrent de la frontière géorgienne, la Russie manquant totalement à ses obligations n’apporta aucune aide que ce soit à la Géorgie qui subit une invasion telle que jamais éprouvée depuis les temps de Tamerlan.

 

La suite de l’histoire est connue : le roi Irakly II mourut sans avoir vu la libération de son pays, qui fut la proie de dévastation et réduit en ruines incendiées. Son fils Georges XIII régna trois ans et demi.

 

Après cette invasion, qui eut lieu sous le regard d’une Russie indifférente, à la demande du Gouvernement Géorgien que la Russie considère dans le futur une défense plus active de la Géorgie, les Empereurs Russes Paul I et Alexandre I, après la mort du roi Georges III, annexèrent purement et simplement le Royaume de Géorgie à la Russie, le proclamant un département de leur empire, annulant ainsi le traité de 1873, avec ses clauses de protection de la souveraineté et de l’autonomie de la Géorgie.

 

Dans le même temps, la très antique Église Géorgienne fut privée par simple décret laïc de la possibilité d’exercer son autocéphalie.

 

« Je souhaite, écrivit l’empereur Paul I en 1801, que la Géorgie soit un département, et donc la place immédiatement en contact avec le Sénat, et, pour tout ce qui concerne les affaires ecclésiastiques, avec le Synode ».

 

En 1811, par rescrit de l’empereur Alexandre I, le Catholicos-Patriarche Antonius II, fut « convoqué » en Russie, où il décéda 1 . Après sa mort l’Église Géorgienne ne fut pas autorisée à procéder à l’élection d’un CatholicosPatriarche, mais un gouverneur général du Synode Russe fut envoyé de Saint Pétersbourg avec le titre d Exarque de Géorgie, pour diriger la très antique Église autocéphale de Géorgie.

 

_______________________________________________________________

1 Le rescrit (10 Juin 1811) déclarait en fait que la dignité de Catholicos n’était pas compatible avec l’autorité du Saint Synode Russe.

 

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Il n’est pas de notre propos de critiquer les motivations de l’empereur Paul  I, et nous contentant de dire qu’il pensait évidemment à la solution la plus bénéfique pour son Empire, nous remarquerons seulement que cet ordre concernant l’Église Géorgienne, en tant que décret du pouvoir « laïc » était vide de toute substance canonique (ecclésiastique).

 

En conséquence l’antique et autocéphale Église Orthodoxe de Géorgie (comme nous l’avons déjà dit, ne fut pas privée de son autocéphalie, mais simplement de la possibilité physique de l’exercer et resta donc, comme elle l’avait toujours été, autocéphale.

 

En fait, les évêques russes qui, en exécution d’un décret irrégulier et anti-canonique d’un pouvoir laïc, intervinrent dans la gouvernance de l’Église orthodoxe autocéphale de Géorgie, commirent un grand manquement aux lois de l’Église.

 

L’Exarchat du Synode de l’Église russe en géorgie, fut, tout au long de son existence (plus de cent ans) l’instrument du gouvernement russe pour l’exercice d’une politique d’État d’ensemble au Caucase. Nous nous abstiendrons de juger du travail de l’Exarchat, en ce sens d’abord parce qu’il fut créé par le Pouvoir russe spécifiquement à cette fin, et ensuite parce que, l’existence d’un tel Synode Exarchal au-dessus de l’Église géorgienne étant illégale et anti-canonique, il n’y a pas lieu d’analyser son comportement des points de vue de la légalité et de la justice .

 

Quelques exemples donneront simplement une idée du régime exarchal auquel fut obligée de se soumettre l’Église géorgienne : quelque temps après la mise en place de la tutelle exarchale sur l’Église de Géorgie, les biens de celle-ci, évalués à plus de cent millions de rouble-or, furent confisqués ; la langue géorgienne fut systématiquement supprimée et remplacée par le slavon, alors que la congrégation n’en comprenait pas un seul mot; la si belle et ancienne musique géorgienne – décrite comme une suite de bêlements1 fut remplacée par des chants slavons incompréhensibles, les évêques géorgiens furent exilés etc.

 

La tutelle du Synode russe sur l’Église géorgienne fut extrêmement spoliatrice pour cette dernière - par exemple, avec l’autorisation de l’Exarque Eusebius, un très rare texte des Evangiles datant du XIe siècle, fut enlevé du monastère de Guélati, dépouillé des pierres précieuses qui l’ornaient et restitué avec des fausses ; une grande quantité de joyaux furent enlevés de la cathédrale de Sioni; la même chose arriva aux joyaux appartenant à la cathédrale patriarcale de Mtskhéta et aux monastère d’Alaverdi et Bodbe. Les anciens livres historiques sacrés, ornés de miniatures et enluminures

 

_______________________________________________________________

1 Voir la lettre du 25 Mars 1804 adressée par le Commandant en chef des armées russes en Géorgie au Catholicos-Patriarche Antonius II (Actes de la Commission Archéographique Caucase. Volume i.i. page 268).

 

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furent emportés ; la fameuse icône de la Vierge (évaluée à cinquante mille roubles-or fut enlevée du Château – Église de Metheki à Tiflis. Sur ordre de l’Exarque Palladius, M. Sabingus emporta les plus belles Icônes Sacrées géorgiennes, sous prétexte de les restaurer et les dépouilla de leurs pierres précieuses. Il y eut aussi une répression systématique des évêques et du clergé supérieur géorgiens, en raison de leur défense pacifique et purement académique de l’autocéphalie de l’Église géorgienne. Les exils des évêques Kyrion et Léonidas et de l’Archimandrite Ambrose sont des incidents typiques de cette période si déplorable de l’histoire de l’Église géorgienne.

 

Mais, à porter au plus au crédit du clergé géorgien, il faut dire que, s’il maintenait très haut la bannière de l’autocéphalie de son Église, il ne manifeste jamais sa protestation d’une façon qui puisse nuire aux intérêts et au prestige de l’Orthodoxie au Caucase, où tant de religions et d’intérêts confessionnels sont en conflit. Au contraire tout en décriant le droit du Synode russe d’usurper les prérogatives de l’Église géorgienne autocéphale, le clergé géorgien - dans toutes les questions qui pouvaient servir la cause et permettre l’extension de l’orthodoxie au Caucase – mettait toute son énergie à assurer des actions communes avec le clergé russe. Citons comme exemple l’activité missionnaire auprès des montagnards ossètes (qui avait débuté sous le règne de David le Bâtisseur au XIIe siècle, et avait été continuée au XVIIIe siècle par l’évêque Jean de Manglissi et d’autres) et qui fut menée par le clergé géorgien sous l’autorité et en coopération avec l’Exarchat Synodal.

 

La forme la plus décisive de protestation contre le régime illégal auquel était soumise l’Église géorgienne fut l’appel adressé par l’épiscopat, le clergé et les laïcs géorgiens au Patriarche Œcuménique en 1912, à un moment où l’oppression dont étaient victimes les Evêques et le haut clergé géorgiens avais pris la forme d’une véritable persécution. Dans cet appel l’Église géorgienne suppliait le Patriarche Œcuménique de défendre ses droits qui avaient été violés.

 

En 1906, en connexion avec la crise politique et orale que subissait la Russie, se posa la question de la convocation du Conseil de l’Église russe. Une Commission spéciale préliminaire, sous la direction du Synode, fut créée pour préparer les sujets à l’ordre du jour. Aussi fort que fut le désir du Synode et du Gouvernement de ne pas aborder la question de l’autocéphalie de l’Église géorgienne, ils furent néanmoins obligés de l’inclure dans le programme de la Commission préliminaire, avec la création d’une sous-commission ad hoc.

 

Les évêques géorgiens animés par un esprit chrétien de paix et d’amour, et dans l’espoir par cette voie d’obtenir la restauration des droits de leur Église, décidèrent de participer aux réunions de cette Commission préliminaire ; ils furent assistés par les professeurs Marr et Tsagareli, spécialistes éminents de l’histoire géorgienne.

 

 

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Mais tout fut fait pour faire obstruction à la discussion de la question sur l’autocéphalie de l’Église géorgienne par la commission préliminaire et la délégation géorgienne se retira.

 

* * *

 

Fin février 1917 un changement de gouvernement eut lieu en Russie. Par une déclaration du 12 mars 1917 de l’épiscopat, du clergé et des laïcs géorgiens, L’Église Orthodoxe de Géorgie revint à son existence autocéphale. Le 27 mars, le Gouvernement Provisoire russe publia la loi « Concernant la régulation des conséquences juridiques découlant du rétablissement de l’autocéphalie de l’antique Église Orthodoxe de Géorgie », par laquelle le pouvoir d’État russe rendait à l’Église Orthodoxe de Géorgie le pouvoir d’exercer sa très ancienne autocéphalie. Le 25 juillet 1917 furent publiées « Les Règles Transitoires concernant la situation de l’Église géorgienne dans l’État russe ».

 

Comme dit au début de la présente publication, ces deux lois créaient un régime de coexistence dans l’État russe de deux Églises Orthodoxes, la Russe et la Géorgienne, en maintenant, dans l’attente de l’Assemblée Constituante Russe, le contrôle du gouvernement sur les organisations confessionnelles qui existaient du temps de l’Empire.

 

Mais la loi du 27 mars, tout comme « les Règles Transitoires du 25 juillet, étaient en fait le résultat d’un compromis entre un désir sincère de rétablir les droits de l’Église géorgienne et la crainte de modifier trop radicalement l’ordre des choses qui avait, de facto, résulté de sa subordination au Synode russe mise en œuvre pendant quelques cent années.

 

Ce compromis présentait des « inconvénients et contradictions internes ; tout en proclamant le rétablissement de l’autocéphalie de l’Église Orthodoxe Géorgienne, et souhaitant restaurer son « Statut quo ante » les deux textes donnaient aux principes qu’ils proclamaient des moyens de les mettre en œuvre incomplets et irréguliers.

 

 

Tout en souhaitant à l’évidence éviter des désaccords quant à la détermination des limites entre les Églises Orthodoxes Russe et Géorgienne en Transcaucasie, et ne voulant donner à aucun prix que ce soit la moindre base territoriale aux aspirations nationales des géorgiens, le Gouvernement Provisoire, d’une façon plutôt inattendue, accorda à l’Église géorgienne (qu’il était en principe en train de rétablir dans ses droits) une sorte d’autocéphalie tout à fait nouvelle pour cette Église, et totalement inconnue dans le cadre de la loi canonique orthodoxe : « une autocéphalie nationale et non territoriale » 1

 

_______________________________________________________________

1 Changeant le titre ancien du chef de l’Église Géorgienne, Catholicos – Patriarche de Géorgie en celui de « Catholicos – Patriarche de tous les Géorgiens » (article 5 des Règles Transitoires).

 

 

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L’incohérence de ce système, du point de vue logique comme du point de vue canonique est évidente. Logiquement parce que le rétablissement de son statu quo ante, tel qu’il existait avant l’intervention du pouvoir laïc Russe, étant son but, l’Église géorgienne territoriale, possédait un territoire dans lequel elle aurait dû être rétablie. Et du point de vue canonique, parce que cet expédient créait une situation directement contraire aux principes fondamentaux de la Loi Canonique Orthodoxe, dans la mesure où elle permettait le développement sur un seul et même territoire de deux autorités Orthodoxes, les Églises russe et géorgienne.

L’intervention d’un évêque dans le diocèse (domaine territoria) d’un évêque

 - collègue, ou l’interférence de n’importe quelle autorité ecclésiastique (Métropolite, Patriarche ou Synode) dans le domaine territorial d’une autorité ecclésiastique d’un rang égal, est très strictement prohibée par les Saints Canons (« il n’y aura pas deux évêques dans une même ville »). En même temps d’un point de vue laïc, comme la base de l’organisation des Églises Orthodoxes est l’unité territoriale - le diocèse -l’existence dans le même territoire de la juridiction de deux organisations de même rang et mutuellement indépendantes, autorités ecclésiastiques d’une même religion est incompréhensible, et peut suggérer une différence de confession ou un schisme.

 

L’Église orthodoxe admet des exceptions à cette règle fondamentale uniquement en ce qui concerne les légations d’un Patriarche ou Chef d’une Église dans le territoire d’une autre Église autocéphale, et aussi parfois, pour des paroisses ou monastères particuliers, pour des raisons locales et/ou historiques. L’existence d’une église locale non-territoriale complète est totalement inconnue de la Loi Canonique. Les Saints Canons, nous l’avons dit, condamnent toute infraction au principe territorial (principe de la souveraineté territoriale de l’Evêque) qui est la base de l’organisation de l’Église Orthodoxe.

 

Le danger principal de telles infractions réside dans le développement d’un sentiment national poussé trop loin dans les affaires de l’Église là, où sont confrontées plusieurs intérêts et aspirations nationaux, et l ’Église Orthodoxe a en 1872, clairement défini son point de vue à ce sujet (à propos du schisme bulgare): le principe national de l’administration de l’Église, - conduisant à confondre les juridictions de plusieurs évêques orthodoxes, qui, selon ce principe régiraient des personnes de nationalités différentes sur un même territoire (comme le voulaient les Bulgares) - a été sévèrement condamnée en tant que doctrine erronée (Philétisme).

 

Les lois du Gouvernement Provisoire, cependant, étant des actes d’un pouvoir laïc, étaient dénuée de toute importance canonique, et n’avaient de

 

______________________________________________________________

1

Un ensemble de plusieurs diocèses forme un diocèse composé, Métropole ou Patriarcat, sur lequel s’étend la juridiction de l’évêque « senior », le Métropolite ou plus haut dans les limites d’une Église locale, le Patriarche ou le Synode.

 

 

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sens qu’autant que par elles le pouvoir d’État russe retirait l’oppressante et anti-canonique pression par laquelle, cent ans auparavant, elle avait privé l’Église Orthodoxe géorgienne de la possibilité d’exercer ses droits d’autocéphalie, et dans la mesure où elles rétablissaient son statu quo ante.

 

L’Église géorgienne, animée par le désir de régulariser sa situation dans un esprit de paix et d’amour chrétien, accepta, -nonobstant la forme insatisfaisante dans laquelle elle lui était donnée - la possibilité d’exercer ses droits, en prenant en compte le caractère temporaire des lois du Gouvernement Provisoire.

 

En septembre 1917, le Concile de l’Église Orthodoxe de Géorgie se réunit. Il confirma la déclaration du 12 mars, et les Actes du Gouvernement Provisoire de l’Église géorgienne, et élut comme Catholicos-Patriarche l’évêque Kyrion. Celui-ci après confirmation de son élection par le pouvoir d’État russe en application de l’article 6 des « Règles Temporaires »), monta le 1er octobre de la même année sur le Trône Apostolique Catholical et Patriarchal de Mtskhéta et de toute la Géorgie, prenant le nom de Kyrion II.

 

La direction canonique de l’Église russe- le Saint Synode-garda un silence total sur la question de l’autocéphalie Géorgienne, ne protestant d’aucune façon que ce soit contre son rétablissement, ou contre les lois du Gouvernement Provisoire concernant le sujet.

 

Cependant l’horizon politique de la Russie devenait sérieusement « nuageux ». En octobre le Conseil de l’Église russe se réunit à Moscou, et avait été à peine ouvert quand le coup d’état des Bolchéviques eut lieu, et il dût continuer à travailler dans une ville occupée par eux.

 

Malgré ceci il termina le travail considérable de réorganisation du gouvernement ecclésiastique de l’Église Orthodoxe russe, et ayant rétabli la forme Patriarcale du gouvernement de l’Église, élut comme patriarche le métropolite Tikhon, qui fut élevé à son trône le 21 novembre 2018.

 

On doit remarquer que le conseil de l’Église russe garda un silence aussi absolu que celui du Saint - Synode en ce qui concerne le rétablissement de l’autocéphalie de l’Église Géorgienne.

 

Près d’un mois après son ascension au Trône Patriarcal russe, néanmoins, le patriarche Tikhon crût nécessaire d’adresser au Catholicos-Patriarche géorgien une épître contestant le rétablissement de l’Église géorgienne.

 

Dans cette épitre le patriarche Tikhon citait les extraits des règles de l’Église, concernant la condamnation et l’insubordination de la part d’évêques envers leurs supérieurs hiérarchiques, les appliquant au rétablissement de l’autocéphalie de l’Église géorgienne. Il accusait ainsi les Evêques géorgiens d’insubordination… à l’Exarque russe !

 

La publication de cette épitre était d’autant plus inattendue que, à la fois le Saint Synode et le Conseil de l’Église russe avaient été passifs sur cette question.

 

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En même temps le clergé russe au Caucase commença à répandre des rumeurs sur le fait que les Patriarches orthodoxes orientaux et notamment le Patriarche Œcuménique « ne reconnaissaient pas » l’autocéphalie de l’Église géorgienne. Bien que la question ne fût pas de reconnaître une nouvelle autocéphalie, puisqu’il s’agissait simplement d’un cas de rétablissement d’une antique et universellement reconnue autocéphalie, et de l’abolition de la loi exarcale anti-canonique, le Catholicos Patriarche de Géorgie chargea M.Gogolachvili de rencontrer le métropolite Dorotheos, alors locum tenens du Trône Patriarcal Œcuménique. Lors de l’audience accordée à M.Gogolachvili, le locum tenens, comme l’on pouvait s’y attendre, dénia complétement ladite rumeur.

 

L’Église géorgienne ne jugea pas possible d’engager une discussion avec le Patriarche Russe au sujet de la très claire et simple question du rétablissement de ses droits canoniques, et en conséquence laissa l’épitre du Patriarche Tikhon sans réponse.

 

* * *

 

L’organisation de l’Église Orthodoxe de Géorgie à l’époque telle qu’établie par son dernier Concile, peut être résumée comme suit: La plénitude du pouvoir ecclésiastique au sein de l’Église géorgienne appartient à son Concile, qui se réunit périodiquement et dirige l’Église par la voie du Catholicos Patriarche, élu à vie par le Concile.

Le Catholicos Patriarche exerce son pouvoir en conjonction avec le Conseil Catholical, qui concentre en lui-même les représentations de l’épiscopat, du clergé et des laïcs. Le pouvoir judiciaire ecclésiastique appartient au Catholicos Patriarche par l’intermédiaire du Tribunal Catholical. Le Catholicos Patriarche rend compte de sa gouvernance au Concile de l’Église Orthodoxe de Géorgie.

 

L’Elise géorgienne est composée de :

 

1. la Métropole de Tiflis (avec des évêques auxiliaires à Gori et Alaverdi)

 

 2. la Métropole de Koutais

 

3. la Métropole de Tjkondidi

 

 4. les Archevéchés de Bitjvinta et d’Abkhazie

 

 

Dans l’attente d’une décision sur l’administration des paroisses russes fondées sous l’Exarchat, ces paroisses par consentement commun des Églises Orthodoxes russe et géorgienne, restaient sous l’administration de l’évêque russe résidant à Bakou (Caucase Oriental).

 

 

* * *

 

Le Catholicos Patriarche Kyrion II mourut durant l’été 1918. Pour lui succéder le conseil de l’Église géorgienne élut en tant que Catholicos-Patriarche Léonidas, métropolite de Tiflis.

 

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Entretemps la vie politique de la nation géorgienne se développait rapidement. En 1918, (le 26 mai) l’indépendance de l’État géorgien fut rétablie. En mars 1919 l’Assemblée Constituante de Géorgie se réunit. L’un des Actes majeurs votés par cette assemblée fut la séparation de l’Église et de l’État. En 1921 (27 janvier) les Grandes Puissances reconnurent de jure l’indépendance de la Géorgie, dont le statut international était donc formellement établi. Cette indépendance avait déjà été reconnue par la Russie Soviétique, qui avait conclu un traité avec la Géorgie (le 7 mai 1920).

 

En violation de ce traité les troupes Russes Soviétiques, sans aucun prétexte et sans déclaration de guerre, franchirent en février 1921 les frontières géorgiennes en nombre énorme, et, en dépit de la résistance de l’armée et de la nation géorgiennes, occupèrent le territoire de la République Géorgienne.

 

Les membres du Gouvernement National de Géorgie, nommé par l’Assemblée Constituante et reconnu par les Grandes Puissances, furent obligés de quitter la Géorgie pour poursuivre à l’étranger leurs efforts en vue de la libération de leur pays de l’occupation militaire étrangère.

 

Le Catholicos-Patriarche Leonidas I, tel le bon berger qui n’abandonne pas son troupeau, resta à Tiflis occupée, où il mourut pendant l’été 1921, victime de l’épidémie de choléra importée par les troupes bolchéviques russes.

 

Le Catholicos-Patriarche Ambrose I, élu pour lui succéder par le Concile de l’Église géorgienne, conscient du fait que le salut de son peuple ne pouvait résulter que de sa libération de l’occupation militaire, eut le courage d’adresser depuis Tiflis occupée, le 7 février 1922, une lettre à la Conférence de Gênes, dans laquelle il décrivait la tragédie de la Nation Géorgienne, et demandait le retrait des troupes Bolchéviques.

 

La Nation Géorgienne durement éprouvée n’avait pas encore bu jusqu’à la lie le calice de ses amères souffrances. En notre époque qu’on appelle civilisée elle a été la victime d’une invasion d’une barbarie que n’avaient pas atteinte les invasions des Mongols et des Tatars ; mais Dieu lui a permis de faire face à l’épreuve de cette invasion avec son Église nationale fermement rétablie dans ses droits antiques, ayant à sa tête un grand patriote géorgien.

 

Puisse Dieu accorder qu’aujourd’hui, comme dans les âges anciens, l’Église géorgienne puisse encore être la force et la résistance de sa nation, et se montrer comme étant la même Église qui durant des siècles a su donner au peuple de l’ancienne Colchide la force de porter à travers d’innombrables épreuves la Toison d’Or de leur culture spirituelle et nationale.

 

Prince Ilamaz Dadechkeliani (Traduction par Tariel Zourabichvili de l’article publié dans « THE CHRISTIAN EAST » Londres 1922)

 

 

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Document IX

 

 

L’ÉGLISE KARTVÉLOPHONE (de Langue Géorgienne)

 

La Géorgie de l’Antiquité tardive a assez vite reçu la nouvelle de la fin de la civilisation préchrétienne et de la passion du Christ sur le Golgotha.

 

Il était devenu clair pour les habitants des pays géorgiens qu’une ancienne vie se terminait et qu’une vie nouvelle allait commencer. L’annonce en avait été faite par Elioz, un Hébreu devenu Géorgien, lors de son arrivée à Mtskheta.

 

Pour assister au jugement du Christ, le rabbin de Jérusalem avait invité des savants du judaïsme qui avaient émigré au pays des Géorgiens. Deux de ces savants avaient entrepris ce voyage. Longin était parti de Karsni et Elioz de Mtskheta.

 

Lors de la crucifixion, ceux qui ont crucifié notre Seigneur Jésus-Christ avaient partagé ses vêtements en quatre parts. La Sainte-Tunique a été tirée au sort. Le sort a voulu, qu’avec l’aide de Dieu, la robe sans couture échoie à Elioz. Elioz avait quitté le pays des Géorgiens et se trouvait à Jérusalem pour assister à la crucifixion du Christ notre Sauveur. Devenu Géorgien, Hébreu d’origine, Elioz de Mtkheta a ramené cette relique à Mtskheta en l’an 29 de la nouvelle ère. Sa sœur Sidonie avait accouru à sa rencontre pour l’embrasser. Elle avait serré la tunique du Christ contre son cœur en versant des larmes de joie et était tombée morte. C’est la raison pour laquelle, la tunique du Christ a été enfouie pour toujours dans le pays des Géorgiens. Dieu a rappelé Sidonie à lui. C’est ainsi que Sidonie a terminé sa vie au service exclusif de Dieu et qu’Elioz a dû enterrer sa sœur Sidonie avec la Sainte-Tunique du Seigneur serrée contre son cœur.

 

Peu à peu, les gens ont oublié le lieu de sépulture de la défunte. Dieu seul savait où se trouvait la Tunique sans couture.

 

Le temps passant, dans les années 30 de la nouvelle ère, le pays des Géorgiens fut visité par André, l’apôtre du Seigneur, qui avait apporté avec lui l’icône « Acheiropoïète » (non faite de main d’homme) de la Vierge Marie.

 

André « le premier appelé » a d’abord prêché la doctrine chrétienne en Grande-Adjarie. Il contribua, avec d’autres apôtres formés par lui, à la fondation de la première communauté chrétienne et ecclésiastique en Géorgie. Les membres de cette communauté célébraient le service divin et allaient de porte à porte en divisant le pain.

 

Saint André se dirigea vers la ville de Sakris en direction du temple d’Artémis. Arrivé à Sakris, le saint rendit la vie au fils d’une famille princière locale. Sa mère la princesse Samdzivar et les membres de sa maison en furent profondément bouleversés et se convertirent à la foi du Christ. La population locale, fortement impressionnée elle aussi par le miracle, se mit à croire au Christ vivant.

 

 

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À l’endroit où il décida de s’arrêter, à Sakris, saint André aménagea un lieu de rencontre pour les Chrétiens, c’est-à-dire une église informelle où les croyants purent déposer une icône acheiropoïète de la Vierge Marie, à l’endroit même où ils exécutaient le rite et coupaient le pain. Ici, dans cette chapelle, l’apôtre André put ainsi nommer le premier évêque du monde géorgien. C’est dans la vallée de Mtkvari qu’André, le « Premier appelé », a fondé la première l’Église cathédrale kartvélophone.

 

Nous venons de le voir : les premières sociétés chrétiennes kartvélophones sont dirigées par un évêque apostolique qui a été désigné par saint André. Dès lors, il est parfaitement clair que l’Église géorgienne est une église apostolique. Vers l’an 30, en Grande Adjarie et à Sakris, des sociétés chrétiennes existent déjà. A Sakris même, la princesse Samdivari d’Odzrkhe s’est convertie avec toute sa famille. Le roi d’Ibérie Armazaeli se convertit à son tour à la nouvelle foi entre 75 et 120. C’est durant son règne, au cours l’année 94 de notre ère (en l’an 90 de la nouvelle ère), que fut forgé un alphabet géorgien pour transmettre la parole de Dieu au sein de l’Église kartvélophone (il s’agit des traductions en géorgien des évangiles de Matthieu, Marc et Luc).

 

Sans doute faut-il encore faire remarquer qu’en plus de la vallée où l’apôtre André a créé la première communauté chrétienne du pays des Karthvèles, au IIIe siècle, à Sakris, Tsunda, Erucheti et Kola, fleuriront les tout premiers centres chrétiens. Il ne faut pas non plus perdre de vue que les membres de l’Église kartvélophone, à partir du IIIe siècle, sont considérés comme des saints.

 

 

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Ste Nino, Mtskheta.

 

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Mais le plus important est que dans les pays géorgiens, au IIIe siècle, les ethnies géorgiennes se familiarisent avec le dogme chrétien en langue géorgienne et célèbrent la sainte liturgie en cette langue.

 

C’est approximativement entre 260 et 303 que vont être popularisés le récit du martyre des enfants de Kola et la prophétie de Sidonie, composés dans le premier quart du IVe siècle. Ces témoignages nous racontent symboliquement ce qui va s’accomplir à l’avenir au sein l’Église karvélophone. Ces deux récits ont été conservées.

Le récit majeur qui nous révèle une « volonté divine » à l’œuvre au pays des Géorgiens nous décrit la vie de sainte Nino, illuminatrice du pays. SainteNino y est présentée comme une diaconesse. Elle a travaillé à ériger une Église véritable sur la Sainte-Tunique du Christ.

 

À la fin du IIIe siècle et au début du siècle suivant, au moment où l’Église était attaquée par autant de groupes hérétiques qu’il y a d’étoiles dans les cieux, une vierge araméenne prénommée Nino qui avait été élevée sous la surveillance de la diaconesse Sarah de Bethléem, fait son apparition. Avec Sarah de Bethleem, grande connaisseuse de l’ancienne et de la nouvelle foi, Nino a appris qu’au moment du partage des vêtements du Christ, la tunique a été échue par tirage au sort aux habitants de la ville de Mtskheta. Cette vierge, cette croyante remercia Dieu et demanda à son éducatrice où se trouve ce pays où l’habit de notre Seigneur Jésus-Christ a été apporté. Il ne fait aucun doute qu’en parlant de la tunique du Christ avec son éducatrice Sarah Niaphor, cette humble vierge a manifesté le plus vif désir de se rendre sur les lieux où la Sainte-Tunique du Dieu fait homme avait été enfouie. Une telle décision de sainte Nino doit être le reflet d’une opinion répandue à son époque que la robe sans couture du Christ est le symbole de l’Église une et indivisible. Cette théorie est partagée par l’évêque de Carthage Cyprien, martyrisé pour sa foi en 258. Sainte-Nino décide alors de se rendre à Mtskheta. Dès que Sarah Niaphor l’apprend, la diaconesse Sarah entreprend d’aller voir le patriarche de Jérusalem pour recueillir son avis à propos de la décision de Nino, sa nièce.

 

Les chroniqueurs nous apprennent que lorsque Sarah Niaphor est allé chez le patriarche, celui-ci a donné une si grande importance à la décision de sa nièce, « jeune fille remplie de bonté et de générosité », que sans hésiter une seconde il lui donne le rang de diaconesse.

 

Au moment de l’accomplissement des saints sacrements, « la digne vierge est élevée au degré spirituel par le patriarche de Jérusalem et le Saint-Esprit descend sur celle qui vient d’être promue à ce degré ». « En cet instant-là, la diaconesse est habitée par la grâce du Saint-Esprit et a été recommandée à Dieu par le patriarche ».

 

« La promotion de sainte Nino à un tel degré spirituel avant son départ pour Mtskheta, devait sans doute signifier que dans sa quête de la chemise

 

 

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du Christ, la diaconesse avait pris une décision grave dont la réalisation était uniquement réservée à une femme promue à un rang élevé dans la spiritualité. »

 

En chemin vers Mtskheta, Dieu demande à Nino de transformer les épines en roses. Il est connu que le symbole de la transformation des épines en rose signifie le changement du désert en Eden. On peut ajouter que pour la théologie, la floraison des roses signifie le bien-être de l’Église. Si on prend en considération ce qui vient d’être dit, nous arrivons à la conclusion que le Seigneur appelle Nino à transformer le pays des Géorgiens, pays de sa mission, en paradis.

 

Donc, Nino la diaconesse est une vierge préposée par le Seigneur à l’esprit de Dieu.

 

En allant vers Mtskheta, Nino s’arrête un moment pour souffler sur la colline de Djavakheti, près du lac de Paravan. Elle s’allonge pour se reposer et s’endort. Dans son sommeil elle est visitée par un songe.

 

Dans le songe, le Seigneur Dieu appelle la vierge croyante à convertir le roi païen de Géorgie et en même temps lui ouvre un livre scellé à lire et pour être persuadée qu’elle est en mesure d’accomplir cette mission divine. Dans ce livre, la vierge croyante apprend que puisque l’âme est la même pour tout le genre humain, elle peut, grâce à sa foi, atteindre un degré de sainteté suprême pour devenir égale aux meilleurs des hommes. Et, de cette manière, elle devient semblable aux vierges sages. Cette apparition lui enseigne aussi qu’en répandant la lumière du Christ sur les païens, c’est la sainte Église bienheureuse qui reçoit sa bénédiction.

 

Habitée par la grâce du Saint-Esprit, la vierge entend résonner une voix divine : son esprit est immortel. L’esprit de la vierge diaconesse aime Dieu et entre en communion avec l’univers des cieux.

 

La tradition nous enseigne que les vierges sages représentent les fiancés du Christ. Il est universellement admis que la fiancée de Dieu notre Seigneur symbolise l’Église. En même temps, il convient d’ajouter que l’Église est une et que la fiancée du Christ est unique.

 

En même temps, les vierges sages qui attendent le fiancé avec des lanternes allumées jusqu’au jour de sa seconde venue, ces vierges représentent l’Église véritable et non corrompue dans attente de cet avènement.

 

Donc, en la personne de la diaconesse Nino, c’est l’incarnation même de l’Église qu’on représente se dirigeant vers le pays des Géorgiens.

 

À Mtskheta, Nino a accompli de nombreux miracles. Elle s’est souvent rendue dans le quartier juif de Mtskheta, d’abord à cause de l’hébreu qu’elle parlait et aussi pour rechercher le lieu d’enfouissement de la Sainte-Tunique.

 

Si l’on en croit la chronique, en se rendant souvent dans le quartier des Hébreux, la vierge croyante a prêché l’évangile à un rabbin répondant au nom d’Abiatar. Elle a converti Abiatar, sa fille Sidonie et six autres femmes

 

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juives. Dans sa quête de la robe sans couture du Christ notre Seigneur, sainte Nino a appelé plusieurs fois ses disciples pour l’aider à retrouver le lieu d’enfouissement de la Sainte-Relique. Alors les Juifs répondirent à la vierge très croyante : « Il existe un endroit à propos duquel les langues humaines ne s’arrêteront pas de chanter la gloire de Dieu. » Au cours de sa quête, sainte Nino repensa souvent à ces paroles énigmatiques. Elle vit plus d’une fois l’image de la Sainte-Tunique enfouie près d’un cèdre rapporté du Liban qui se trouvait dans le jardin royal.

 

Mais, parmi les mortels, ce sont ceux qui se trouvent au paradis qui ont le don de voir l’invisible. Or, le Dieu invisible a été vu par un homme au paradis : « Alors ils entendirent la voix de l’Éternel Dieu, qui parcourait le jardin vers le soir, et l’homme et sa femme se cachèrent loin de la face de l’Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin. » (Genèse, III, 8). Donc, puisque rien n’est caché dans les cieux, voir l’invisible n’est possible que pour celui qui est au paradis.

 

C’est ainsi que cette vierge très sage, en libérant son esprit de tout souci terrestre, a pu accueillir le ciel. Elle a vu par ses yeux spirituels le lieu d’enfouissement de la Sainte-Tunique. Inspirée par l’Esprit-Saint, elle a reconnu en songe le lieu d’enfouissement de la Sainte-Tunique et a eu le temps, trois ans après son arrivée dans la ville royale, de « dénoncer les habitants d’Ibérie qui ne suivaient pas le droit chemin ». « Avec une croix tressée dans un pampre de vigne, elle a accompli de grands miracles, guérissant de nombreux grabataires sans médicament, par simple imposition. Sainte-Nino a guéri la reine d’une maladie incurable. »

 

Étonné par le rétablissement soudain de la reine le roi lui en demanda la cause. La reine lui raconta comment elle avait été guérie sans aucun remède, par simple imposition de la croix. Aussitôt, le roi décida de faire l’apprentissage de la foi du Christ.

 

Un jour, Dieu provoqua une éclipse de soleil et l’obscurité se fit. Ces ténèbres étaient le symbole de la noirceur qui emplissait le cœur du roi pécheur et son royaume.

 

Le roi des Géorgiens avait donné sa parole que si le dieu de la diaconesse le sortait de cet embarras, sa majesté reconnaîtrait le dieu du Christ et lui construirait une maison. Dès que ces pensées lui traversèrent le cœur, l’obscurité se dissipa et le soleil apparut. Ce miracle persuada le roi. Plus tard, quand les ténèbres se dissipèrent tout à fait, le roi commença à penser à la construction d’une maison de Dieu pour réaliser la promesse donnée au Christ. Sous la conduite de la vierge toute sage le roi de Géorgie décida d’ériger une église dans le jardin royal.

 

Durant la construction de l’église aucun mortel, aucun effort ou instrument humain ne réussit à soulever de terre le pilier du temple.

 

Alors la diaconesse Nino se dirigea avec douze disciples vers le lourd pilier.

 

 

 

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Ecrasée par la tâche, elle pleura, demanda de l’aide à Dieu et se mit à prier.

 

Dieu entendit les prières de Nino. Et Sidonie, sa fidèle disciple, vit la chose suivante par « les yeux de l’esprit, grand ouverts »: « En plein minuit, par la volonté du créateur du ciel et de la terre, les lieux de l’adoration des mages et des divinités païennes, les montagnes de Zaden et d’Armaz se mirent à trembler sur leur base et s’écroulèrent. Dans leur chute, elles entraînèrent la transformation de toute chose matérielle. L’ancienne terre infestée de sanies et de péchés céda à la place à une terre nouvelle recomposée de parties rendues saines. Jugez-en par vous-même ! Depuis que le créateur du monde a créé l’univers dans un univers soumis au changement, il y a constamment transformation et rénovation. De cette manière, le monde du vice ne disparait pas mais se transforme. C’est de cette manière que tout se termine, par la transformation de l’univers et la seconde venue du Christ. Seconde venue qui culmine dans le Jugement dernier. Comme il est dit dans les écrits testamentaires, nous attendons de nouveaux cieux et une nouvelle terre dans laquelle vérité et justice régneront. Sidonie voit tout cela avec « les yeux de l’esprit, grand ouverts ». Elle voit comment l’armée du malin répand une grande stupeur aux trois portes de la ville. Les portes sont enfoncées, la ville se remplit de forcenés et les incroyants se livrent à d’affreux massacres. On entend des cris, des pleurs, des gémissements. Partout le sang est versé. A cet instant, au moment même où sainte Nino prononce les prières pour l’érection de l’église, arrive une armée du ciel pour chasser les armées du mal. Les suppôts de Satan, effrayés par les glorificateurs de Dieu, commencent à faire retraite, perdent contenance et finissent par disparaître. Leurs mourants vivent leurs derniers instants. Alors, la vierge toute sage, habitée par la grâce de l’Esprit-Saint, remercie Dieu et explique au monde que la mort des mauvais esprits est annonciatrice de l’éternité du pays des Géorgiens et de la gloire de ce lieu.

 

Soudain, au-dessus de la tête de la diaconesse apparaît notre Sauveur auréolé d’un halo de lumière. Il dit à la vierge toute sage : « Je viendrai bientôt! ». Alors la vierge toute sage, habitée par la grâce du Saint-Esprit, de servante devient fiancée. La diaconesse reconnaît le signe dans le ciel de ses noces avec l’agneau et, effrayée par ce signe, en est terrassée.

 

On admet que la fiancée de l’agneau est une représentation de la Jérusalem nouvelle.

 

Il ne fait aucun doute que la vision du mariage de l’agneau est une représentation de la descente de la Jérusalem céleste sur Terre. Puis, le Sauveur touche le pilier de l’église en train de se construire et le lève vers le ciel en le faisant retomber sous la forme d’une colonne de feu.

 

Sainte-Nino s’adresse alors aux croyants avec ces paroles : « Voici venu celui que vous attendiez ! » Puisque la diaconesse parle de l’avenir au temps présent on peut considérer que dans les environs de l’église en construction

 

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Dieu a été partout révélé. Ainsi, à Mtskheta, une harmonie s’est partout installée. L’harmonie divine étant constante, là où il n’y a pas de changement, parler du temps serait un non-sens. Ainsi, la diaconesse parle à ceux qui glorifient Dieu au temps présent en parlant de l’avenir.

 

Sans doute, au moment de l’érection de la colonne, Jésus-Christ avait-il prévenu sainte Nino la diaconesse de sa seconde venue. Nino et Sidonie ont pu voir, de leur vivant, des signes annonciateurs de la seconde venue du Christ. Il convient de remarquer à ce propos que la diaconesse a reçu, durant son oraison, une vision envoyée par Dieu et entrevu l’existence éternelle du pays des Géorgiens et sa gloire éternelle. A l’endroit où est enfouie la SainteTunique, une communauté chrétienne érige une église avec l’aide de Dieu. Il va de soi qu’au moment de l’élévation de la colonne, par la présence même de Dieu dans le périmètre de l’église, l’église a été bénie.

 

C’est parce que l’église de Mtskheta a été érigée sur l’emplacement même de la Sainte-Tunique et qu’elle a été bénie par Dieu, que l’église cathédrale, fondée par saint André le « premier appelé », a pu être transportée de Sakris à Mtskheta. Et puisqu’au moment de l’élévation de la colonne, durant l’édification de l’église sur l’emplacement de la tunique, le périmètre de l’église a été habité par Dieu, il n’existe plus à Mtskheta de frontière entre deux univers, le visible et l’invisible. De cette manière Mtskheta est devenue une ville sainte.

 

Bien entendu, là où les montagnes ont tremblé et où la terre s’est transformée, de nouveaux éléments rendus purs sont apparus à la place d’une terre infestée de sanies et de péchés. La terre a été nettoyée et une colonne de feu est descendue du ciel. Alors la Jérusalem nouvelle connaît son avènement. Ainsi, l’humanité qui se trouve sous l’aile protectrice de la Jérusalem nouvelle et qui s’est mise au service de la croyance véritable, reçoit la gloire des Hébreux, la nouvelle Jérusalem. Il ne fait aucun doute que la fiancée du Christ ne se trouve pas à Jérusalem mais que la fiancée de l’agneau christique représente la Jérusalem nouvelle. La nouvelle Jérusalem est la Sainte Église.

 

La Nouvelle Jérusalem se trouve bien sur Terre puisque Jean a pu voir comment la nouvelle Jérusalem descendait du ciel, c’est-à-dire de Dieu: « Et il me transporta en esprit sur une grande et haute montagne, et il me montra la ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel d’auprès de Dieu. » (Apocalypse, XXI, 10).

 

C’est la nouvelle Jérusalem qui est bel et bien descendue dans l’Église qui a été fondée à Mtskheta, sur les lieux mêmes de l’enfouissement de la SainteTunique. La paroisse toute entière s’est mise au service de la vraie foi sous l’aile protectrice de Jérusalem. Il est donc parfaitement clair que l’Église kartvelophone est une Jérusalem nouvelle.

 

 

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Il est certain que la Jérusalem nouvelle est un lieu de rencontre de l’homme avec Dieu. D’une part parce que la nouvelle Jérusalem est l’endroit où le Seigneur doit venir pour sa deuxième venue, et c’est à cet endroit même que le Jugement Dernier aura lieu. D’autre part parce que les propos prophétiques tenus par Sidonie nous apprennent que le territoire de l’Église kartvélophone sera le lieu de la seconde venue du Sauveur. Enfin, parce que nous tenons des écrits dogmatiques du moine Jean Zosime (Xe siècle, Palestine) que les membres de la communauté de l’Église kartvélophone ont œuvré pour forger un alphabet qui puisse permettre de traduire les paroles de Dieu en langue géorgienne. Ce serait bien en l’an 94 (en 90 de l’ère nouvelle), par la création d’un alphabet original, que la langue géorgienne serait devenue une langue sacrée parmi les chrétiens. Une autre tradition nous apprend que l’arrivée de l’animal apocalyptique sera annoncée en langue géorgienne. Car le seul moyen d’arriver à déterminer le moment de la seconde venue du Christ serait de divulguer le sens et la portée du symbole de la bête. Ce qui autorise à penser qu’on pourrait être informé du moment de la seconde venue du Christ en langue géorgienne.

 

Tout ce que nous venons de dire nous permet de rappeler ici une conception partagée par les Pères de l’Église suivant laquelle le destin de la Géorgie a été confié au patronage de la Vierge Marie. Cette conception du culte marial nous signale, d’une manière voilée, la chose suivante : de la même manière que la Mère de Dieu a permis à Dieu de se faire homme, l’Église kartvélophone permet à l’homme de se relier à Dieu.

 

 

Bidzina Tcholokachvili Traduction Serge Andrieu

 

 

 

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Icône de la Mère de Dieu d’Ibérie

 

 

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Table des matières

 

 

Archiprêtre Artchil Davrichachvili........p11

 

La communaute orthodoxe géorgienne de Paris

 Ilamaz Dadechkeliani ...................................p15

 

Statuts de l’association cultuelle paroisse orthodoxe géorgienne Sainte Nino de Paris..................................................p21

 

Quatre-vingt ans de l’église Sainte-Nino Bref Historique

Tariel Zourabichvili, membre du Conseil Paroissial ............................p35

 

Rappel de la situation canonique de l’église géorgienne Sainte Nino de Paris,

Tariel Zourabichvili et Michel Vodé,membresConseilParoissial .......................................................... p44

 

Vie et œuvre de Saint Grégoire Péradzé

R.P.Henryk Paprocki..............................................................................p49

 

Vie de l’archiprêtre Elie Mélia

Kéthévane Klimis Mélia et Archiprêtre Artchil Davrichachvili ............p54

 

Histoire de l’Église de Géorgie

R.P.Elie Mélia ........................................................................................p57

 

L’autocephalie de l’Église Orthodoxe Géorgienne

Prince Ilamaz Dadechkeliani ................................................................. p135

 

L’Église kartvélophone (de langue géorgienne)

Bidzina Tcholokachvili, traduction Serge Andrieu ................................p148

 

Photo de couverture : Icône de Sainte Nino bénie sur sa tombe à Bodbé.

 

Photos : archives paroissiales, Irina Japaridzé, Kéthino Davrichachvili.

 

Mise en page : Kéthino Davrichachvili

 

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